Une mauvaise stratégie aux dépens des joueurs

Victime d'un double échec à la tête, la vedette des Penguins de Pittsburgh, Sidney Crosby, était demeurée un long moment allongé sur la glace lors d'un match éliminatoire contre les Capitals de Washington, le 1er mai 2017.
Photo: Gene J. Puskar La Presse canadienne Victime d'un double échec à la tête, la vedette des Penguins de Pittsburgh, Sidney Crosby, était demeurée un long moment allongé sur la glace lors d'un match éliminatoire contre les Capitals de Washington, le 1er mai 2017.

L’entente de principe dévoilée lundi par la Ligue nationale de hockey (LNH), qui offre 22 000 $US à quelque 300 anciens joueurs victimes de commotions cérébrales, est mauvaise pour les plaignants, pour leur cerveau et pour le hockey, juge le Dr Robert Stern, un expert américain des maladies neurodégénératives dont les travaux ont ébranlé la Ligue nationale de football (NFL) et la LNH.

« Il semble que [l’entente] soit une très bonne chose pour la Ligue et pas une très bonne chose pour les anciens joueurs », a-t-il affirmé vendredi en entrevue au Devoir lors de son passage à Montréal dans le cadre de la Journée de formation interdisciplinaire organisée par la Fédération des médecins spécialistes du Québec.

« Je pense qu’une entente qui rejette toute forme de reconnaissance de blâme ou de responsabilité ne sera pas bonne pour le sport et pour la santé du cerveau des joueurs retraités, actuels et futurs », ajoute-t-il.

En dévoilant l’entente de principe prévoyant un dédommagement maximal de 18,9 millions de dollars américains, la LNH a pris soin de préciser qu’elle refuse de reconnaître toute responsabilité dans le dossier des commotions cérébrales. La Ligue continue ainsi de remettre en question le lien entre les coups répétitifs à la tête et l’apparition de maladies neurodégénératives comme l’encéphalopathie traumatique chronique (ETC).

Le Dr Stern est pourtant catégorique : il ne fait selon lui aucun doute que ce lien, que la NFL a finalement reconnu en 2016, existe bel et bien.

« Il y a un lien entre des coups répétitifs à la tête et l’ETC, tranche-t-il. La question est de savoir pourquoi certaines personnes sont plus ou moins à risque que d’autres. Nous nous attardons par exemple à des facteurs génétiques ou à la nature des coups reçus à la tête. »

« Je ne sais pas pourquoi [la LNH] dit ce qu’elle dit », ajoute-t-il.

Recherches qui dérangent

Le Dr Robert Stern est directeur de la recherche clinique au sein d’un centre de l’Université de Boston consacré à l’étude de l’ETC. Au cours des dernières années, il a placé la NFL et la LNH sur la défensive : la première a tenté de lui retirer des fonds de recherche, tandis que la seconde a voulu obtenir une foule d’informations sur le contenu de ses travaux réalisés avec des hockeyeurs à la suite du dépôt de la poursuite des anciens joueurs.

L’entente rendue publique lundi par la LNH spécifie même que les tests neuropsychologiques offerts par la Ligue aux ex-hockeyeurs ne pourront être effectués par un employé ou un ex-employé du centre sur l’ETC de l’Université de Boston, y compris Robert Stern.

Le principal intéressé assure que les critiques des grandes ligues sportives n’affectent pas son travail. « Je suis un scientifique et ma passion est de trouver des preuves scientifiques de manière objective. J’essaie de rester loin de la politique ou des enjeux légaux », répond-il.

Son objectif ultime est de trouver comment diagnostiquer l’ETC sur des patients vivants, puisque la maladie ne peut pour l’instant être décelée qu’après la mort. Grâce à l’analyse de biomarqueurs dans le cerveau et éventuellement dans le sang, il dit avoir confiance d’atteindre son but d’ici les cinq prochaines années, ce qui pourrait avoir un impact important sur la prévention des coups à la tête dans le sport.

Le scientifique fait d’ailleurs remarquer que les commotions cérébrales dont tout le monde parle « ne sont que la pointe de l’iceberg ».

« Les commotions cérébrales sont perçues comme le gros problème, mais les gens ne savent pas de quoi il s’agit vraiment. La définition est très large et parle simplement d’un coup qui entraîne un changement dans les cellules du cerveau et qui cause une variété de symptômes, dit-il. Mais qu’en est-il de tous les coups qui peuvent n’occasionner aucun symptôme ? »

À son avis, l’accumulation de ces coups asymptomatiques est le « grand coupable » de l’ETC. Il soutient que les données accumulées au football le démontrent déjà, et il espère maintenant que ses recherches à venir permettront de tester cette hypothèse au hockey.