Une Coupe du monde plus inégalitaire qu’il n’y paraît

Le capitaine du Nigeria, John Obi Mikel (à droite), a appris quelques heures avant le match décisif de son équipe face à l’Argentine, mardi dernier, que son père venait d’être enlevé.
Photo: Kirill Kudryavtsev Agence France-Presse Le capitaine du Nigeria, John Obi Mikel (à droite), a appris quelques heures avant le match décisif de son équipe face à l’Argentine, mardi dernier, que son père venait d’être enlevé.

On dit du soccer qu’il est le sport universel par excellence, celui qui permet de rassembler deux nations sur un même terrain en mettant de côté les divisions politiques ou les inégalités économiques. La Coupe du monde en est la plus belle démonstration qui soit, mais la réalité refait parfois surface brutalement.

Parlez-en au capitaine du Nigeria, John Obi Mikel. À peine quelques heures avant le match décisif de son équipe face à l’Argentine, mardi dernier, le milieu de terrain a appris que son père venait d’être enlevé dans le sud-est du pays africain, au moment où il se rendait à des funérailles.

Le joueur étoile a été mis au courant de la nouvelle de la bouche des kidnappeurs eux-mêmes, qui lui ont téléphoné alors qu’il se préparait pour le troisième match du Nigeria, a révélé ESPN mardi. Les ravisseurs demandaient l’équivalent de 28 000 $US pour libérer son père, Pa Michael Obi.

Ce dernier a finalement été secouru lundi par la police nigériane au terme d’un affrontement armé. Et ce n’est qu’après avoir appris que son père se trouvait en lieu sûr que Mikel a accepté de parler de ce qu’il a vécu.

Les ravisseurs avaient ordonné au meneur de la formation nigériane de garder le silence, l’avisant qu’ils tueraient son père « instantanément » s’il mettait les autorités au courant de quoi que ce soit. Il a obéi, évitant d’ébruiter l’information à son entraîneur ou aux responsables de son équipe pour ne pas causer de distraction.

« J’étais confus. Je ne savais pas quoi faire, et au bout du compte, je savais que je ne voulais pas laisser tomber 180 millions de Nigérians », a-t-il affirmé au réseau américain.

Le Nigeria s’est finalement incliné 2-1 face à l’Argentine et a ainsi été éliminé de la compétition.

Appels téléphoniques bien différents

Le cauchemar vécu par Mikel met en évidence le fait que la Coupe du monde de la FIFA n’est pas seulement le rassemblement de joueurs des quatre coins de la planète qui partagent une passion commune pour le soccer. Cet événement met également en scène des athlètes qui font face à des réalités diamétralement opposées, une fois de retour à la maison.

Le contraste ne pourrait être plus frappant : Mikel a été informé de l’enlèvement de son père alors qu’il se trouvait en Russie, tandis que le Danois Jonas Knudsen a plutôt reçu un appel l’avisant que sa femme venait d’accoucher. Ses coéquipiers se sont aussitôt cotisés pour lui offrir un vol aller-retour en jet privé pour rencontrer sa petite fille.

L’un subit les contrecoups de l’insécurité minant le Nigeria, dont le groupe Boko Haram est le responsable le plus en vue, pendant que l’autre apprend avec joie la naissance d’un nouveau membre de sa famille.

Au bout du compte, ces histoires diamétralement opposées peuvent à la fois être réjouissantes et désolantes. Elles démontrent que tous les quatre ans, la Coupe du monde de la FIFA parvient à nous faire oublier pendant un mois les inégalités de notre monde, laissant place à un jeu où les règles et les possibilités sont les mêmes pour tous. Mais elles nous rappellent aussi à quel point la proverbiale magie du ballon rond est éphémère.