Les Jeux olympiques de Pyeongchang organisés dans le froid mais sans neige

Herman Maier sur la piste d’Hakuba, en 1998
Photo: Luca Bruno Associated Press Herman Maier sur la piste d’Hakuba, en 1998

Il fait froid, très froid même, à Pyeongchang, mais de la neige, il n’y en a pas.

Enfin. Il n’y avait pas de neige, alors les canons en ont produit des masses sur lesquelles sont maintenant disputées les épreuves extérieures.

Enfin. Certaines épreuves en plein air, le ski de fond par exemple, tandis que les descentes de ski alpin attendent que les vents faiblissent. On se croise les skis pour aujourd’hui.

Le site de Whistler connaissait les mêmes ennuis pendant les Jeux de Vancouver en 2010.

À Nagano, en 1998, le grésil et même la pluie avaient retardé des compétitions puis imposé des conditions très pénibles aux concurrents.

La chute de l’Autrichien Hermann Maier sur la piste d’Hakuba a vingt ans cette semaine. Le favori, satellisé par une bosse, avait rebondi sur le sol gelé et défoncé les filets de sécurité. Les images font encore frémir. Le surhomme sur planche avait pourtant gagné le Super G trois jours plus tard. Quand il a mis fin à sa carrière, le Kronen Zeitung a poétiquement titré : « Maintenant que tu es à la retraite, Hermann Maier, il n’y a plus besoin d’hiver en Autriche ».

Il n’y a pas besoin d’hiver non plus pour organiser les Jeux. Pékin sera le centre du monde sportif pour deux semaines en 2022 et de la neige, à Pékin, il n’y en a pas.

D’ailleurs, les épreuves extérieures seront disputées à Chongli, à 200 kilomètres, où il faudra là aussi produire artificiellement la neige en asséchant encore davantage un pays en déficit d’eau, ajoutant du même coup de la pollution dans un coin du monde grisâtre, étouffant, exsangue.

Changement de climat

Pourquoi s’arrêter au smog hivernal chinois ? Les Olympiques d’hiver attirent déjà des athlètes de pays sans hiver, comme les Bermudes, alors pourquoi ne pas les organiser là aussi ?

Le mot « neige » n’existe pas en tétoum, langue du Timor-Oriental. Ni le mot « ski » d’ailleurs, que les locaux écrivent parfois avec un i, parfois avec un y, et pourquoi pas ? Le mercure ne descend jamais en dessous de 20 °C dans ce coin du Pacifique.

Le Timor-Oriental n’a donc pas de fédération de sport d’hiver. Et pourtant, Yohan Goutt, initié au « sky » en France, portera les couleurs de son petit pays à Pyeongchang, en slalom et peut-être même en slalom géant.

Alors, rendez-vous sans neige à Dili ou dans une ville d’Indonésie en 2030 ? Sérieusement, les changements climatiques réduisent de plus en plus le nombre de villes au potentiel olympique hivernal.

Une équipe de l’Université de Waterloo en Ontario a calculé qu’au rythme où se produit le réchauffement planétaire, à partir de 2050, seulement 13 des 21 villes qui ont déjà organisé les JO seraient encore assez froides pour les obtenir à nouveau.

La projection s’appuie sur une hausse des températures moyennes de 4 degrés qui entraînerait des déficits de neige et de froid. Vancouver et Sotchi figurent en tête des perdantes de la loterie climatique.

Quelles nouvelles prétendantes en voudront ? La progression exponentielle des coûts pour organiser l’événement, combinée au recul prévisible de l’hiver, laisse dans la mire quelques villes à la russe, des stations plus ou moins hivernales utilisées comme vitrines et paravents par des régimes plus ou moins recommandables.

Almaty, au Kazakhstan, faisait la lutte à Pékin devant le CIO pour 2022 après le retrait de Boston et de Hambourg en raison du faible soutien populaire au projet olympique dans ces villes.

Et pourquoi pas Pyongyang après Pyeongchang ? Il fait un froid de guerre froide en Corée du Nord, et là-bas c’est l’hiver du mécontentement tout le temps.