Pourquoi une main n’est pas toujours une faute

Le ballon touchant le bras de Marcos Rojo, mardi
Photo: Michael Sohn Associated Press Le ballon touchant le bras de Marcos Rojo, mardi

La phase de groupes de la Coupe du monde de la FIFA qui a pris fin jeudi a été marquée par des buts spectaculaires, des revirements et des surprises, mais aussi par des décisions controversées. Plusieurs fautes de main, sanctionnées ou non, ont suscité de vifs débats auxquels la reprise vidéo n’a pas toujours permis de mettre fin. Mais monsieur l’arbitre, quand il y a main, il y a faute ? En fait, non, pas toujours.

Avant de marquer le but qui a permis à l’Argentine de se qualifier in extremis pour la ronde éliminatoire mardi dernier, le défenseur argentin Marcos Rojo a bien failli anéantir les chances de son équipe. À la 76e minute, alors que le match est toujours à égalité 1 à 1, l’attaquant nigérian Ahmed Musa dirige un centre devant le filet argentin. Rojo tente d’écarter la menace de la tête, mais redirige plutôt le ballon sur sa main.

Suivant les conseils de l’équipe d’officiels affectés à la reprise vidéo, l’arbitre central Cakir Cuneyt prend le temps de revoir la séquence sur l’écran installé en bordure du terrain et décide de maintenir la décision qu’il a prise quelques instants plus tôt : pas de tir de pénalité. Mais pourquoi ?

Règles à interpréter

Pour comprendre cette décision, comme toutes celles qui seront prises d’ici la fin de cette Coupe du monde, il faut se référer aux Lois du jeu de la FIFA, la bible de tous les arbitres.

La version 2018-2019 du document indique simplement qu’une faute de main est commise « lorsqu’il y a un contact délibéré entre le ballon et la main ou le bras » d’un joueur, sauf le gardien dans sa surface de réparation.

Pour savoir s’ils ont affaire à un contact « délibéré », les arbitres doivent garder en tête trois critères, indique le règlement : le mouvement de la main en direction du ballon (et non du ballon en direction de la main), la distance entre l’adversaire et le ballon (l’effet de surprise) et le fait que la position de la main n’entraîne pas nécessairement une faute.

Pour tenter de clarifier les choses, la FIFA a également fait parvenir aux différentes associations une série de questions que peuvent se poser les officiels pour décider s’il y a faute de main ou non. Parmi elles : est-ce que les mains ou les bras du joueur sont dans une position naturelle ? Est-ce que le joueur a tenté d’éviter que le ballon frappe sa main ? Est-ce que le ballon frappe la main sur une courte ou une longue trajectoire ?

« Les fautes de main ont toujours été un sujet qui a créé des questionnements », affirme le directeur de l’arbitrage à la Fédération de soccer du Québec, Sébastien Dubé, qui a lui-même été arbitre pendant près de dix ans au niveau provincial. « La FIFA veut aller chercher le plus d’uniformité possible. Je pense qu’elle est sur la bonne voie, mais c’est certain que ce n’est pas parfait. »

« Même dans les cercles d’arbitres, il y a beaucoup de débats et de désaccords quand vient le temps de décider si un ballon a été touché de la main délibérément ou non », a également souligné l’ancien arbitre assistant de la FIFA et de la Premier League anglaise Paul Rejer dans un article publié il y a un an sur le site de l’Organisation des arbitres professionnels.

« La reprise vidéo a beaucoup aidé »

Les responsables de la FIFA estiment que la reprise vidéo, utilisée pour la première fois cette année lors d’une Coupe du monde, a permis d’atteindre un taux de « bonnes » décisions frôlant 100 %. « En général, nous sommes très satisfaits des performances [des arbitres]. Je pense que la reprise vidéo a beaucoup aidé », a fait valoir le directeur de l’arbitrage à la FIFA, Massimo Busacca, lors d’une conférence de presse organisée vendredi pour faire le point sur l’arbitrage. Lors des 48 matchs de la phase de groupes, 335 incidents ont été analysés dans un studio par l’équipe d’arbitres assignés à la reprise vidéo et 17 ont fait l’objet d’une révision par l’officiel sur le terrain. Du lot, 14 décisions ont été changées après le visionnement de la reprise vidéo et 3 ont été confirmées.

Situations semblables, décisions différentes

Alors, cette main de Rojo dans la surface ? Contrairement aux arbitres de la Ligue nationale de hockey, ceux de la Coupe du monde de la FIFA n’expliquent pas leur décision publiquement, mais on peut présumer que l’arbitre a décidé de ne pas accorder de tir de pénalité parce que le défenseur a lui-même redirigé le ballon sur sa main, à grande vitesse et sur une très courte distance. La grande majorité des experts ont jugé que, dans ce cas précis, l’arbitre a pris la bonne décision.

Un autre ballon touché de la main dans un contexte similaire a entraîné une conséquence bien différente lors de l’affrontement de lundi entre le Portugal et l’Iran. Un ballon aérien repris de la tête par un attaquant iranien dans la surface de réparation a effleuré le bras du défenseur Cédric Soares, situé juste à côté. Là encore, la vitesse du ballon était grande et la distance parcourue était courte, mais l’arbitre a malgré tout décidé d’accorder le tir de pénalité après avoir consulté la reprise vidéo. Il a sans doute jugé que le bras tendu du défenseur ne se trouvait pas dans une position naturelle, un argument rejeté par la plupart des analystes.

« Il y a toujours une zone grise », concède M. Dubé, tout en prenant soin de ne pas se prononcer sur les cas litigieux de la dernière semaine. « Il y a certaines décisions qui peuvent aller d’un côté comme de l’autre. »

Le tir de pénalité, que l’Iran a converti en but, a finalement privé le Portugal de la première place de son groupe.