Commotions cérébrales: la LNH sort son chéquier, mais rejette toute responsabilité

L’ancien joueur du Canadien de Montréal Guillaume Latendresse fait partie des plaignants.
Photo: L’ancien joueur du Canadien de Montréal Guillaume Latendresse fait partie des plaignants.

La Ligue nationale de hockey (LNH) est prête à dédommager quelque 300 anciens joueurs qui disent vivre avec les conséquences des commotions cérébrales qu’ils ont subies au cours de leur carrière, mais sur le fond, rien ne change. En dévoilant lundi l’entente de principe conclue avec le groupe d’ex-hockeyeurs, la ligue a pris soin de réitérer qu’elle rejette toute responsabilité.

Après des années de bataille judiciaire et des mois de médiation, la LNH et le groupe de joueurs retraités en sont arrivés à une entente à l’amiable provisoire, en vertu de laquelle la ligue s’engage à verser jusqu’à 18,9 millions de dollars américains en dédommagements.

Selon les termes de l’entente, 146 plaignants s’étant déjà adressés aux tribunaux et 172 autres n’ayant pas encore entamé de procédures judiciaires pourront recevoir jusqu’à 7 millions de dollars américains à titre d’indemnisation individuelle, ce qui équivaut à 22 000 $ par joueur.

La LNH accepte également d’assumer les frais d’avocat des plaignants et de verser 2,5 millions dans un fonds destiné à la santé et au bien-être des retraités de la ligue. Elle est par ailleurs prête à payer les tests médicaux des joueurs qui voudront s’y soumettre.

La liste des ex-joueurs de la LNH visés par l’entente comprend quelques anciens du Canadien de Montréal, comme Guillaume Latendresse, Brian Savage et Turner Stevenson. Les premières démarches judiciaires dans ce dossier remontent à 2013. Les plaignants ont déposé une demande d’action collective pour accroître le nombre de joueurs admissibles à un dédommagement, mais celle-ci a été rejetée en juillet dernier.

Approches différentes

Même si elle accepte de sortir son chéquier, la LNH refuse toujours de reconnaître sa responsabilité dans le dossier des commotions cérébrales. « La LNH ne reconnaît aucune responsabilité en lien avec les allégations des plaignants », a déclaré la ligue lundi par voie de communiqué.

Elle ne déroge donc pas du discours de son commissaire Gary Bettman, qui a toujours remis en question le lien entre les coups à la tête et des troubles cérébraux comme l’encéphalopathie traumatique chronique (ETC).

L’approche de la LNH est bien différente de celle adoptée par la Ligue nationale de football (NFL), qui a accepté de verser un milliard de dollars américains à ses anciens joueurs affectés par les impacts des commotions cérébrales subies au cours de leur carrière.

En ne reconnaissant pas le lien entre coups à la tête et troubles neurologiques et cognitifs, la LNH va à l’encontre d’une littérature scientifique qui s’étoffe de plus en plus. « À mon avis, les gens de la LNH souhaiteraient bien qu’il n’y ait aucun lien, mais je ne serais certainement pas aussi affirmatif. Je dirais même que c’est plutôt l’inverse », affirme le neurologue Stéphane Ledoux, qui a participé à l’élaboration de recommandations adoptées par la Fédération de soccer du Québec en mars dernier pour prévenir les commotions cérébrales.

« On a de forts soupçons, mais un soupçon, ce n’est pas suffisant, précise-t-il, en admettant que la question n’est pas réglée. Combien de coups il faut recevoir, avec quelle force, à quel âge, avec quel bagage génétique. En ce qui me concerne, c’est imprécis dans mon esprit. »

Réactions opposées

L’entente de principe dévoilée lundi a reçu un accueil favorable de la part du directeur de l’Association des joueurs de la LNH, Donald Fehr, qui s’est surtout dit heureux de voir les procédures judiciaires prendre fin. « J’espère que les gens pourront reprendre leur vie et discuter de ces enjeux avec la LNH sans avoir à gérer les impacts du litige », a-t-il déclaré.

L’ancien joueur de la LNH Daniel Carcillo, qui figure sur la liste des plaignants, voit les choses autrement. « À tous les anciens joueurs, n’acceptez pas ce règlement pour la poursuite concernant les commotions cérébrales », a-t-il écrit sur Twitter. Il reproche essentiellement à la ligue de n’offrir de l’argent que pour faire taire les ex-joueurs, sans reconnaître ses torts.

Stuart Davidson, un des avocats représentant les hockeyeurs retraités, a toutefois demandé aux joueurs de faire preuve d’ouverture. « Je crois qu’il est important pour les joueurs qui ont l’occasion de régler ce dossier avec la LNH qu’ils comprennent qu’avant d’envoyer cette cause à procès, il en coûtera des millions de dollars en expertises, et que tout ça devra être payé avant qu’ils ne voient le moindre sou en dédommagements ; et ça, c’est s’ils gagnent leur cause », a-t-il affirmé à l’Associated Press.

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