Pour en finir avec les plongeons au soccer

La vedette brésilienne Neymar a enfilé plusieurs roulades en grimaçant après un contact avec un joueur serbe, le 27 juin. 
Photo: Maddie Meyer / Getty Images / Agence France-Presse La vedette brésilienne Neymar a enfilé plusieurs roulades en grimaçant après un contact avec un joueur serbe, le 27 juin. 

L’argument revient toujours au détour d’une conversation sur la Coupe du monde de la FIFA. Tout le monde connaît quelqu’un qui a décidé de tourner le dos au soccer, incapable de supporter les plongeons de certains joueurs sur le terrain.

Il ne faut pas généraliser, diront certains. Sauf que, quand on regarde la manière dont s’est déroulé le Mondial jusqu’à présent, il est difficile de ne pas donner raison aux détracteurs.

En Russie, la vedette brésilienne Neymar fait davantage jaser pour ses roulades au sol que pour ses passements de jambe, à un point tel qu’elle est devenue le symbole de cette tricherie décriée par tant de spectateurs.

Il est le joueur qui a commis le plus de fautes lors de la compétition jusqu’à maintenant, soit 23, loin devant des vedettes comme Lionel Messi (15) et Cristiano Ronaldo (14). L’attaquant a cependant la fâcheuse habitude de se tortiller de douleur sans raison apparente, ou de carrément chuter en feignant un contact. La chaîne suisse RTS Sport a calculé que, lors des quatre premiers matchs du Brésil, il a fait perdre un total de 14 minutes de jeu en restant au sol.

Comment y remédier ?

Le joueur étoile n’est évidemment pas le seul à se laisser tomber au moment opportun, et il n’est surtout pas le premier. La simulation cause tellement de frustrations dans le monde du soccer que même les scientifiques se sont mis de la partie pour tenter d’expliquer le phénomène.

Comme le rapportait cette semaine Vox, une étude publiée en 2011 par des chercheurs australiens a démontré que la quantité de plongeons augmente lorsque le score est égal et que les simulations sont plus nombreuses à mesure qu’on approche de la surface de réparation. Plutôt logique, puisque les joueurs veulent profiter de leurs talents théâtraux pour obtenir une chance de marquer.

Et il est justement là, le problème : actuellement, le joueur qui plonge peut gagner beaucoup sans craindre de trop y perdre. S’il trompe l’arbitre, il obtient un coup franc, voire un tir de pénalité, alors que, s’il n’est pas cru, il peut dans le pire des cas se voir montrer un carton jaune. L’avertissement pour simulation existe dans le livre des règlements, mais il est rarement décerné.

Certains ont donc proposé différentes solutions pour remédier au problème, comme réduire la taille de la surface de réparation, ou encore reculer le point de pénalité pour compliquer la tâche des tireurs. Mais plutôt que de procéder à de tels changements qui rendraient caduques un tas de statistiques amassées au fil des ans, pourquoi ne pas faire appel à une solution qui existe déjà ?

Profiter des reprises

L’utilisation de la reprise vidéo pour une toute première fois lors de cette Coupe du monde disputée en Russie a d’abord été critiquée, mais le vent semble avoir tourné. Presque tous reconnaissent maintenant que des décisions déterminantes ont pu être prises ou infirmées grâce à cette nouvelle technologie.

Il suffirait maintenant de faire un pas de plus en permettant l’usage de la reprise vidéo pour sanctionner les simulations une fois les matchs terminés et imposer des suspensions aux joueurs fautifs.

Il est vrai, comme l’a souligné l’ancien joueur professionnel Stuart James sur le site du Guardian, que certaines décisions seraient subjectives ou difficiles à prendre, mais celles qui doivent être prises sur le terrain ne le sont-elles pas déjà ?

En fait, l’idée a déjà été mise en application. Depuis cette année, la Fédération anglaise de football peut imposer des sanctions rétroactives pour simulation et un premier joueur a été épinglé en novembre dernier. L’attaquant d’Everton Oumar Niasse a écopé de deux matchs de suspension après révision des images du match contre Crystal Palace par un comité indépendant formé d’un ancien entraîneur, d’un ancien joueur et d’un ancien arbitre.

Effet dissuasif

Ce qui serait nouveau pour la FIFA est également monnaie courante dans d’autres sports, comme le hockey. Le département de la sécurité des joueurs de la Ligue nationale de hockey a l’habitude de suspendre des joueurs en visionnant les images d’un incident controversé, comme ce fut le cas pour Tom Wilson en mai dernier à la suite de sa mise en échec à l’endroit d’un joueur des Penguins de Pittsburgh.

Et les suspensions mises à part, il y a aussi l’effet dissuasif que cela aurait. Depuis que la reprise vidéo est utilisée à la Coupe du monde, les défenseurs sont plus prudents dans leur couverture défensive parce qu’ils savent que les caméras captent désormais leurs moindres faits et gestes.

Si l’on utilisait les images vidéo pour réviser de possibles simulations après les rencontres, on peut présumer que les attaquants y penseraient eux aussi à deux fois avant de prendre leur envol sans raison.