La filière russe en impose dans la LHJMQ

Artemi Kniazev, des Saguenéens de Chicoutimi (à droite sur la photo), fait partie des joueurs figurant sur la liste préliminaire de la LCH en tant qu’espoirs de catégorie B.
Photo: Minas Panagiotakis Getty Images / AFP Artemi Kniazev, des Saguenéens de Chicoutimi (à droite sur la photo), fait partie des joueurs figurant sur la liste préliminaire de la LCH en tant qu’espoirs de catégorie B.

Les joueurs de hockey russes ont l’habitude de traîner une mauvaise réputation, à tort ou à raison, mais certaines équipes de la LHJMQ n’hésitent plus à leur faire confiance.

Il n’est pas rare d’entendre les amateurs et les observateurs dire que les joueurs russes ne sont pas de bons leaders et qu’ils n’en donnent pas assez malgré leur talent offensif inné et leurs extraordinaires habiletés. Pourtant, ce ne sont pas les contre-exemples qui manquent. Sergei Fedorov, le Russe le plus prolifique de l’histoire de la LNH, a remporté plusieurs honneurs individuels en plus de soulever la coupe Stanley à quelques reprises. On peut en dire autant d’Evgeni Malkin, de Pavel Datsyuk ou du capitaine des Capitals de Washington, Alex Ovechkin, qui vient tout juste d’inscrire son nom sur le précieux trophée pour une première fois après 13 saisons dans le circuit Bettman.

Dans la LHJMQ, les Russes sont de plus en plus présents. Lors du dernier repêchage européen de la Ligue canadienne de hockey (LCH), six de ces joueurs ont trouvé preneur dans une équipe du circuit Courteau, dont les attaquants Iaroslav Likhachev, avec les Olympiques de Gatineau, et Mikhail Abramov, avec les Tigres de Victoriaville, ainsi que le défenseur Artemi Kniazev, avec les Saguenéens de Chicoutimi. Likhachev, Abramov et Kniazev figurent d’ailleurs sur la liste préliminaire de la LCH en tant qu’espoirs de catégorie B, ce qui veut dire qu’ils sont répertoriés en deuxième ou en troisième ronde. Si tel était le cas, ce serait la première fois de l’histoire de la LHJMQ que trois de ses joueurs russes seraient sélectionnés dans les trois premières rondes du repêchage de la LNH.

Quelles raisons expliquent les commentaires négatifs à l’endroit des Russes ?

« J’ai fait partie de l’organisation des Capitals et j’ai eu l’occasion d’être le cochambreur d’Alexander Semin. Honnêtement, les Russes ne sont pas différents des Suédois ou des Finlandais en ce qui a trait à leur personnalité, a mentionné l’entraîneur-chef des Tigres, Louis Robitaille. Ils sont passionnés et les jeunes qui viennent ici ont un grand respect de l’autorité. S’ils veulent participer au concept d’équipe, ils vont entrer dans les rangs. »

Du côté des Olympiques, la confiance envers les Russes ne date pas d’hier. Pour une cinquième saison d’affilée, l’équipe en comptera au moins un dans ses rangs. « Ce sont des joueurs au talent pur et je le constate une fois de plus depuis que je suis avec les Olympiques, a affirmé l’entraîneur-chef de l’équipe, Éric Landry, qui fait partie du personnel d’entraîneurs depuis 2012. Parfois, leurs réactions donnent l’impression qu’ils sont désintéressés, mais c’est surtout parce qu’ils sont fâchés envers eux-mêmes. Ce sont des personnes fières qui veulent bien faire et je trouve qu’ils veulent s’intégrer. »

Malgré les embûches

Lorsqu’un joueur quitte son pays natal, un des obstacles à son intégration est la barrière de la langue. Certains joueurs russes arrivent au Québec avec une connaissance limitée de l’anglais et dans une province qui offre ses services en français.

Landry a cependant eu la chance de jouer en Russie pendant trois saisons, de 2007 à 2010, et il a appris quelques termes de hockey en russe. Likhachev pourra notamment profiter des conseils de l’ancien joueur de la LNH pour parfaire son développement dans la LHJMQ.

« Il y a toujours une période d’adaptation, mais j’ai une belle communication avec Iaroslav, a fait savoir Landry. Je connais beaucoup de termes en russe alors c’est plus facile pour l’aider dans sa compréhension quand nous faisons des séances de vidéo. Nous utilisons également des logiciels de traduction et nous avons une enseignante qui lui donne des leçons d’anglais. »

Au sein des Tigres, c’est l’Ukrainien Feliks Morozov qui traduit les propos des entraîneurs à Abramov. Mais au-delà des mots, l’excellent esprit analytique du jeune attaquant russe fait en sorte que les entraîneurs n’ont pas à s’éterniser pour lui expliquer les rudiments du hockey.

« Mikhail est doté d’un sens du hockey meilleur que la moyenne. Il analyse avec ses yeux et il comprend ce qu’on veut lui montrer, a affirmé Robitaille. C’est un joueur de très grande qualité et nous ne voulons pas limiter nos jeunes. Nous voulons qu’ils utilisent leur créativité. »

Un bel exemple

La saison dernière, Robitaille et Landry ont été témoins d’un bel exemple de joueur russe qui prend les bouchées doubles lorsqu’ils ont dirigé Vitalii Abramov. Après avoir remporté le trophée Jean-Béliveau et le trophée Michel-Brière avec les Olympiques, lors de la saison 2016-2017, Abramov a terminé au deuxième rang des pointeurs du circuit Courteau, terminant la campagne avec les Tigres. Maintenant dans la Ligue américaine de hockey, le choix de troisième ronde des Blue Jackets de Columbus a laissé une très belle impression lors de son passage au Québec.

« J’ai rarement vu un jeune compétitionner comme lui, et ce, dans toutes les facettes du jeu, a déclaré Landry. Il travaillait fort dans les entraînements et lors des parties. Il voulait avoir des résultats. »

« Même si c’était un joueur européen, Vitalii a transformé notre équipe à son arrivée. Il affichait toujours un sourire et il a forcé nos meilleurs joueurs à se dépasser, a ajouté Robitaille. C’était lui notre meneur et il n’a pas été étranger à nos succès en fin de saison. »

Après un peu plus de deux semaines d’activités dans la LHJMQ, trois des cinq meilleurs pointeurs du circuit sont d’origine russe, soit Yaroslav Alexeyev, Dmitry Zavgorodniy et Ivan Chekhovich, qui ont tous les trois récolté 13 points. Alexeyev est également le meilleur marqueur, avec 10 buts.