Tim Raines au Temple de la renommée

Tim Raines le 4 avril 1989 à Montréal
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Tim Raines le 4 avril 1989 à Montréal

Au bout du compte, la patience de Tim Raines aura été récompensée. Une décennie et demie après qu’il eut accroché ses crampons au terme d’une remarquable carrière, l’ancien voltigeur étoile des Expos de Montréal fera son entrée au Temple de la renommée du baseball par la grande porte.

À sa 10e et dernière année d’admissibilité, Raines a reçu 86 % d’appuis des 442 membres de la Baseball Writers’Association of America ayant pris part au scrutin annuel scrutin dont les résultats ont été rendus public mercredi. Il fallait obtenir 75 % de voix pour être élu.

Raines, qui sera accompagné au Panthéon du premier-but des Astros de Houston Jeff Bagwell (86,2 % à sa septième année) et du receveur Ivan Rodriguez (76 % à sa première), deviendra ainsi le troisième joueur à porter une casquette des Expos sur la plaque qui l’honorera à Cooperstown, après Gary Carter et Andre Dawson.

Une autre ancienne gloire du club montréalais, le voltigeur Vladimir Guerrero, a pour sa part échoué à recueillir un nombre suffisant de votes pour accéder au Temple. Mais avec 71,7 % d’appuis, lui dont le nom apparaissait sur le bulletin pour la première fois pourrait franchir la barre dès l’an prochain. En tout cas, il a le temps.

« J’étais à la maison avec ma famille et j’espérais que le téléphone sonne. Et il a sonné », a commenté Raines, 57 ans, sur mlb.com immédiatement après son élection. « Il y avait beaucoup, beaucoup d’excitation. »

Il a rappelé les belles années du baseball à Montréal, où, dit-il, il a fait l’objet d’un soutien « tout à fait incroyable ». Il a évoqué la saison 1981, sa première complète dans les ligues majeures, alors que les Expos sont passés à un point d’atteindre la Série mondiale. « Nous étions si près, a-t-il mentionné. Mais nous pensions que l’avenir était prometteur et que nous aurions d’autres occasions [de remporter le championnat]. Malheureusement, ce n’est jamais arrivé. »

Il a aussi rendu hommage aux leaders de l’équipe à l’époque, notamment Carter, Dawson et Warren Cromartie, qui l’ont aidé alors qu’il était encore tout jeune. « Ces gars-là m’ont tout appris », a-t-il expliqué.

   

Le coeur à Montréal

De la longue attente qu’il a dû endurer avant d’entrer au Temple — il est le quatrième joueur seulement de l’histoire à le faire à sa dernière année d’éligibilité —, Raines a dit que la chose devenait plus stressante à mesure que la fenêtre se refermait. « Les six premières années, je ne peux pas dire que c’était difficile. J’étais très loin du compte [en 2009, il n’a récolté que 22,6 % d’appuis]. Mais ces derniers temps, je voyais les votes en ma faveur augmenter et je me demandais si je finirais par en avoir assez. »

« L’an dernier, j’étais passablement heureux avec 69,8 % et j’ai songé que c’était à ma portée. Mais je peux dire que j’ai perdu un peu de sommeil ces derniers mois. »

Même si Raines, surnommé « Rock », a joué pour d’autres équipes et connu du succès ailleurs — il a remporté deux fois la Série mondiale avec les Yankees de New York, en 1996 et 1998 —, il n’a jamais fait de doute dans son esprit qu’il entrerait au Temple sous les couleurs des Expos, avec lesquels il a disputé ses 10 premières vraies campagnes dans les ligues majeures. Dans une récente entrevue à mlb.com, il disait : « Montréal signifie tout pour moi. Les partisans m’ont accueilli comme un fils. J’adore cette ville. Les gens appréciaient la façon dont je jouais, et ils me l’ont fait savoir. Ça m’a beaucoup aidé lorsque j’étais jeune. Ils ont été derrière moi dès le premier jour. »

La cérémonie d’intronisation 2017 aura lieu le 30 juillet à Cooperstown, dans l’État de New York. En plus de Raines, Bagwell et Rodriguez, l’ancien commissaire du baseball majeur Bud Selig et le dirigeant de longue date des Braves d’Atlanta John Schuerholz seront également honorés. Ceux-ci ont été choisis il y a quelques semaines par un comité chargé d’évaluer les joueurs qui ne sont plus éligibles de même que les gérants, arbitres et administrateurs.

