Seattle aura son équipe de hockey

Le propriétaire de la future équipe de Seattle, David Bonderman, s’est adressé aux médias en compagnie du commissaire de la Ligue nationale de hockey, Gary Bettman.
Photo: Stephen B. Morton Associated Press Le propriétaire de la future équipe de Seattle, David Bonderman, s’est adressé aux médias en compagnie du commissaire de la Ligue nationale de hockey, Gary Bettman.

À l’unanimité, les propriétaires des équipes de la Ligue nationale de hockey (LNH) ont voté en faveur de l’octroi d’une nouvelle concession à Seattle dès la saison 2021-2022. De fait, ils se partageront la somme de 650 millions $US que les promoteurs de la nouvelle équipe ont accepté de payer pour accéder au club sélect.

Cette expansion, annoncée mardi à la suite d’une réunion du bureau des gouverneurs réunissant les propriétaires d’équipe, était anticipée depuis longtemps dans le milieu du hockey. En septembre, un projet de rénovation de l’amphithéâtre KeyArena, évalué à 700 millions $US, avait été approuvé par le conseil municipal de Seattle. Quelques jours plus tard, le comité directeur de la LNH se déclarait en faveur du projet du milliardaire David Bonderman et des Seattle Hockey Partners.

Ce sera la première fois qu’une équipe de la LNH s’installe à Seattle, malgré la riche histoire de hockey de la ville. La population de la « cité émeraude » s’élève à 700 000 habitants et son aire urbaine compte 3,5 millions de personnes.

Maximisation des profits

La cagnotte réclamée aux promoteurs sera partagée entre toutes les équipes de la LNH, à l’exception de Las Vegas. Les Golden Knights, qui ont rejoint la ligue l’an dernier, avaient obtenu leur billet pour la LNH au prix de 500 millions $US.

En moins de trente ans, les montants exigés par la ligue pour accueillir de nouvelles équipes ont explosé. Même en dollars constants, les contrats pour les expansions à Las Vegas et à Seattle sont six à huit fois plus coûteux qu’au début des années 1990 (voir graphique).

Toutefois, considérant la vigueur du marché, il fallait s’attendre à un tel prix, pense Frank Pons, professeur d’administration à l’Université Laval et directeur de l’Observatoire international en management du sport. « C’est une évolution normale des prix, explique-t-il. La valeur des franchises est en pleine croissance dans la LNH, comme dans toutes les ligues sportives. »

« L’industrie du sport est actuellement touchée par la financiarisation, c’est-à-dire la maximisation des profits », répond quant à lui André Richelieu, spécialiste du marketing sportif et professeur à l’UQAM. Tous les aspects de l’entreprise y passent, et cela signifie aussi une « hyperinflation » de la valeur des franchises d’expansion.

Autre facteur faisant grimper les prix : la rareté des équipes. « Les franchises sportives ne sont pas légion, surtout en Amérique du Nord. Pour ceux qui les achètent, c’est un marqueur de statut social très prestigieux. »

Québecor sera-t-elle un jour en mesure d’avancer un si gros montant pour ramener les Nordiques à Québec ?

« Poser la question, c’est y répondre, rétorque André Richelieu. Comment voulez-vous qu’un groupe d’investisseurs rentabilise une équipe dans un marché de 400 000 personnes ? La masse critique, du point de vue de la population, n’y est pas. De plus, les grandes entreprises, qui achètent la majorité des billets de saison, sont absentes à Québec. » « La fenêtre s’est refermée », analyse-t-il.

« On parle maintenant d’environ 1 milliard $CAN pour acheter une franchise, et de salaires annuels pour les joueurs de 110 millions $CAN. Ce n’est pas ce que Québecor avait envisagé à l’époque de la construction du Centre Vidéotron », souligne Frank Pons. Le prix pour une concession était alors estimé à 390 millions $US. « Québecor seul, c’est de moins en moins possible », ajoute-t-il.

Avec une équipe dans le Nord-Ouest américain, la LNH consolide son statut de ligue continentale, croit André Richelieu. Il est peu probable qu’elle procède à de nouvelles expansions avant longtemps, lorgnant plutôt le marché télévisuel chinois.

Les Sockeyes ?

À Seattle, reste maintenant à baptiser l’équipe. Cet automne, le Seattle Times a organisé un sondage auprès de ses lecteurs pour tâter le terrain. Près de 150 000 votes ont été comptabilisés au cours des quatre rondes du scrutin. Les résidents de Seattle ont finalement préféré le nom « Sockeyes », en l’honneur du célèbre saumon de la côte ouest, à celui de « Totems ».

Et les couleurs de l’équipe ? Les formations sportives de Seattle ont souvent arboré le vert et le bleu. Cependant, remarque le p.-d.g. Tod Leiweke en entrevue à ESPN, il faudra peut-être envisager un autre coloris. À 200 km au nord, les rivaux naturels de Seattle, les Canucks de Vancouver, portent justement ces deux couleurs.