Marit Bjørgen: une athlète dans l’oeil de la science

Marit Bjørgen (à droite) a aisément devancé ses compétitrices, lors de la demi-finale de sprint par équipes de cross-country féminin, à Pyeongchang, mercredi.
Photo: Odd Andersen Agence France-Presse Marit Bjørgen (à droite) a aisément devancé ses compétitrices, lors de la demi-finale de sprint par équipes de cross-country féminin, à Pyeongchang, mercredi.

La plupart des champions entourent de secrets les détails de leur diète et de leur entraînement. Ce n’est pas le cas de l’athlète la plus décorée de toute l’histoire des Jeux d’hiver et reine norvégienne du ski de fond, Marit Bjørgen, qui a décidé de soumettre aux scientifiques le menu détail de deux décennies d’entraînement pour faire avancer la science.

Comme les programmeurs qui favorisent l’utilisation libre des données pour permettre la diffusion de la connaissance, l’athlète a décidé de mettre à profit sa propre carrière et de participer à une étude scientifique longitudinale où la moindre de ses sessions d’échauffement a été scrutée à la loupe pendant 17 ans.

L’athlète olympique hors catégorie, détentrice de 18 médailles d’or et 110 victoires aux Championnats du monde, a accepté dès l’âge de 20 ans de tenir un journal quotidien de ses entraînements et de subir des tests physiologiques pour mesurer notamment son rythme cardiaque et sa consommation d’oxygène à certains moments.

La skieuse de 37 ans, qui quittera Pyeongchang avec cinq médailles olympiques à ajouter aux onze autres (dont huit d’or) remportées depuis les Jeux de Salt Lake City en 2002, serait une des rares athlètes et la seule femme à avoir fait l’objet d’une étude aussi pointue et prolongée dans le temps.

« Marit Bjørgen est une athlète unique. Elle a expérimenté des modèles d’entraînement différents et elle a voulu aider les futurs athlètes et les entraîneurs en partageant ses données personnelles », a soutenu cette semaine Guro Solli, coauteur de la recherche récemment publiée dans Frontiers of Physiology.

 

Force de la nature

Chose certaine, une partie de la réponse du succès de Bjørgen se trouve dans la durée et l’augmentation très graduelle de son entraînement. La skieuse, qui a commencé à la compétition à 7 ans, a intégré le circuit de la Coupe du monde de ski nordique à 19 ans. Depuis l’âge de 20 ans, elle a recensé la durée et la teneur de ses 13 600 heures d’entraînement.

L’étude de ces données révèle que l’athlète est parvenue très lentement au sommet de ses capacités, entre 2010 et 2015, en consacrant 940 heures par an à l’entraînement. Plus jeune, elle ne consacrait pas plus de 450 heures par an à son sport. Mais en privilégiant toujours de longues sessions d’endurance à « basse intensité », de plus 90 minutes (65 % des fois) et même de plus de 150 minutes (23 %). Malgré tout, la sportive a réussi à briller tant aux épreuves de longue distance que dans les courses de vitesse et les relais, nécessitant un maximum de puissance.

Les exercices de vitesse n’ont représenté que 1 % de l’entraînement de la fondeuse et les exercices visant à accroître sa force physique, 8 %. Bref, même si, au plus fort de sa carrière, l’athlète ne s’entraînait pas plus de 18 heures par semaine (en moyenne), son endurance s’est développée à la faveur de longues sessions chaque fois.

Toujours plus haut

Autre secret de la formule gagnante de Bjørgen, la skieuse s’est entraînée jusqu’à 25 % du temps entre 1000 et 3000 mètres d’altitude, lors de « camps » où elle vivait à plus de 2000 mètres et skiait dans des conditions naturelles.

Selon les chercheurs, ce qui distingue la championne, c’est la combinaison de sa très haute capacité aérobique et d’une masse musculaire plus développée, notamment dans le haut du corps, que les autres skieuses nordiques. Bref, pour atteindre ce summum, les chercheurs concluent que les athlètes devraient augmenter très graduellement leur charge d’entraînement avant 30 ans, afin d’atteindre leur plein potentiel plus tard dans la trentaine.