Et si la NFL avait choisi Trump… ?

Trump en compagnie du porteur de ballon étoile de la United States Football League, Herschel Walker, en 1984. L’homme d’affaires avait amorcé la démarche pour faire l’acquisition d’une équipe.
Photo: Dave Pickoff Archives Associated Press Trump en compagnie du porteur de ballon étoile de la United States Football League, Herschel Walker, en 1984. L’homme d’affaires avait amorcé la démarche pour faire l’acquisition d’une équipe.

Le sport présente parfois des incidences insoupçonnées sur la politique et la marche générale du monde, et on peut constater que l’Histoire est passée bien près d’être tout autre.

Au début des années 1990, le baseball majeur traversait une certaine crise, alors que propriétaires d’équipes et joueurs étaient à couteaux tirés autour de la question d’un plafond salarial. Le climat d’affrontement, présent depuis un bon moment déjà, allait mener à la démission forcée du commissaire de l’époque, Fay Vincent, et à son remplacement effectif en 1992 par Bud Selig, qui travaillait fort pour que cela se concrétise.

En rétrospective, ce dénouement n’était pas nécessairement le plus probable. Les proprios avaient dressé une très courte liste de successeurs potentiels, dans laquelle figurait le nom de George W. Bush, alors copropriétaire des Rangers du Texas. Dans un récent bouquin, The Game, qui narre par le menu le fil des événements, le journaliste Jon Pessah affirme ce que plusieurs soupçonnaient depuis longtemps, soit que le véritable rêve de Bush consistait à devenir commissaire du baseball, pas à diriger le plus puissant pays du monde.

Déçu de la tournure des choses, Bush s’est laissé convaincre de se porter candidat au poste de gouverneur du Texas en 1994, ce qu’il avait refusé de faire quatre ans plus tôt. Élu, puis réélu, il allait se servir de ce tremplin pour accéder à la Maison-Blanche, avec tout ce que cela supposerait.

Donald et le football

Un saut jusqu’en 2014. En mars de cette année-là, Ralph Wilson, le propriétaire et fondateur des Bills de Buffalo, de la Ligue nationale de football, meurt à l’âge de 95 ans. Sa succession ne désire pas conserver l’équipe et la met en vente. Parmi les trois finalistes pour l’achat de l’équipe, on retrouve le nom de l’homme d’affaires Donald J. Trump.

C’est finalement le couple d’entrepreneurs Terry et Kim Pegula, déjà propriétaire des Sabres au hockey, qui a remporté la mise avec une soumission de 1,4 milliard $US. Trump, lui, avait mis un milliard sur la table, une offre qu’il dira avoir faite sans grand enthousiasme, parce qu’il était vraiment tenté par la course à la présidence des États-Unis. Mais une chose est certaine, a-t-il déclaré au quotidien The Buffalo News, en avril dernier : « Si j’avais acquis les Bills, je n’aurais pas été candidat. Ç’aurait été trop. »

On raconte que les dirigeants de la NFL, si soucieux de l’image du circuit, ont alors poussé un sérieux soupir de soulagement : n’eût été la proposition des Pegula — que maints observateurs de la scène financière sportive ont d’ailleurs jugée excessivement généreuse — la ligue aurait sans doute eu à « gérer » Donald Trump et ses inévitables frasques.

Car ce n’était pas la première fois que Trump faisait irruption dans le domaine du football. Il y avait un précédent, un vrai, qui avait montré le véritable caractère du personnage, sa résolution à foncer dans le tas, sa propension à n’en faire qu’à sa tête, sans trop se soucier des conséquences.

En 1983, un nouveau circuit professionnel avait amorcé ses activités, la United States Football League (USFL). La concurrence que l’USFL livrait à la NFL était indirecte, puisqu’elle cherchait surtout à profiter de l’appétit insatiable des Américains pour ce sport en présentant ses matchs le printemps et l’été. Or, à l’issue de la première saison de la ligue, Trump avait procédé à l’acquisition d’une des équipes, les Generals du New Jersey.

L’USFL ne vivra que trois ans, mais elle sera marquée par le fracas du passage du Trump, qui s’attirera les foudres de la NFL en courtisant à gros prix ses joueurs établis, forçant du coup ses équipes à consentir des hausses de salaire. Il sera le principal responsable d’une décision visant à déplacer les matchs de la USFL à l’automne — une collision frontale, faisait-il valoir, serait le meilleur moyen de contraindre la NFL à procéder à une fusion, ce qui était son réel objectif — et d’une poursuite judiciaire contre la NFL pour pratiques monopolistiques, notamment en matière de droits de télédiffusion. Dans son livre, The Art of the Deal, publié en 1987, Trump écrira que, lors de l’audition de la cause, la NFL l’a dépeint comme « un milliardaire vicieux, cupide et machiavélique, résolu à servir [ses] intérêts égoïstes aux dépens de tout le monde ».

La requête ne remportera qu’une demi-victoire et la saison 1986 de la USFL n’aura jamais lieu, le circuit rendant l’âme, noyé dans une mer d’encre rouge.

Près de 30 ans plus tard, Donald Trump n’a pas vraiment eu de tremplin, mais il a tout de même accédé à la Maison-Blanche. On verra maintenant ce que cela suppose.