Le torchon brûle entre Trump et la NFL

Le président Donald Trump a persisté ce week-end dans sa dénonciation des sportifs qui, par leur défiance à l’égard de son gouvernement ou leurs prises de position sur des questions de société, manquent selon lui de respect envers les États-Unis et le drapeau américain.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Le président Donald Trump a persisté ce week-end dans sa dénonciation des sportifs qui, par leur défiance à l’égard de son gouvernement ou leurs prises de position sur des questions de société, manquent selon lui de respect envers les États-Unis et le drapeau américain.

La réponse du football américain à Donald Trump a été spectaculaire. Les joueurs de la NFL ont massivement posé un genou à terre en début des matchs dimanche, un geste de défiance que le président américain considère comme un manque de respect à l’Amérique.

La vague de protestation survient quelques heures après que Donald Trump a suggéré aux amateurs de boycotter les équipes dont les joueurs ne respectent pas l’hymne national.

Au moment de monter à bord d’Air Force One, dimanche soir, pour revenir à Washington, Donald Trump n’a pas voulu réitérer devant la presse les propos qu’il a tenus sur les réseaux sociaux, mais a indiqué que ces marques de protestation de la part des joueurs étaient « irrespectueuses pour notre pays et irrespectueuses pour notre drapeau ».

« Nous avons un grand pays. Nous avons un grand peuple qui représente notre pays, spécialement nos soldats et nos premiers intervenants. Ils doivent être traités avec respect », a-t-il dit sous l’aile de l’avion. « Lorsque vous posez un genou à terre et ne respectez pas le drapeau ou l’hymne américain, c’est manquer de respect. Cela n’a rien à voir avec la race ou autre chose. Cela a à voir avec le respect. »

Genou au sol, poing en l’air

Dimanche, 15 joueurs des Patriots de la Nouvelle-Angleterre, champions en titre de la NFL, se sont agenouillés et nombre d’entre eux se tenaient par les bras.

Plus de vingt joueurs des Browns de Cleveland ont aussi posé un genou au sol pendant que retentissait l’hymne national face aux Colts d’Indianapolis.

Certains joueurs noirs ont également levé le poing, imitant le geste des deux athlètes afro-américains gantés durant les Jeux olympiques d’été de 1968 à Mexico, au Mexique. Ce qui n’a pas ému Donald Trump : « Super solidarité pour notre hymne national et pour notre pays. Se tenir debout par les bras, c’est bien, s’agenouiller, c’est inacceptable », avait-il tweeté dans la foulée.

Autre forme de protestation : lorsque l’hymne s’est fait entendre à Nashville, ni les Seahawks de Seattle ni les Titans du Tennessee n’étaient présents sur le terrain. « Nous ne nous lèverons pas pour l’injustice qui a accablé les gens de cette couleur [de peau] dans ce pays », ont affirmé les joueurs de Seattle dans un communiqué.

L’origine du genou à terre remonte à l’été 2016, lorsque l’ancien quart-arrière des 49ers de San Francisco Colin Kaepernick l’avait effectué — et provoqué un scandale national — pour protester contre les meurtres de plusieurs Noirs abattus par des policiers blancs.

Bras de fer symbolique

Le président Trump, élu sur un discours populiste et nationaliste, s’en était pris sans le nommer à ce joueur vendredi lors d’un meeting : « Est-ce que vous n’aimeriez pas voir un de ces propriétaires [d’équipe] de NFL dire, quand quelqu’un manque de respect à notre drapeau, “sortez-moi ce fils de pute du terrain, il est viré, viré !”».

Après cette première missive et une escalade verbale pendant le week-end, les footballeurs américains sont désormais engagés dans un bras de fer très symbolique avec le président républicain.

« Si les fans de NFL refusent d’aller aux matchs jusqu’à ce que les joueurs arrêtent de manquer de respect à notre drapeau et notre pays, vous verrez rapidement un changement. Virez ou suspendez ! », avait lancé plus tôt dimanche Donald Trump sur Twitter, proposant tacitement de frapper les ligues professionnelles au portefeuille.

Le magnat de l’immobilier a ainsi persisté dans sa dénonciation des sportifs qui, par leur défiance à l’égard de son gouvernement ou leurs prises de position sur des questions de société, déshonorent pour lui le pays.

Le président des Patriots, Robert Kraft, s’était dit « profondément déçu » peu avant le match de dimanche « par la tonalité des propos tenus par le président ».

