Des scientifiques dénoncent le discours sexiste d’un physicien italien

Au cours d’un récent discours prononcé devant l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN), Alessandro Strumia a prétendu que les femmes sont moins compétentes que les hommes dans le domaine de la physique.
Photo: Fabrice Coffrini Agence France-Presse Au cours d’un récent discours prononcé devant l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN), Alessandro Strumia a prétendu que les femmes sont moins compétentes que les hommes dans le domaine de la physique.

Des scientifiques et universitaires canadiens figurent parmi les signataires d’une déclaration condamnant un récent discours d’un physicien italien sur la question des genres qu’ils qualifient de « fondamentalement malsain ». Ils se disent aussi préoccupés par l’existence d’un « sexisme répandu » dans le milieu scientifique.

La déclaration, publiée sur le site Internet Particles for Justice, a été signée par des membres de la communauté scientifique du monde entier. Parmi les signataires figurent les professeurs Alson J. Gonsalves, Daryl Haggard et Robert Brandenberger, de l’Université McGill, ainsi que Laurie Rousseau-Nepton, résidente astronome à l’Observatoire Canada-France-Hawaï.

Au cours d’un récent discours prononcé devant l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN), Alessandro Strumia a prétendu que les femmes sont moins compétentes que les hommes dans le domaine de la physique.

« À titre de spécialistes de la physique des particules, nous sommes consternés par le discours de M. Strumia et ses étranges opinions sur les femmes présentes dans le domaine de la physique des hautes énergies », peut-on lire dans la déclaration.

Les signataires ajoutent que « le cas scientifique présenté par le professeur Strumia était fondamentalement mal fondé ».

Organisé par le CERN, le séminaire « Théorie des hautes énergies et genre » s’est déroulé du 26 au 28 septembre.

Le CERN a annoncé lundi qu’il suspendait sa collaboration avec le scientifique italien, car son discours risquait « d’occulter » les messages lancés lors de l’événement qui portait sur l’égalité des chances.

L’organisation a confirmé à l’Associated Press que la présentation comprenait la phrase suivante : « La physique a été inventée et construite par les hommes, ce n’est pas une invitation. »

Heather Logan, professeure de physique à l’Université Carleton à Ottawa, est une des signataires de la déclaration de protestation. Elle dit avoir trouvé « horribles » les propos du professeur Strumia. Elle souhaite que les jeunes entrant dans le milieu scientifique sachent que le message de l’Italien était « discriminatoire (et) malvenu ».

« Il existe d’excellentes femmes dans mon domaine, a rappelé Mme Logan. Sans leurs contributions, notre discipline serait plus pauvre. »

Dans une entrevue téléphonique accordée à AP, M. Strumia s’est défendu en disant qu’il ne croyait pas que les hommes étaient meilleurs que les femmes en physique. Selon lui, la suspension n’est pas justifiée.

« Il y a un groupe politique qui veut que les femmes et d’autres personnes croient qu’elles sont des victimes », a-t-il déclaré.

Kristine Spekkens, une astronome qui enseigne à l’Université Queen’s et au Collège militaire royal du Canada, a expliqué avoir signé la déclaration parce qu’elle estimait que les commentaires du professeur Strumia étaient « incorrects et insidieux ».

« Il a utilisé une plateforme pour communiquer un message sans fondement », a souligné Mme Spekkens, membre du comité d’équité et d’inclusion de la Société canadienne d’astronomie.

Elle a déclaré que son message était également « décourageant » pour les femmes scientifiques et celles qui venaient d’entrer sur le domaine.

Robert Brandenberger a fait remarquer que les personnes de couleur continuaient d’être sous-représentées dans ses cours.

« L’histoire de la physique a été dominée par les hommes blancs. Si vous êtes une femme dans un environnement essentiellement masculin, bien sûr, c’est difficile », a-t-il commenté.