Faut-il craindre les hooligans russes?

Comme pour chaque événement d’une telle envergure, la présentation de la Coupe du monde de la FIFA obligera les autorités russes à dépenser des sommes colossales pour assurer la sécurité des joueurs et des partisans pendant un mois. Mis à part le terrorisme, la menace la plus sérieuse pourrait cependant provenir de l’intérieur de la Russie, ce pays étant l’un des plus importants foyers du hooliganisme au monde.

Le gouvernement russe appliquera à la Coupe du monde la même recette sécuritaire que lors des Jeux olympiques de Sotchi, il y a quatre ans. Mais le défi sera plus grand, puisque la compétition se déroulera cette fois dans onze villes différentes.

Selon les estimations, la Russie dépensera entre 500 et 675 millions de dollars pour mettre en place un large éventail de mesures : les autorités promettent de scruter à la loupe le dossier de chaque visiteur et d’expulser les partisans étrangers qui troublent l’ordre public, un système anti-drones opérationnel dans les onze villes hôtes et les missiles de défense de l’armée russe seront prêts à être utilisés, et les forces de l’ordre feront bien entendu sentir leur présence, particulièrement dans les stades, les aéroports et les autres infrastructures de transport.

Fouille « intrusive »

Des agents de la « police touristique » sillonneront également les rues des villes pour rassurer les partisans. La présence de ces « policiers » pouvant s’exprimer dans plusieurs langues a pour but de présenter une image positive de la Russie et de faire contrepoids aux agents traditionnels, souvent associés à des interventions musclées.

Photo: Mladen Antonov Agence France-Presse À Rostov-on-Dov, dans le sud du pays, une passante reste de glace devant les publicités des stars du soccer Christiano Ronaldo et Neymar.

La Québécoise Emmanuelle Viau a été témoin des dispositifs de sécurité russes lors d’un match amical France-Russie auquel elle a assisté en mars dernier au stade de Saint-Pétersbourg. Avec son groupe d’amis, elle est arrivée sur place quelques instants seulement avant le début de la rencontre et elle n’aura finalement pu en voir que la moitié.

« On pensait qu’on pourrait entrer rapidement dans le stade, mais ça a pris environ 40 minutes. On a manqué presque toute la première demie, se souvient-elle. Après la file d’attente, la fouille était assez intrusive. J’avais rarement vu ça ailleurs que dans un aéroport. […] Ils ont même ouvert ma bouteille de médicament liquide pour sentir ce qu’il y avait dedans. »

Dans le stade, l’ambiance était pourtant bon enfant et une bonne partie des sièges était occupée par des familles, dit-elle. « Je comprends l’importance de la sécurité, mais je pense qu’il faut trouver un équilibre. C’était peut-être un peu trop. »

Gare aux hooligans

Parmi les menaces qui planent sur la Coupe du monde, il y a bien sûr le terrorisme — tout particulièrement parce que la Russie soutient le régime du président Bachar al-Assad dans la guerre en Syrie —, mais également les débordements provoqués par des supporteurs qui recherchent la violence, qu’on appelle les hooligans.

« Il y a un hooliganisme fort en Russie, qui est extrêmement ancré dans le pays depuis une quinzaine d’années », affirme en entrevue au Devoir le professeur de sociologie à l’École centrale de Lyon Nicolas Hourcade, dont les recherches portent notamment sur les partisans de soccer.

« Les hooligans russes sont ce qu’étaient les hooligans européens il y a quelques décennies », ajoute Jean Lévesque, professeur d’histoire à l’UQAM et spécialiste de la Russie.

Les violents affrontements entre des supporteurs russes et anglais survenus à Marseille lors de l’Euro 2016 reviennent aujourd’hui en mémoire et soulèvent des craintes à l’aube de la Coupe du monde. À l’époque, une centaine d’Anglais ont été blessés et deux personnes ont même été plongées dans le coma.

Le problème du hooliganisme n’est pas vraiment résolu. Ça reste un gros point d’interrogation, parce que c’est un mouvement généralisé en Europe de l’Est.

Un «festival de violence»  

 

Pour jeter de l’huile sur le feu, des hooligans russes cagoulés ont promis un « festival de violence » lors de la Coupe du monde 2018 dans un reportage diffusé en février dernier par la British Broadcasting Corporation (BBC). La Fédération russe de soccer n’a pas tardé à qualifier ce reportage de « propagande », dont l’objectif serait d’inciter les Anglais à rester chez eux lors du grand rendez-vous sportif.

Il faut effectivement se méfier de ce genre de déclaration-choc, prévient M. Hourcade.

« Les hooligans russes sont très surveillés et les hooligans adverses ne vont pas forcément venir en masse », dit-il, en faisant remarquer qu’il faut être deux pour se battre. « Avant chaque Coupe du monde, il y a des gens qui promettent l’enfer. […] Il ne faut pas se dire qu’il n’y a aucun risque, parce qu’il y a une partie des supporteurs russes qui sont violents, mais il ne faut pas penser non plus que ce sera à feu et à sang. »

Jean Lévesque, lui, est ambivalent. « Le problème du hooliganisme n’est pas vraiment résolu. Ça reste un gros point d’interrogation, parce que c’est un mouvement généralisé en Europe de l’Est », affirme-t-il, tout en précisant que « la FIFA et [le président russe] Vladimir Poutine ont grandement intérêt à ce qu’il n’y ait pas de débordements ».

Dérapages racistes redoutés

Lors du match amical de mars dernier opposant la France et la Russie, le milieu de terrain Paul Pogba et l’attaquant Ousmane Dembélé ont fait réagir la foule rassemblée dans le stade de Saint-Pétersbourg. Sauf que ce ne sont pas des cris ou des applaudissements qui ont résonné dans les gradins, mais bien des cris de singe.

Ces cris ciblant deux joueurs Noirs ont aussitôt fait réagir la ministre française des Sports, Laura Flessel. « Le racisme n’a pas sa place sur les terrains de football. Nous devons agir de concert au niveau européen et international afin de faire cesser ces comportements inadmissibles », a-t-elle écrit sur Twitter.

L’événement n’est pas isolé, puisque le réseau Football contre le racisme en Europe (FARE) a enregistré la dernière saison 19 incidents impliquant des chants racistes ou homophobes en Russie, ce qui laisse croire que des dérapages du même genre pourraient survenir lors de la Coupe du monde.

« Je ne vois pas de déclin du phénomène et je pense que c’est un sérieux problème », confirme le professeur de l’UQAM Jean Lévesque, qui craint effectivement que le racisme de certains partisans russes émerge lors de la compétition. « Évidemment, ça contredirait les valeurs que la FIFA essaie de projeter. »
 
Les favoris

Allemagne 1er rang au classement FIFA, gagnante de la Coupe du monde 2014 

Brésil 2e rang au classement FIFA, demi-finaliste à la Coupe du monde 2014 

Argentine 5e rang au classement FIFA, finaliste à la Coupe du monde 2014


Les absents

Italie Évincée de la Coupe du monde pour la première fois depuis 1958

Pays-Bas Finalistes à la Coupe du monde 2010 et troisièmes à la Coupe du monde 2014


Les revenants

Pérou Première participation à la Coupe du monde depuis 1982

Suède Première participation à la Coupe du monde depuis 2006

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