Abus et harcèlement: Ottawa serre la vis aux fédérations sportives canadiennes

Moins d’un mois après la sortie publique de plusieurs victimes de Bertrand Charest, Ottawa serre la vis aux fédérations sportives.
Photo: Graham Hughes Archives La Presse canadienne Moins d’un mois après la sortie publique de plusieurs victimes de Bertrand Charest, Ottawa serre la vis aux fédérations sportives.

Le cri du coeur des victimes de l’ex-entraîneur de ski Bertrand Charest a été entendu. Ottawa a annoncé mardi de nouvelles mesures pour prévenir le harcèlement, les abus et la discrimination dans le sport en reprenant plusieurs recommandations des anciennes athlètes qui sont sorties de l’ombre au début du mois de juin.

La ministre fédérale des Sports, Kirsty Duncan, a dévoilé mardi de nouvelles exigences auxquelles devront se soumettre les organisations sportives canadiennes si elles désirent recevoir du financement de la part du gouvernement fédéral.

Depuis 1996, chaque fédération sportive désirant toucher une aide financière fédérale doit avoir une politique officielle visant à éliminer le harcèlement, les abus et la discrimination. Cette politique s’appliquant à tous les membres de l’organisation, y compris les athlètes, les entraîneurs et le personnel de soutien, doit également préciser le processus officiel de déclaration en cas d’incident.

Ces normes n’ont pas empêché l’ex-entraîneur de ski Bertrand Charest d’agresser sexuellement plusieurs athlètes dans les années 1990. Le ministère des Sports a d’ailleurs reconnu mardi qu’il n’a jamais retenu le financement d’une organisation sportive canadienne relativement à un cas de harcèlement, d’abus ou de discrimination.

Nouvelles clauses

Moins d’un mois après la sortie publique des skieuses Geneviève Simard, Amélie-Frédérique Gagnon, Gail Kelly et Anna Prchal, qui ont demandé de lier le financement des fédérations sportives à une série de règles renforcées et uniformisées, Ottawa serre donc la vis.

Les nouvelles clauses ajoutées aux accords de contribution financière indiquent maintenant que les fédérations sportives devront prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer un milieu de travail exempt de harcèlement, d’abus ou de discrimination. Les fédérations devront également donner accès à une tierce personne indépendante pour traiter les dénonciations, divulguer tout incident au ministère des Sports et offrir une formation obligatoire à tous ses membres d’ici le 1er avril 2020. Cet échéancier est le même que celui proposé par les victimes de Bertrand Charest.

Le ministère des Sports se chargera d’examiner les politiques des fédérations pour s’assurer de leur conformité. Une équipe de 10 à 15 personnes aura pour mandat de surveiller quelque 120 organisations de sport amateur enregistrées au Canada.

Aucune amende n’est prévue en cas de non-respect des nouvelles normes, mais la suspension du financement fait partie des possibilités envisagées. « Je suis prête à retenir le financement. Je l’ai fait en science. Je vais le faire dans les sports. L’argent parle », a souligné la ministre Duncan en conférence de presse mardi.

Pour assurer une meilleure coordination des efforts entre les provinces, desquelles relèvent certaines responsabilités, un comité de travail fédéral-provincial qui a déjà commencé à se pencher sur le dossier des abus et du harcèlement dans le sport présentera ses recommandations en février 2019.

Les nouvelles mesures annoncées mardi par Ottawa ont été accueillies favorablement par l’Association canadienne des entraîneurs et le Comité olympique canadien.