Pas de profits depuis 1992-93 - Une autre saison déficitaire pour le Canadien

Pour couvrir ses coûts d'exploitation, le club de hockey Canadien doit obligatoirement se qualifier pour le troisième tour des séries éliminatoires, a confié hier le président de l'équipe, Pierre Boivin, en marge d'une allocution devant la Chambre de commerce de Montréal.

Chaque partie des séries éliminatoires jouée à Montréal rapporte au Canadien «un peu plus d'un million de dollars», a-t-il précisé. L'équipe ne s'est pas rendue en finale de conférence depuis la saison 1992-1993. Cette année-là, le club avait remporté sa 24e coupe Stanley.

D'après M. Boivin, le Canadien n'a pas fait de profits depuis qu'il a quitté le Forum, en 1995. Ses problèmes financiers entachent les résultats de sa société mère, Les entreprises du Centre Bell, qui comprend aussi le Groupe Spectacles Gillet ainsi qu'une filiale responsable des services logistiques de l'établissement.

Le président n'a pas voulu lever le voile sur l'ampleur des pertes encourues par la compagnie. Il a cependant admis qu'elles étaient supérieures à l'impôt foncier versé par le centre à la Ville de Montréal. L'an dernier, le montant de ces taxes s'est élevé à 8,2 millions.

«Même avec les profits de la division spectacles et du Centre Bell, l'organisation est déficitaire. Les pertes sont lourdes et c'est difficile à supporter», a-t-il insisté.

Les salaires des joueurs, qui feront l'objet d'une négociation au cours des prochains mois, ne sont pas étrangers à ces difficultés. Les équipes canadiennes sont particulièrement désavantagées puisqu'elles paient leur personnel en dollars américains même si leurs revenus sont en dollars canadiens.

M. Boivin demande depuis plusieurs mois au gouvernement du Québec d'intervenir pour alléger son fardeau fiscal. Mais il se défend toutefois de vouloir subventionner des millionnaires avec l'argent des contribuables.

«On ne demande pas d'aide pour payer des joueurs. La situation de la nouvelle convention collective c'est notre responsabilité. On l'assume complètement.» a-t-il martelé. «Nous ne demandons pas de privilèges. Nous voulons seulement être traités sur la même base que tous nos concurrents dans le domaine de la culture et du sport.»

Une étude récente démontre en effet que 22 des 30 amphithéâtres de la Ligue nationale de hockey (LNH) ne paient pas de taxes foncières. Plus près d'ici, le Stade olympique, la Place des Arts et le Stade Molson sont aussi exemptés de ce type d'impôt.

Pour assurer son avenir, le Canadien souhaite aussi que les gouvernements fédéral et provincial exigent que les joueurs des équipes adverses paient une «taxe dédiée» à chaque passage à Montréal. Un tel mécanisme de financement est déjà en vigueur en Alberta ainsi que dans plusieurs Etats américains.

L'avocat Marcel Aubut, qui a déjà été président des Nordiques de Québec, a reçu il y a environ un an le mandat de défendre les intérêts du Canadien sur la colline parlementaire. Jusqu'à maintenant, les gouvernements se sont montrés attentifs et «bien intentionnés» mais rien n'a bougé.

Le Canadien n'a néanmoins aucune intention de déménager ses pénates ailleurs. «Ce n'est même pas sur la table», a assuré Pierre Boivin.