Un grand voleur

Raines a passé 23 saisons dans les ligues majeures entre 1979 à 2002, portant les couleurs des Expos (deux fois, 1979-1990 et 2001), des White Sox de Chicago, des Yankees, des Athletics d’Oakland, des Orioles de Baltimore et des Marlins de la Floride. Il a maintenu une moyenne au bâton de ,294 avec 1571 points marqués, 170 circuits et 980 points produits.

Mais la véritable marque de commerce de Raines était sa formidable rapidité. En carrière, il a volé 808 buts, dont un sommet de 90 en 1983, ce qui lui vaut le 5e rang de tous les temps, derrière Rickey Henderson, Lou Brock, Billy Hamilton et Ty Cobb. Tous ceux-là sont déjà au Temple.

Et il se donnait souvent l’occasion de courir : son taux de présence sur les sentiers était de ,385.

Guerrero, lui, a frappé pour une moyenne de ,318 et réussi 449 coups de circuit au fil de 16 campagnes dans l’uniforme des Expos (1996-2003), puis des Angels d’Anaheim, auxquels il s’est joint en tant que joueur autonome en 2004, des Rangers et des Orioles. La liste des rares joueurs qui ont fait mieux que lui quant à la moyenne au bâton et aux circuits est faite de la crème de la crème : Babe Ruth, Lou Gehrig, Jimmie Foxx, Ted Williams et Stan Musial.

« Vlad » a fait partie de l’équipe d’étoiles de sa ligue à neuf reprises. En 2004, il a été nommé joueur par excellence de la Ligue américaine.

Guerrero a cependant déjà fait savoir que s’il est un jour élu, il arborera la casquette des Angels. Raines est donc selon toute probabilité le dernier ancien Expo à Cooperstown.

Un tournant ?

Le scrutin de cette année marque peut-être par ailleurs un tournant dans le comportement des membres de la BBWAA et dans la façon dont ils perçoivent l’« ère des stéroïdes » qui a eu cours au baseball majeur dans les années 1990 et 2000. Car si Bagwell et Rodriguez n’ont jamais été reconnus coupables de quoi que ce soit, leurs noms ont souvent été associés à des soupçons d’usage de produits dopants.

Bagwell, qui a passé toute sa carrière avec les Astros de Houston (1991-2005), a présenté un rendement de ,297 à la plaque, avec 401 circuits et 1401 points produits. Il a régulièrement tenu des propos controversés sur les substances illicites par le passé, disant notamment ne pas s’opposer à leur utilisation.

Rodriguez, 14 fois membre de l’équipe d’étoiles ( ,296–311-1332), a disputé 21 saisons avec les Rangers, les Marlins, les Tigers de Detroit, les Yankees, les Astros et les Nationals de Washington. En 2005, son ancien coéquipier au Texas Jose Canseco a affirmé qu’il avait lui-même injecté des stéroïdes à Rodriguez. Quand on lui a demandé quelques années plus tard s’il avait déjà eu un résultat positif à un test antidopage, celui-ci a répondu : « Dieu seul le sait. »

Si Bagwell et Rodriguez ont été retenus, les votants ont en revanche continué de bouder d’autres gros noms liés à l’ère des stéroïdes. Le lanceur Roger Clemens, lauréat de cinq trophées Cy Young, a recueilli 54,1 % d’appuis, et Barry Bonds, le roi des coups de circuit, a obtenu un score de 53,8 %. À leur cinquième année d’admissibilité, les deux ont cependant franchi pour la première fois le seuil de la majorité de voix, bondissant chacun de près d’une dizaine de points de pourcentage par rapport à l’an dernier, et ils peuvent toujours garder espoir d’être retenus avant que leur période d’éligibilité s’achève.

1 commentaire
  • Alain Castonguay - Abonné 19 janvier 2017 10 h 14

    Bravo!

    C'est un honneur très mérité. Il a grandement contribué à populariser l'équipe au début des années 1980, après des années où le club était la risée du baseball. Avec Garry Carter et André Dawson, nous avons été chanceux de voir jouer ce trio de grands joueurs à Montréal en même temps.