Football: un sport à risque?

Près d’un joueur sur deux présenterait des symptômes reliés à une commotion cérébrale lors d’une seule saison sportive. 
Photo: Rick Osentoski Associated Press Près d’un joueur sur deux présenterait des symptômes reliés à une commotion cérébrale lors d’une seule saison sportive. 

Certains sujets ne cessent de s’inviter dans les médias, mais on finit parfois par perdre le fil des enjeux au gré des articles. C’est avec un adverbe, « pourquoi », que des étudiants en journalisme de l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) ont tenté de bien expliquer différents sujets d’actualité. Le Devoir publie aujourd’hui sa sélection de trois reportages sur les questions du bitcoin, des commotions au football et des décrets présidentiels. Pour lire les autres articles des étudiants, c’est ici!

Les commotions cérébrales dans le football sont-elles fréquentes?

Pratiquer le football de haut niveau implique de recevoir des chocs violents de manière répétée. Dans une étude publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) en 2017,  l’autopsie de plus d’une centaine de cerveaux d’anciens joueurs professionnels a révélé que près de neuf joueurs sur dix souffraient d’une dégénérescence cérébrale chronique liée à des chocs répétés reçus à la tête au cours de leur carrière. 
 

Mais il n’y a pas que les professionnels qui sont touchés. Des sondages menés auprès de joueurs plus jeunes rapportent que près d’un joueur sur deux présenterait des symptômes reliés à une commotion cérébrale lors d’une seule saison sportive. 
 

Des mesures ont-elles déjà été prises pour réduire le risque?

« Il y a un gros travail qui a été fait au Québec », explique Dave Ellemberg, directeur de l’Institut des commotions cérébrales à Montréal. « Au Québec, les enfants n’ont plus de contacts et un expert est présent dans chaque club pour faire de la sensibilisation ainsi que pour repérer de potentielles commotions chez les joueurs. »
 

Un autre point important serait de doter les clubs de systèmes de détection des commotions cérébrales. Même si aucun système fiable n’a encore été mis au point, ceux déjà testés permettent de découvrir plus de joueurs atteints de traumatismes cérébraux.

Selon l’étude réalisée par Dave Ellemberg, le nombre de blessures à la tête rapportées par les intervenants sur le terrain indique que le taux de commotions tourne en moyenne autour de 5 % à 15 %. Cependant, ce chiffre grimperait à 25 % chez les équipes dotées d’un protocole établi de gestion des commotions cérébrales, protocole leur permettant de mieux reconnaître les symptômes. 
 

Quels sont, à long terme, les risques pour les joueurs professionnels?

L’étude publiée par le JAMA, la plus poussée réalisée sur ce sujet, révèle que, sur la centaine de cerveaux d’anciens joueurs professionnels de football américain étudiés, la quasi-totalité souffrent d’une dégénérescence cérébrale chronique liée à des chocs répétés à la tête. Une encéphalopathie traumatique chronique (ETC) a été diagnostiquée chez 87 % d’entre eux. La sévérité de cette ETC est beaucoup plus marquée que chez les joueurs amateurs.
 

Les chercheurs ont aussi voulu déterminer si les joueurs présentaient des symptômes à la fin de leur vie. Ainsi, sur les 111 cas de personnes décédées étudiés, 27 avaient une forme modérée de la pathologie et 84 présentent une forme sévère. Pour les personnes souffrant d’une forme modérée, les symptômes se traduisent par des troubles du comportement et de l’humeur, des troubles de la concentration et parfois des signes de démence pour une personne sur trois. Pour les formes les plus sévères, 95 % présentent des problèmes cognitifs et 85 % des symptômes de démence.

La science est-elle en retard sur cette question?

Beaucoup de recherches doivent encore être faites pour que l’on puisse arriver à mieux gérer ces cas de commotions cérébrales.
 

Les chercheurs québécois en neuropsychologie ont grandement contribué à l’avancement des connaissances dans ce domaine. Ils ont été parmi les premiers à identifier les altérations neuro-métaboliques et neuro-électriques causées par la commotion cérébrale. 


Depuis quelques années, nombreux sont les anciens joueurs professionnels ayant fait don de leur cerveau à la science, afin que les scientifiques puissent les étudier et protéger la génération suivante. Il y a donc un nouvel intérêt qui s’est créé autour des enjeux de la santé dans ce sport et beaucoup d’efforts sont fournis pour arriver à progresser de ce côté. 


Les enfants commençant le sport tôt sont-ils les plus vulnérables?
 

Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de développer cette pathologie : le nombre d’années de pratique, l’âge auquel on commence ce sport, la position sur le terrain et surtout l’accumulation de chocs à la tête. Les personnes ayant commencé ce sport à l’enfance sont celles qui ont le plus de chance de développer des traumatismes cérébraux, car leur boîte crânienne est encore fragile et ils seront plus exposés à des chocs violents s’ils pratiquent ce sport sur le long terme. Dave Ellemberg explique que « des types de plaquages doivent être répétés des centaines de fois à l’entraînement, à l’image des katas au karaté », ce qui cause des chocs répétés au cerveau. 

Sera-t-il possible un jour de jouer au football sans risquer d’avoir une commotion cérébrale?

Les recherches vont bon train. Autant sur l’étude des pathologies et la manière de les traiter qu’au niveau des équipements sportifs. La NFL s’est engagée en septembre 2016 à consacrer 100 millions de dollars à la recherche médicale ainsi que pour travailler à améliorer le casque des joueurs. Cependant, même si la manière de traiter ces pathologies peut évoluer de manière favorable, les chocs à la tête restent inévitables pour les personnes pratiquant ce sport. Le développement de casques plus résistants pouvant éviter aux joueurs de recevoir des chocs trop importants reste la seule option pour les passionnés de ce sport qui veulent le concilier avec une bonne santé. 

Sources: Le Point, Le Figaro, Association québécoise des neuropsychologues, Slate, Canal +, L’Équipe.