La NBA aussi

« Je connais nos joueurs qui se sont agenouillés pendant l’hymne national, et ce sont de jeunes hommes intelligents avec du caractère » qui « voulaient lancer un dialogue », avait abondé, également avant les matchs, le propriétaire des Dolphins de Miami, Stephen Ross.

« En ce moment, notre pays a besoin d’un leadership qui unit, pas de davantage de division », avait-il ajouté.

Donald Trump s’en était pris samedi au basketball, en retirant l’invitation à la Maison-Blanche pour l’équipe de NBA des Golden State Warriors, vainqueur du dernier championnat.

Photo: Jim Rogash / Getty Images North America / Agence France-Presse Les joueurs de l'équipe de football des Patriots de la Nouvelle-Angleterre se sont agenouillés pendant l'hymne national américain avant leur rencontre avec les Texans de Houston, dans le Gillette Stadium.

En cause, l’opposition notamment du meneur Stephen Curry à la politique du président américain. La décision a provoqué une pluie de critiques.

Il a annoncé dimanche que les Penguins de Pittsburgh seraient reçus prochainement à la Maison-Blanche.

La polémique semble avoir créé un effet boule de neige, le geste polémique s’étant propagé samedi soir au baseball, avec le premier joueur de la ligue professionnelle, Bruce Maxwell des Oakland Athletics, à s’agenouiller durant l’hymne.

La star de l’athlétisme Allyson Felix a apporté son soutien au mouvement. « Reconnaissante à tous ceux qui s’expriment à ce moment charnière. Trop, c’est trop. Nous avons le pouvoir de créer le changement », a-t-elle écrit sur Twitter.

La controverse s’est même exportée à Londres dimanche, où se rencontraient dans le cadre d’un match d’exhibition deux équipes de la NFL.

Au-delà des frontières du sport, Stevie Wonder a lui aussi posé un genou à terre durant un concert samedi soir à New York. Signe que le geste pourrait devenir un symbole anti-Trump.

11 commentaires
  • Colette Pagé - Inscrite 24 septembre 2017 09 h 24

    Ne nous trompons pas !

    Ce que le Président n'a pas compris c'est que ces joueurs courageux en se mettant à genoux ne manquent pas de respect au drapeau mais dénoncent les décisions, les déclarations intempestives et le racisme du Président.

    Leurre et tromperie d'associer ce geste à un manque de patriotisme.

    • Cyril Dionne - Abonné 25 septembre 2017 08 h 02

      On peut comprendre que certains joueurs ne sont pas d’accords avec les politiques de Donald Trump. Mais ils sont au travail et doivent respecter les consignes comme tous les autres. Ce ne sont pas des athlètes des sports amateurs, mais bien des millionnaires sans éducation même s’ils ont été quatre ans à l’université. Ce n’est pas la place pour protester dans un sport de gladiateurs où ils se massacrent les uns les autres pour de l’argent. Les deux athlètes noirs des jeux olympiques de 68 à Mexico, lorsqu’ils ont levé leurs points dans les airs, oui, parce qu’eux n’étaient pas payer pour courir pour la gloire d’un pays.

      Le football et le basketball ne sont pas des arènes pour la politique. Présentez-vous en politique et changez le monde chers joueurs professionnels. Le 45e président des Etats-Unis a été élu démocratiquement et donc, le représentant légitime du peuple américain. Au lieu de tout détruire, pourquoi ne pas essayer de construire ensemble une meilleure société.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 25 septembre 2017 14 h 25

      M. Dionne, vous trouvant souvent juste dans vos propos, je vous dis qu'ici vous êtes à côté de la plaque.

    • Gaetane Derome - Abonnée 25 septembre 2017 17 h 46

      M.Gélinas et M.Grisé,

      Je pense,moi,que M.Dionne n'a pas tort.Ces sportifs gagnent des millions et il y a d'autres façons de manifester leurs désacorrds avec leur président.

    • Cyril Dionne - Abonné 25 septembre 2017 19 h 14

      M. Grisé,

      Je respecte votre commentaire.

      Mais avant de lancer la pierre aux autres qui ne portent pas le même jugement que vous dans cette affaire, pensez à Pat Tillman.

      Pat Tillman était un joueur de football professionnel qui a refusé en 2002, un contrat chez les « Cardinals » à la hauteur de 3,6 millions de dollars pour trois ans. Il abandonne alors sa carrière sportive pour devenir un soldat après l'ignoble attaque de septembre 11 2001. C'était un des meilleurs demi-défensifs de la NFL. Il fut tué en Afghanistan en 2004, lui un « Ranger », l'élite de l'élite comme soldat américain.

