Une étude révèle un lien accablant entre pratique du football et encéphalopathie

L’étude dirigée par la Dre Ann McKee ne confirme pas que cette condition est commune chez tous les joueurs de football.
Photo: Chris O'Meara Associated Press L’étude dirigée par la Dre Ann McKee ne confirme pas que cette condition est commune chez tous les joueurs de football.

Une proportion très élevée de joueurs de football de la NFL, de la Ligue canadienne ainsi que des réseaux universitaire et secondaire ayant fait l’objet d’une étude approfondie souffrent d’encéphalopathie traumatique chronique (ETC).

C’est ce que démontrent les résultats accablants d’une étude portant sur le lien entre la pratique du football et l’ETC, publiée mardi dans le Journal of the American Medical Association.

L’étude, dirigée par la Dre Ann McKee, ne confirme pas que cette condition est commune chez tous les joueurs de football, mais plutôt qu’elle est présente en grand nombre dans les cerveaux recueillis par l’Université de Boston et le Sports Legacy Institute, devenu aujourd’hui le Concussion Legacy Institute.

« Il reste toujours plusieurs questions sans réponse, a souligné la Dre Ann McKee, neuroscientifique de l’Université de Boston, qui a dirigé cette recherche. À quel point cette condition est commune dans la population en général ? Chez les joueurs de football ? Combien d’années de pratique du football constituent un risque ? Quel est le risque génétique ? Certains joueurs ne présentent aucun symptôme même s’ils ont joué plusieurs années », souligne-t-elle.

Il est pour l’instant impossible de déterminer si les habitudes de vie — consommation de drogues, d’alcool ou de stéroïdes — ont pu jouer un rôle, a ajouté McKee.

Des symptômes néfastes

L’encéphalopathie traumatique chronique est une maladie identifiée par le Dr Bennet Omalu, qui le premier a établi une corrélation entre des chocs crâniens répétitifs que subissent les joueurs de football et une dégénérescence prématurée des facultés cognitives. Les personnes atteintes de l’ETC souffrent de perte de mémoire, de confusion, de comportements impulsifs et, souvent, de dépression.

L’étude a révélé que, sur les 202 cerveaux analysés, 177, soit 87 %, présentaient des signes d’ETC : 110 des 111 cerveaux provenant de joueurs de la NFL, 7 des 8 joueurs de la LCF, 48 des 53 joueurs universitaires, 9 des 14 joueurs semi-professionnels, ainsi que 3 des 14 joueurs de niveau secondaire.

Le Dr Munro Cullum, neuropsychologue à l’UT Southwestern Medical Center de Dallas, a toutefois indiqué que l’étude est basée sur un échantillon limité d’hommes qui n’étaient peut-être même pas représentatifs des joueurs de football. Il a indiqué que des troubles autres que l’ETC pourraient expliquer leurs symptômes les plus communs avant leur décès, comme la dépression, l’impulsivité et les changements de comportements. Il n’a pas participé à cette étude.

McKee a indiqué que cette étude pourrait toutefois mener à des réponses, ou à tout le moins aider à comprendre comment détecter cette condition alors que les personnes affectées sont toujours vivantes « et qu’on peut encore faire quelque chose ». Il n’existe pour l’instant aucun traitement.

Pour l’instant, l’ETC ne peut être détectée qu’après le décès. Plusieurs chercheurs travaillent toutefois à la mise sur pied d’un test de détection qui permettrait de le faire avant. Plusieurs scientifiques croient que les coups répétés à la tête sont responsables de son développement et que les boxeurs et les footballeurs, ainsi que les vétérans de l’armée, sont plus à risque.

La NFL a publié un communiqué indiquant à quel point ces études sont importantes pour l’avancement de la science, en particulier en ce qui a trait aux traumatismes crâniens.

Après des années à le nier, la ligue a finalement admis qu’il y avait un lien entre les coups à la tête et les maladies du cerveau et a accepté de verser 1 milliard $US en compensation à d’anciens joueurs qui avaient accusé la ligue de camoufler les risques associés à la pratique du football.

La LCF fait elle-même l’objet d’une action collective de 200 millions de dollars au sujet des commotions cérébrales et traumatismes crâniens. L’ex-commissaire Jeffrey Orridge avait été sévèrement critiqué l’automne dernier quand il avait nié l’existence d’un lien entre la pratique du football et le développement de l’ETC. Il a démissionné en juin et le nouveau commissaire, Randy Ambrosie, ne s’est pas encore prononcé sur la question.

Les cerveaux étudiés par l’équipe de la Dre McKee provenaient d’ex-joueurs décédés aussi tôt qu’à 23 ans. Le donateur le plus âgé est décédé à l’âge de 89 ans. L’âge moyen au décès de tous les gens ayant participé à l’étude était de 66 ans. Parmi les 177 cas détectés d’ETC, 18 se sont suicidés.

1 commentaire
  • Raymond Labelle - Abonné 26 juillet 2017 10 h 36

    Corrélation et chaînes causales: ici bien distingué.

    "L’étude a révélé que, sur les 202 cerveaux analysés, 177, soit 87 %, présentaient des signes d’ETC : 110 des 111 cerveaux provenant de joueurs de la NFL, 7 des 8 joueurs de la LCF, 48 des 53 joueurs universitaires, 9 des 14 joueurs semi-professionnels, ainsi que 3 des 14 joueurs de niveau secondaire."

    À noter que la proportion des atteints chez le joueurs de niveau secondaire et chez les semi-professionnels est sensiblement plus petite que chez les autres joueurs (universitaires, LCF et NFL).

    Cela suggère que peut-être le fait d'avoir joué moins longtemps (secondaire) ou de jouer moins souvent (semi-professionnels - les universitaires sont des quasi-professionnels) entraîne moins de dommages.

    Toutefois, dans un esprit sainement scientifique, on précise que corrélation n'est pas raison et qu'une corrélation n'est pas une chaîne causale. On évoque de possibles autres causes.

    Mais la corrélation peut donner des pistes pour indiquer où chercher davantage pour tenter d'établir les chaînes causales.