Place aux hockeyeuses aux Jeux olympiques de Pyeongchang

Les hockeyeuses canadiennes à l’issue d’une partie remportée contre les Américaines
Photo: Jason Franson La Presse canadienne Les hockeyeuses canadiennes à l’issue d’une partie remportée contre les Américaines

Exactement 20 ans après l’apparition du hockey féminin aux Jeux olympiques de Nagano, en 1998, ceux de Pyeongchang pourraient permettre au sport d’occuper toute la place qui lui revient. En l’absence des athlètes de la Ligue nationale de hockey (LNH), le regard des partisans canadiens pourrait bien se tourner plus que jamais vers les hockeyeuses du pays, qui seront en quête d’un cinquième titre olympique consécutif.

On ne verra pas les noms de Sydney Crosby, de Jonathan Toews ou de Carey Price dans les arénas de Gangneung et de Kwandong, mais les Canadiens reconnaîtront peut-être ceux des attaquantes Marie-Philip Poulin et Meghan Agosta, ou de la gardienne Shannon Szabados.

La décision de la LNH de garder ses joueurs à la maison pour éviter une pause au calendrier et des blessures déplaira sans doute à de nombreux partisans, mais elle pourrait profiter à des joueuses qui s’investissent depuis des années dans leur sport sans obtenir le salaire de leurs compatriotes masculins.

La pression sera-t-elle plus grande sur les épaules des Canadiennes si le tournoi masculin n’attire pas autant l’attention que lors des derniers Jeux ? Marie-Philip Poulin, qui vient d’être nommée capitaine de la formation olympique, ne s’en fait pas trop.

« Il y a toujours de la pression, que les gars que la Ligue nationale soient là ou pas », a-t-elle affirmé mardi lors d’une conférence téléphonique. « Je pense que, chaque fois qu’on a la chance et l’honneur de porter ce chandail-là, il y a toujours de la pression, mais c’est à nous de la gérer comme on veut. Je pense qu’on peut la tourner en motivation. »

« La pression est présente peu importe les circonstances », a renchéri l’entraîneure-chef de l’équipe, Laura Schuler. « La pression crée de l’action et du mouvement, et nous avons établi un formidable plan de match. Nous sommes enthousiastes par rapport à ce plan et à la situation dans laquelle se trouvent nos joueuses. »

« Plus grande vitrine »

France St-Louis, qui a remporté l’argent avec l’équipe canadienne de hockey en 1998, dit qu’elle suivra attentivement les compétitions féminines et masculines, comme elle l’a toujours fait. Mais cette pionnière du hockey féminin, qui a participé aux Jeux de Nagano à l’âge de 39 ans, avoue que Pyeongchang pourrait être une année spéciale pour son sport.

« C’est sûr qu’il n’y aura pas de joueurs masculins aussi connus que ce à quoi on a été habitué, mais je ne pense pas que les gens vont bouder le hockey masculin, dit-elle. Je pense qu’on va voir de bons matchs et j’espère que les gens vont autant soutenir les équipes féminine et masculine. Mais c’est sûr que ça peut donner une plus grande vitrine au hockey féminin. »

Joueuses salariées

Ironiquement, les athlètes professionnels de la LNH ont fait leur entrée aux Jeux olympiques en même temps que le hockey féminin, en 1998, et leur absence cette année survient au moment où les athlètes féminines canadiennes commencent à obtenir un statut professionnel.

La Ligue canadienne de hockey féminin (LCHF), qui regroupe plusieurs athlètes olympiques et ex-athlètes olympiques, a annoncé à la fin de l’été dernier que ses joueuses recevraient pour la première fois un salaire lors de la saison en cours. Les sommes variant entre 2000$ et 10 000 $ sont à des années-lumière des millions de la LNH, mais ce premier pas a néanmoins été décrit par la commissaire de la Ligue comme une « étape historique ».

« Je regarde le hockey féminin aujourd’hui et, comparativement à ce que c’était à mon époque, c’est le jour et la nuit, constate France St-Louis. C’est bien de voir que les filles peuvent se consacrer à 100 % au hockey. Nous, on travaillait 40 heures par semaine et il fallait trouver le temps de s’entraîner. »

À son avis, la visibilité obtenue récemment par les Canadiennes de Montréal (anciennement les Stars), qui ont remporté la Coupe Clarkson l’an dernier après s’être associées au club de hockey des Canadiens en 2015, a par ailleurs contribué à accroître l’engouement pour le hockey féminin.

« On ne vivait pas la même réalité et je crois que c’est une belle amélioration. Disons que je retournerais quelques années en arrière », dit-elle avec un sourire dans la voix.

Sang neuf

L’équipe qui tentera de défendre le titre olympique du Canada en Corée du Sud est composée de joueuses d’expérience, mais elle compte aussi plusieurs nouvelles venues. « Même si nous avons beaucoup de jeunes joueuses et de nouveaux visages dans l’équipe, je pense que le talent, les aptitudes et la vitesse qu’il y a au sein de cette équipe sont incroyables », a soutenu mardi Meghan Agosta, qui a pris part à tous les Jeux olympiques d’hiver depuis Turin, en 2006.

En plus de Poulin, trois Québécoises ont réussi à se tailler une place au sein de l’équipe : l’attaquante Mélodie Daoust, la défenseure Lauriane Rougeau et la gardienne substitut Ann-Renée Desbiens.

Brigette Lacquette, originaire du Manitoba, deviendra quant à elle la première hockeyeuse autochtone à défendre les couleurs du Canada lors d’un tournoi olympique.

Les Canadiennes sont les championnes olympiques en titre, mais la médaille d’or à Pyeongchang est loin de leur être assurée. Pour monter sur la plus haute marche du podium, elles devront vaincre leurs éternelles rivales américaines, qui ont eu le meilleur en finale lors des trois derniers championnats du monde.

Et à en croire Agosta, qui s’exprimait mardi au nom de ses coéquipières, les Canadiennes ne voudront pas se contenter de l’argent. « Nous sommes en mission, a-t-elle lancé. Et nous sommes prêtes à tout. »