Les Japonais qualifiés grâce à l’«esprit sportif», sans donner l’exemple

Le Sénégalais Mbaye Niang et le Colombien Yerry Mina se sont durement entrechoqués dans leur dispute du ballon, jeudi. Plus tard dans le match, Mina a marqué le but vainqueur dans une victoire de 1-0.
Photo: Manan Vatsyayana Agence France-Presse Le Sénégalais Mbaye Niang et le Colombien Yerry Mina se sont durement entrechoqués dans leur dispute du ballon, jeudi. Plus tard dans le match, Mina a marqué le but vainqueur dans une victoire de 1-0.

On ne peut pas être contre l’esprit sportif, mais éliminer une équipe d’une Coupe du monde de la FIFA pour deux cartons jaunes de trop a quelque chose d’un peu antisportif, justement. Surtout lorsque l’équipe qui sort gagnante ne fait que le strict minimum afin de profiter des règles.

Le Sénégal s’est fait montrer la porte du Mondial de la plus douloureuse des manières, jeudi. En parfaite égalité avec le Japon après sa défaite de 1 à 0 face à la Colombie, la dernière équipe africaine pouvant espérer passer en huitièmes de finale a été exclue en raison du nombre de cartons jaunes accumulés pendant le tournoi.

Les Sénégalais n’avaient besoin que d’un match nul pour assurer leur place en phase éliminatoire, mais le but marqué de la tête par le Colombien Yerry Mina à la 74e minute a entraîné leur chute. Dans l’autre match présenté au même moment, la Pologne, déjà éliminée, a eu le dessus 1 à 0 sur le Japon.

« C’est la loi du football »

Le Sénégal et le Japon, qui étaient en tête du groupe H avant le début de la journée, se sont ainsi retrouvés à égalité à tous points de vue, qu’il s’agisse du nombre de points obtenus, de la différence de buts ou du nombre total de filets marqués dans la compétition.

Dans de tels cas, les règles de la FIFA prévoient que le gagnant de l’affrontement entre les deux équipes passe à la ronde suivante. Mais puisque leur duel s’est soldé par un match nul de 2 à 2, l’égalité persistait toujours.

Il a donc fallu départager les deux formations en regardant le nombre de cartons jaunes accumulés pendant le tournoi : six pour le Sénégal, contre quatre pour le Japon. Selon le règlement, la seule autre manière de briser l’égalité aurait été de procéder à un tirage au sort.

« C’est la loi du football », s’est résigné le sélectionneur sénégalais, Aliou Cissé, après l’élimination de son équipe. Cette sortie de scène signifie que pour la première fois depuis 1982, aucune équipe africaine ne prendra part à la phase éliminatoire de la Coupe du monde.

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La différence de cartons jaunes reçus par le Japon et le Sénégal au terme des trois matchs de groupe. C’est cet écart qui a provoqué l’élimination du Sénégal de cette Coupe du monde.

Arrêter de jouer pour passer

Il est vrai que les règles étaient connues de tous les joueurs, y compris celle concernant les cartons. La manière avec laquelle les Japonais en ont profité est malgré tout discutable.

À la fin de leur match contre la Pologne, ils ont complètement arrêté de jouer lorsqu’ils ont appris que la Colombie venait de marquer et que leur plus faible total de cartons jaunes leur permettait à ce moment de se qualifier.

Un but tardif du Sénégal aurait provoqué leur élimination, mais ils ont préféré jouer de prudence et figer le match, sans tenter d’ajouter de but et en évitant tout carton jaune supplémentaire. Une stratégie tout à fait légale, mais qui va à l’encontre de l’esprit sportif grâce auquel ils peuvent passer au tour éliminatoire.

Si le soccer était un sport jugé, le Sénégal se serait sans doute qualifié. Il a terminé à égalité avec le Japon en matière de points, mais il a démontré une cohésion, une énergie et des capacités physiques bien supérieures à celles de son rival asiatique.

Le Japon, de son côté, n’a pas volé sa place, mais il est permis de se demander si les Blue Samurais seraient parvenus à battre la Colombie n’eût été ce carton rouge décerné aux Sud-Américains au début de leur affrontement.

Système imparfait

Qu’on désapprouve ou non le comportement des Japonais lors de leur match de jeudi, le dénouement prouve que le système mis en place par la FIFA dans les années 1980 pour limiter la collusion entre les équipes voulant favoriser leur qualification n’est pas sans faille.

En 1982, la victoire de l’Allemagne de l’Ouest sur l’Autriche par la marque de 1 à 0 a eu des airs de séances d’entraînement, les deux équipes sachant que ce résultat les avantageait toutes les deux. Pour éviter que pareil fiasco se reproduise, les deux derniers matchs de groupe à la Coupe du monde sont depuis joués au même moment.

Ce fut efficace pendant un temps, mais à la vitesse où voyagent désormais les nouvelles, rien ne peut empêcher une équipe de jouer le pointage, comme l’ont fait les Japonais.

Reste la question des cartons. S’agit-il vraiment de la dernière option possible avant de procéder à un inconcevable tirage au sort ? Pourquoi ne pas plutôt prévoir une séance de tirs au but, comme c’est le cas lors des matchs de la phase éliminatoire, d’autant plus qu’une journée de congé est prévue vendredi ?

Le résultat est tout aussi cruel pour l’équipe perdante, mais au moins, il se décide un ballon au pied.


La table est mise pour les huitièmes

La phase de groupes étant désormais terminée, la table est mise pour les huitièmes de finale. Avec les résultats des matchs de jeudi, on sait maintenant que la Colombie, première du groupe H, affrontera l’Angleterre, deuxième du groupe G à la suite de sa défaite de 1-0 jeudi face à la Belgique. Les Belges, quant à eux, se mesureront aux Japonais. La phase éliminatoire débutera samedi avec les duels France-Argentine et Uruguay-Portugal, suivis dimanche des affrontements Espagne-Russie et Croatie-Danemark. Lundi, nous aurons droit à un Brésil-Mexique et à un Belgique-Japon, puis à un Suède-Suisse et à un Colombie-Angleterre mardi.