Les Jeux paralympiques sont lancés sur un air de samba

L’équipe canadienne paralympique faisant son entrée au stade de Rio
Photo: Simon Bruty Agence France-Presse L’équipe canadienne paralympique faisant son entrée au stade de Rio

Rio de Janeiro a lancé mercredi soir ses Jeux paralympiques en samba dans son mythique stade Maracana en l’absence remarquée du patron du CIO Thomas Bach, entre danseurs en fauteuils roulants, ballons géants et protestations politiques.

La cérémonie d’ouverture de cette XVe édition des Jeux paralympiques d’été, les premiers organisés dans un pays d’Amérique latine, a débuté vers 18h17.

Tout à coup la lumière s’est éteinte et des milliers de petites lampes ont illuminé les tribunes combles du Maracana, le fameux « temple du football » brésilien qui peut contenir 78 000 spectateurs.

La cérémonie a débuté par le saut acrobatique vertigineux de l’athlète américain, Aaron Welche, qui s’est élancé en fauteuil roulant d’une rampe-tremplin de 17 mètres, à la façon d’un sauteur en ski, sous les hourras du public.

Les écrans géants ont retransmis une vidéo humoristique de Philip Craven, le président du Comité paralympique international (IPC), qui visite Rio dans son fauteuil roulant, salue les Cariocas et termine sa course en contemplant la baie, près du Corcovado.

Puis, des comédiens habillés de tenues estivales bariolées ont recréé une belle journée de plage à Rio, installant leurs parasols en dansant et chantant sous le soleil.

Grand défilé

Emmenés par le nageur syrien Ibrahim Al Hussein, membre de la première équipe de réfugiés paralympique, 4342 athlètes de 159 nations ont ensuite entamé une grand défilé au son de la musique brésilienne.

La cérémonie, conçue par le designer Fred Gelli, l’écrivain Marcelo Rubens Paiva et l’artiste Vik Muniz, avait pour thème « Chaque corps a un coeur ». Elle mettra « l’accent sur la condition humaine, les sentiments, les difficultés, la solidarité et l’amour ».

Mais l’ambiance est loin de n’être qu’à la fête au Brésil, en proie à une crise économique et politique aigues.

Le nouveau président brésilien Michel Temer a été hué au cri de « Fora Temer ! » (« Dehors Temer ») par plusieurs milliers de spectateurs quand il est apparu sur l’écran géant du stade.

M. Temer, qui devait déclarer ces Jeux paralympiques ouverts plus tard dans la soirée, a remplacé la semaine dernière la présidente de gauche Dilma Rousseff destituée par le Sénat dans le cadre d’une procédure controversée.

Ancien vice-président de Mme Rousseff devenu son rival, il avait déjà été copieusement hué à la cérémonie d’ouverture des JO de Rio, le 5 août dernier.

Bach absent

Autre source de malaise, l’absence du président du CIO Thomas Bach, retenu en Allemagne pour les obsèques de l’ancien président allemand, Walter Scheel.

C’est la première fois depuis 1984 qu’un président du CIO ne participe pas à la cérémonie d’ouverture des Paralympiques.

Et « pour le moment, il n’est pas prévu que le président [Bach] se rende au Brésil », a souligné le CIO.

Selon la presse brésilienne, la justice brésilienne voudrait l’entendre dans le cadre de la procédure engagée contre l’Irlandais Patrick Hickey, arrêté le 17 août à Rio et accusé d’avoir participé à un réseau de revente illégale de billets des JO.

Pour les Paralympiques, Londres avait placé la barre très haut en 2012 en organisant des Jeux à guichets fermés et dans la ferveur populaire.

Les difficultés s’accumulent en revanche à Rio, où les stades pendant les JO ont accueilli un public local débordant d’enthousiasme pour les athlètes brésiliens mais souvent clairsemé pour le reste des compétitions.

Financières d’abord, car les JO ont été très coûteux et les faibles ventes de billets et le manque de sponsors pour les Paralympiques ont achevé de plomber les comptes du comité organisateur Rio-2016.

Éthiques ensuite, depuis l’exclusion pour dopage de la Russie, deuxième au tableau des nations en 2012. Pour rendre hommage à ses athlètes paralympiques, le pays organise jusqu’à vendredi ses propres Jeux.

L'exclusion de la Russie, geste «politique»

Pendant que Rio se préparait pour la cérémo- nie d’ouverture de ses Jeux paralympiques mercredi, une centaine de Canadiens d’origine russe se sont rassemblés à Montréal pour dé- noncer l’exclusion de la délégation russe par le Comité international paralympique. Depuis l’époque de l’Union soviétique — quand un membre du gouvernement avait expliqué le boycottage des Jeux paralympiques en lançant qu’il n’y avait « aucun invalide en URSS » —, la Russie a financé ses athlètes paralympiques et s’est imposée comme une puissance. À Sotchi, le pays a fini loin devant ses rivaux, avec 80 médailles. Son exclusion, un geste politique selon les manifestants, ne respecte pas la pré- somption d’innocence, ont-ils affirmé.