Pourquoi payer des fortunes pour une diffusion télé des Jeux qui n’intéresse pas les jeunes?

Vue de la niche médiatique de l'Ovale de Gangneung lors d'une séance d'entraînement de patinage de vitesse
Photo: Mladen Antonov Agence France-Presse Vue de la niche médiatique de l'Ovale de Gangneung lors d'une séance d'entraînement de patinage de vitesse

Au dernier décompte, 2952 athlètes de 92 pays participent aux Jeux de Corée.

À la dernière prévision, environ 3000 journalistes de 58 pays devraient couvrir les Olympiques. Ils rejoindront les 270 reporters et animateurs de quelque 68 médias coréens. Mais personne du Devoir

Il faut ajouter en gros deux professionnels (caméraman, réalisateur, recherchiste ou pupitreur) en appui logistique et technique à chaque journaliste. On se ramasse donc avec plus ou moins trois employés des médias par athlète pour se vautrer dans la grande débauche sportive. À elle seule, la délégation de CBC/RC compte 295 personnes.

Pyeongchang, petite ville de 40 000 habitants, devient ainsi pour deux semaines l’épicentre du village global surmédiatisé. Est-ce raisonnable, docteur McLuhan ?

Heu… Est-ce une question de sophiste ? Oui et non.

D’un côté, le cirque médiatique qui accompagne les matchs des Canadiens de Montréal ou du FC Barcelone reste effectivement dans ces ratios à trois échotiers des sports (ou même plus) par sportif.

D’un autre côté, la surmédiatisation des JO à l’échelle planétaire étonne puisqu’elle s’applique en bonne partie à de très marginales disciplines comme le skeleton.

La démesure se mesure de toutes sortes de manières. Les montants en jeu pour relayer les Jeux font frémir d’étonnement. NBC a payé 4 milliards de beaux dollars américains pour les droits de 2014 à 2020, ce qui équivaut à peu près à 70 millions par soirée olympique.

Les montants déboursés ici par CBC/Radio-Canada ne sont pas encore divulgués. On peut se faire une idée des dizaines de millions probablement payés en se rappelant que le consortium Bell-Rogers a payé 90 millions pour Vancouver et 63 millions pour Londres.

Ces dépenses folles étonnent encore plus en pleine révolution médiatique.

L’offre s’étend, jusqu’à couvrir tous les sports, toutes les épreuves et tous les athlètes, sans exception, y compris la performance en ski de fond de Pita Taufatofua de Tonga, le beau gars en bedaine. Seulement, le bassin des téléspectateurs rétrécit constamment, alors que les plus jeunes délaissent les vieilles plateformes payantes. La « tivi », c’est tellement XXe siècle !

Sur ICI RC Télé, les deux premières diffusions en soirée, samedi et dimanche, ont attiré en moyenne 565 000 personnes chacune selon Numeris. Oui, y compris le patin de fantaisie.

Une bonne édition dominicale de Tout le monde en parle sur la même chaîne fait souvent deux et parfois trois fois mieux. La Voix à TVA a remporté près de 2 millions de cotes d’écoute dimanche.

En plus, la moyenne d’âge de la clientèle ne cesse d’augmenter. Pour Pékin, en 2008, le téléspectateur américain type avait 47 ans, et 48 à Londres. À Sotchi, on a grimpé à 55 ans. Pourquoi serait-ce si différent ici devant ICI ?

Pour arrêter cette obsolescence programmée, les détenteurs des droits de diffusion multiplient donc l’offre de couverture en parallèle de la bonne vieille télé à grand-papa ou du Facebook à grand-maman. Les Olympiques se retrouvent sur Snapchat (maintenant en live), sur BuzzFeed ou sur les casques de réalité virtuelle.

Peine perdue ou presque. Ce week-end, aux États-Unis, la télé conservait l’avantage à neuf téléspectateurs pour un sur ces plateformes et gadgets. Et combien de jeunes dans le lot pour zieuter des sports de jeunes pratiqués par des jeunes ?