Les pays scandinaves ne voulaient pas des Jeux d’hiver

Drapeau américain lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver de 1924 à Chamonix
Photo: Archives Associated Press Drapeau américain lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver de 1924 à Chamonix

Les Jeux olympiques d’hiver ont tardé à être instaurés parce que les pays du Nord, les pays du froid, n’en voulaient pas.

Même les premiers Jeux d’hiver, officiellement datés de 1924, font l’objet d’une énorme grogne. D’ailleurs, ces Jeux de Chamonix ne sont pas « olympiques » à proprement parler. Il faut attendre l’année suivante pour que, à la suite d’une réunion du Comité international olympique (CIO) à Prague, on les qualifie rétrospectivement de la sorte. Pourquoi ?

Il faut d’abord rappeler qu’aux Jeux de Londres en 1908, on a prévu des « winter sports ». Les principales épreuves se déroulent en juillet, mais on a prévu en tenir certaines en octobre.

Ce choix ne vise pas à célébrer le règne de la glace et de la neige. Les Anglais, très sensibles à l’étiquette, y compris dans les sports, ne peuvent tout simplement pas supporter que certaines épreuves sportives se déroulent hors de la saison où on les pratique chez eux d’ordinaire.

En octobre 1908 ont donc lieu les compétitions de football, de boxe, de hockey sur gazon et des épreuves sur patins, lesquelles se déroulent dans un amphithéâtre couvert. Ces faux Jeux d’hiver obtiennent un joli succès.

Mais aux Jeux suivants, en 1912, plus rien sous le grand chapiteau blanc de l’hiver. Les Jeux ont pourtant lieu à Stockholm, une ville du froid. La ville affirme tout bonnement ne pas disposer d’installations à cette fin.

En fait, toute la Scandinavie s’oppose au développement de Jeux d’hiver sous le couvert du CIO.

Pour ces pays, les sports d’hiver sont leur chasse gardée. Pas question que les pays du monde s’arrogent le droit de mettre le nez dans leurs activités. Et il existe déjà en Scandinavie des jeux très importants qui servent de ciment régional : les Jeux nordiques. Ces jeux régionaux contribuent à l’équilibre régional en favorisant des sentiments nationaux. Pourquoi les menacer ?

Ces réticences importantes sont toujours présentes en 1924 lorsque des jeux d’hiver internationaux d’importance sont organisés en France, dans la station de Chamonix, au pied du mont Blanc.

Les pays nordiques en particulier ne souhaitent pas que la série d’épreuves au programme soit qualifiée d’« olympique ». Le Canada y obtient une médaille, une seule : l’or au hockey.

Ces jeux seront qualifiés rétrospectivement d’« olympiques » à la suite d’une réunion du CIO un an plus tard. La méfiance de la Scandinavie a alors un peu fléchi, notamment parce qu’ils se sont assurés de beaucoup de succès.

Dans ses mémoires, Pierre de Coubertin écrit qu’il s’agit là d’un tournant dans la diplomatie du froid qui préside à la création de ces Jeux olympiques d’hiver. Il dit : « Nos collègues scandinaves convaincus et convertis s’étaient ralliés sans restriction. »

Au nom du froid, dans cet immédiat après-guerre, on n’entend pas encore les voix de la Russie soviétique, du Canada colonial ou même des États-Unis.