      Colin Kaepernick, le joueur des 49ers de San Francisco et sous le régime de Barack Obama, fut le premier joueur à s'agenouiller durant l’hymne national américain. Kaepernick était à ce moment, un quart-arrière de 2e ordre dans la NFL. Regardez les joueurs qui ont fait de même ce dimanche dernier, et ce n'étaient pas les piliers de leur équipe respective.

      En passant, Pat Tillman était de race caucasienne (blanc). J'imagine que ce détail n'est pas important dans ce climat tonitruant de la Sainte rectitude politique. Nos chers amis de la NFL devraient plutôt se concentrer sur le phénomène de l’encéphalopathie traumatique chronique qui frappe durement chez nos gladiateurs modernes au lieu de crier au racisme à tous les vents et à tous moments.

      C'est "ben" pour dire.

  • Michel Lebel - Abonné 24 septembre 2017 11 h 33

    Pitoyable!


    Toujours aussi stupide ce président! En plus, il perd son précieux temps avec des choses bien secondaires! Vraiment pitoyable!

    M.L.

    • Michel Bouchard - Abonné 24 septembre 2017 14 h 48

      Le président américain Trumpe(sic) est un grand fan de sport en général, et ce depuis longtemps. Comme la plupart des autres présidents américains réplublicain, il est convaicu qu'il aurait été un grand athléte professionel si des imbéciles américains ne l'avaient pas élu.

  • Jean Gadbois - Inscrit 24 septembre 2017 15 h 09

    À l'ère de la post vérité...

    Tout et son contraire se valent n'est-ce pas?
    Et nous y participons et nous nous en faisons une raison ou nous la dénonçons sur tous les plans.
    Un président qui s'appuie sur le populisme et "l'America first" et qui s'attaque aux fleurons des sports typiquement américains que sont le football, le basketball et le baseball... La culture étatsunienne profonde. Désinformation (il n'y a aucun manque de respect dans les gestes de ces sportifs) et dictature du protectionnisme (ce que ne fait pourtant pas Trump) vont bien ensemble. La démocratie va bientôt faire la preuve de ses faiblesses intrinsèques, cèdant le pas aux derniers soubresauts de l'adoration d'un capitalisme implosif: celui du déclin de l'empire américain. Il est bien d'étudier les anneaux de Saturne mais étudier l'histoire des civilisations aiderait le peuple dans sa quête d'identité et contriberait à ne pas être condamné à répéter les erreurs du passé.
    Du pain et des jeux (Panem et cicenses in pax americana) sont, comme pour la Rome antique, l'aulne à partir de laquelle une civilisation peut prendre la mesure de ce qu'elle est.
    Une décadence lente mais inexorable qui se tweete (Trump) au lieu de se confier aux scribes (Caligula).
    On n'arrête pas le "progrès".
    Cela étant, sorry but God do not bless America anymore...

  • Nicolas-Félix Lacombe - Abonné 25 septembre 2017 09 h 45

    Divertissons

    Pendant que le dictateur du Trumpistan lance des coups de gueule contre les joueurs de la NFL, est-ce que les Américains parlent de son nouveau décret anti-immigration?

    Loin de moi l'idée de dire que ce chef d'État est intelligent, mais je crois pertinent de dire que toutes ces frasques permettent de faire oublier les conséquences de la réforme fiscale qu'il implante discrètement pour faire payer encore moins d'impôts à ceux qui n'en payaient pas tout en réduisant les leviers pour sortir des Américains de la pauvreté.

  • Olivier Lalonde - Abonné 25 septembre 2017 12 h 49

    Intelligence supérieure?

    Je suis toujours ébahi devant l'immaturité visible du président Trump. Je n'aimais pas George W. Bush, mais il avait la classe d'un président.
    Cependant, il serait intéressant de relever la concordance entre les mélodrames générés par Trump (comme cette histoire de drapeau) et les situations conflictuelles dans lequelles sont empêtrées son équipe.
    Trump n'est-il qu'un imbécile gueulard qui s'emporte sans raison, ou est-il plutôt un fin stratège qui a compris comment faire diversion habile parmi la population qui l'élit lorsque les nouvelles sérieuses à effet permanent (décrets, projets de loi, etc.) pourraient faire la une et lui nuire bien plus qu'une histoire de chicane avec des joueurs millionnaires?

    C'est douloureux de croire que cette attitude abasourdissante est entièrement planifiée et programmée, mais il faut garder cette hypothèse en tête pour bien comprendre le phénomène...