La reprise vidéo

Au hockey, lorsqu’un entraîneur demande la reprise vidéo après un but refusé, l’arbitre consulte les grands sages de la Ligue nationale à Toronto, revient au centre de la glace, ouvre son micro en portant une main à sa hanche et explique haut et fort la décision qu’il s’apprête à prendre.

Même chose au football en cas de touché controversé : les spectateurs peuvent être aux anges ou furieux, mais ça a le mérite d’être clair.

En patinage de vitesse, cette transparence n’est pas encore entrée dans les moeurs et, mardi, ça a drôlement dérapé.

Si vous n’avez pas regardé la finale du 500 mètres féminin du début à la fin, je vous garantis que la reprise en vaut la peine, même si vous connaissez déjà la fin de l’histoire.

La Québécoise Kim Boutin est demeurée en deuxième position pendant une bonne partie de la course, mais les choses se sont corsées avec un tour à faire. À deux reprises, sa rivale sud-coréenne Min-jeong Choi et elle sont entrées en contact, la seconde bousculade reléguant Boutin à l’arrière. La favorite locale a ensuite joué du coude pour finalement franchir la ligne d’arrivée 22 centimètres derrière l’Italienne Arianna Fontana.

Dans les gradins du Palais des glaces de Gangneung, la foule a crié sa déception en apprenant l’identité de la gagnante, mais ce n’était rien comparativement à ce qui allait suivre. Lorsque Choi a été disqualifiée, tout le monde s’est tu, abasourdi.

Certains Sud-Coréens, qui ne sont pourtant pas reconnus pour leur caractère bouillant, ne sont pas demeurés silencieux bien longtemps. Ils ont fait parler leurs claviers et ont inondé les réseaux sociaux de messages haineux à l’égard de la médaillée de bronze canadienne. D’autres, plus modérés, se sont contentés de relayer une séquence vidéo qui montre Boutin écartant Choi du bras, afin de crier à l’injustice.

Alors, que s’est-il passé ? Pourquoi la Coréenne a-t-elle été exclue, tandis que Boutin a pu monter sur le podium ? Lors de l’annonce de la disqualification, les officiels n’ont pas offert d’explication claire, ce qui a sans doute ajouté à la grogne populaire.

Chose certaine, ceux qui doutaient de l’impact potentiel des médias sociaux sur les athlètes olympiques ont ici un exemple frappant des ravages que peuvent causer des internautes anonymes et furieux. Le Comité international olympique et les responsables canadiens ont pris les choses en main, semble-t-il, mais l’ampleur de la dérive a tout de même de quoi faire sourciller.

D’ailleurs, c’est précisément pour ne pas faire les frais de ce genre de dérapage que la coéquipière de Boutin, Marianne St-Gelais, a mis une croix sur les réseaux sociaux au début du mois de février, et ce, jusqu’à la fin des Jeux. Disqualifiée mardi lors de la première vague de qualifications du 500 m, elle était aux premières loges pour assister à la finale.

Présente aux abords de la patinoire lorsque la troisième place de Boutin a été confirmée, elle a explosé de joie comme si c’était son nom qui venait d’apparaître sur le tableau indicateur. Sans attendre, les deux Canadiennes se sont serrées dans leurs bras, arrivant à peine à croire ce qui venait de se passer.

La reprise vidéo de cette accolade, on voudra la voir et la revoir, mais dans ce cas-ci, les explications ne seront pas nécessaires pour comprendre qu’il s’agit d’une scène de pur bonheur.