Mylène Paquette à l’assaut des glaces

Mylène Paquette à l’œuvre dans le Vieux-Port
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Mylène Paquette à l’œuvre dans le Vieux-Port

Elle a beau s’être offert d’un bout à l’autre l’Atlantique à la rame en solitaire, Mylène Paquette a toujours besoin de ne pas être trop loin de l’eau. Mais cette fois, plus de trois ans après son formidable exploit, elle a choisi de troquer le sel pour la glace.

« Quand on m’a proposé l’idée, il n’y avait pas de possibilité pour moi de dire non », raconte l’aventurière de 38 ans au sujet de sa participation, à titre de capitaine de l’équipe Vive Montréal 375, à la cinquième présentation du Défi canot à glace Montréal, qui aura lieu les 11 et 12 février dans le Vieux-Port. « C’est un sport qui m’attirait depuis des années. J’étais déjà charmée. J’attendais juste qu’une occasion se présente. »

Depuis septembre dernier qu’elle s’entraîne trois fois par semaine à cette discipline bien particulière, proprement éreintante et pratiquée (comme sport et non comme moyen de transport, depuis la fin du XIXe siècle) exclusivement au Québec. Elle y voit d’ailleurs de nombreux parallèles avec le parcours de près de 130 jours qui l’a menée d’Halifax à Lorient, en Bretagne, en 2013.

« Sur l’océan, j’étais seule dans le bateau, mais j’avais une grosse équipe au sol pour m’aider, avec laquelle j’étais en contact constant », explique l’auteure de Dépasser l’horizon, le récit de sa traversée et des péripéties qui l’ont entourée publié en 2014. « Or en canot à glace, la communication, c’est ce qu’il y a de plus important. Si tous les équipiers ne vont pas dans le même sens, ça ne donne rien. Le barreur [celui qui est situé à l’arrière de l’embarcation] nous dit où on doit aller et on travaille très fort ensemble pour que ça se réalise. »

« Il y a aussi une connexion avec la nature. On en est très près, et on ne joue pas contre elle, on travaille avec elle. Comme la stratégie que j’utilisais en mer : on faisait de la tactique de route avec les vagues, les dépressions, les intempéries, pour avancer. En canot à glace, on travaille avec les conditions qui se présentent à nous. »

À la mitaine

Mardi matin au Vieux-Port, trois équipes — on en compte 36 inscrites au Défi jusqu’à maintenant — ont procédé à une démonstration de leur savoir-faire. Ils sont cinq par embarcation et ils alternent entre ce qu’ils appellent la « trotte », l’action de mouvoir le canot en poussant du pied sur la glace épaisse, et l’aviron lorsqu’on est sur l’eau.

Ils sont quelque 400 à pratiquer le canot à glace au Québec, au sein d’un circuit qui comprend cette année sept courses sur le fleuve Saint-Laurent et dont la quatrième manche est celle des Hivernales du 375e anniversaire de Montréal. Quatre cents, et pas tellement plus à travers le monde, de telle sorte qu’on ne retrouve pas d’équipement spécialisé sur le marché. Les canotiers doivent donc le confectionner eux-mêmes, mentionne Isabelle Girard, de l’équipe Espace pour la vie, qui montre ses chaussures de rugby auxquelles elle a apposé des crampons de motoneige et évoque le « tapis » qui tient lieu de jambière. Les avirons sont renforcés afin de ne pas rompre lorsqu’on a affaire à un cocktail d’eau et de glace — semblable à de la bonne vieille « slush » — et ils sont munis de pics permettant de casser une couche de glace mince. Les vestes de flottaison, elles, sont par contre « normales ».

Quant aux athlètes, « ils forment une grosse fraternité », note Mylène Paquette. À les côtoyer, on le constate d’ailleurs aisément.

Après une journée, le 11 février, où le public sera invité à participer à un concours d’habiletés sur le thème plaisant « Enwèye en canot – Take a kayak », trois courses seront présentées le 12 : une épreuve masculine de 17 kilomètres et deux de 13 kilomètres, l’une féminine et l’autre mixte. L’équipage de Mylène Paquette sera de cette dernière.

Et puis, d’autres projets après le canot à glace pour la conquérante de l’Atlantique ? Elle répond qu’elle n’est pas encore fixée. Elle continuera de prononcer des conférences, elle « rêve de voile et d’autres choses », mais comme son père n’est pas encore au courant de ses plans, il faudra attendre un peu pour en savoir plus…