Les Jeux olympiques, le «1%» du monde sportif

Les comptes à jour jusqu’à Rio en 2016 placent les États-Unis en tête avec 2802 médailles remportées en 49 Jeux, soit 15 % du lot de 18 450 podiums.
Photo: Agence France-Presse Les comptes à jour jusqu’à Rio en 2016 placent les États-Unis en tête avec 2802 médailles remportées en 49 Jeux, soit 15 % du lot de 18 450 podiums.

Le Comité international olympique ne diffuse pas de statistiques additionnées des médailles gagnées par pays depuis 1896. Peut-être pour ne pas exacerber les rivalités nationales.

Peu importe, une page Wikipédia s’en charge sans gêne et gratuitement. Ces comptes prouvent encore une fois à quel point l’olympisme est perclus des contradictions et paradoxes qui caractérisent l’humanité, avec ses forces et ses faiblesses, ses idéaux généreux et ses réalités cupides.

Mouvement sans but lucratif, il accumule les milliards comme un oligarque russe. Événement à la gloire de la solidarité sportive, il peut exacerber les pires affects idéologiques qui divisent l’humanité. Événement sportif rassembleur de la planète autour de l’idéal sportif, il met en évidence les profondes inégalités et les rapports de domination dans le monde.

 

La taille correspond au nombre de médailles gagnées. Le classement est fait par pays historique, sans continuité (par exemple la Russie est séparée de l'Union soviétique). Les données proviennent de sport-reference.com.

Les comptes à jour jusqu’à Rio en 2016 placent les États-Unis en tête avec 2802 médailles remportées en 49 Jeux, soit 15 % du lot de 18 450 podiums. Pas mal pour un peuple réputé obèse comptant pour seulement 4 % de la population mondiale. Normal pour la première puissance du monde : en cette matière comme en tant d’autres, le XXe siècle aurait pu être russe ou allemand, il a finalement été américain.

L’Allemagne suit avec 1204 (auxquelles on peut ajouter les 509 de l’ancienne RDA), exactement le même résultat que l’Union soviétique (auquel on peut joindre les 559 de Russie).

La Norvège domine les Jeux d’hiver avec 329 médailles, soit 11 % du lot hivernal. Le minuscule pays de 5 millions de Vikings athlétiques va encore en empocher plus d’une trentaine à Pyeongchang.

Cette place ne s’avère rien de moins que fenomenale, comme on dit à Oslo.

C’est comme si le Québec (moins la grande région de Montréal) devenait une immense championne du monde mondial au XXIe siècle. On mesure aussi l’exploit en se rappelant que le Danemark, tout aussi scandinave, n’a gagné qu’une seule médaille d’hiver, en curling féminin, à Nagano.

Le Canada se place au 5e rang avec 170 podiums hivernaux et au 15e rang des totaux combinés (hiver et été) avec 471 médailles.

Évidemment, les pays du Nord sont avantagés par mille et une conditions favorables, dont la vie sous la neige, qui doit y être pour quelque chose. À part l’Australie et la Nouvelle-Zélande, les pays du Sud totalement absent du tableau glacé.

Tous appelés, cinq élus

Sur cette planète profondément inégalitaire, comme bien d’autres organisations internationales, les JO reflètent ainsi la division entre les riches et les pauvres, les puissants et les faibles.

En fait, le mouvement olympique mondial n’a pas grand-chose de véritablement mondialisé, encore moins les Jeux olympiques d’hiver : les villes des pays riches ou émergents demeurent les seules à pouvoir organiser le grand pow-wow hypercoûteux où leurs athlètes dominent les performances sportives.

Les JO, c’est le club des happy few du 1 % à l’échelle sportive. Et l’internationalisation de la participation y va de pair avec la confiscation des succès.

Cinq pays (au CIO, on divise plutôt le monde en comités nationaux olympiques) concentrent près de 40 % des médailles. Près de 80 pays n’en comptent aucune, et une trentaine d’autres une seule.

L’Inde, deuxième pays le plus peuplé et 11e puissance économique du monde, demeure un nain olympique avec 28 médailles, toutes estivales. Des facteurs culturels expliquent peut-être cette 50e place du classement par pays (ou l’absence du yoga et du cricket en compétition…), alors que d’autres pays émergents se démarquent.

La Chine assume une volonté de puissance dans le domaine sportif comme ailleurs. Pékin prendra le relais de Pyeongchang dans quatre ans pour rouvrir une vitrine olympique et obtenir encore un peu plus de visibilité en odeur patriotique.

Avec les sept médailles gagnées à Pyeongchang, la Chine vient de passer la barre des 600 podiums cumulés. On peut penser qu’elle sera dans le club des 5 de tête d’ici la fin du siècle, s’il reste encore des Olympiques…