L’IAAF veut en finir avec les athlètes «achetés»

Avec Ruth Jebet, une Kényane d’origine âgée de 19 ans, l’archipel pétrolier a remporté l’or du 3000 mètres steeple féminin aux Jeux de Rio.
Photo: Franck Fife Agence France-Presse Avec Ruth Jebet, une Kényane d’origine âgée de 19 ans, l’archipel pétrolier a remporté l’or du 3000 mètres steeple féminin aux Jeux de Rio.

« On achète des athlètes et nous en avons la preuve », accuse Bernard Amsalem, membre du conseil de l’Association internationale des fédérations d’athlétisme, qui entend enfin limiter l’ampleur galopante des changements de nationalité dans le premier sport olympique.

Avec la création d’une agence antidopage indépendante et les tricheries sur l’âge des concurrents, les changements d’allégeance nationale constituent un dossier prioritaire pour l’IAAF.

« On va faire des propositions lors du Congrès, début décembre à Monaco, et les mettre dans nos statuts avant la fin de l’année. On a un document qui dit combien un pays va donner à l’athlète tous les mois. Il s’agit d’un très jeune qui a beaucoup de talent et a été interdit [par l’IAAF en raison des délais de qualification] de concourir aux Jeux de Rio pour son nouveau pays », explique Amsalem, également président de la Fédération française d’athlétisme.

Pas besoin pour le dirigeant de nommer les pays. Il sont connus au fil des listes de départ : les monarchies du golfe Persique et la Turquie, qui a dominé les épreuves de demi-fond aux Championnats d’Europe, début juillet à Amsterdam.

Bernard Amsalem évoque la situation : « On va chercher les athlètes au Kenya surtout, mais aussi en Éthiopie, au Maroc, en Jamaïque un peu, au Nigeria de plus en plus pour les sprinteurs. Des pays pauvres, en difficulté. C’est plus facile de convaincre un athlète de ces pays si on lui donne beaucoup d’argent, car ça représente beaucoup par rapport à ce qu’ils peuvent gagner au quotidien. »

Dernièrement, le Bahreïn a mis la barre haut. « J’ai compté 23 changements de nationalité en faveur de ce pays cette année », indique Odile Baudrier, journaliste pour le site d’athlétisme Spe15.

Le cas Ruth Jebet

Avec Ruth Jebet, une Kényane d’origine âgée de 19 ans, l’archipel pétrolier a remporté l’or du 3000 mètres steeple féminin aux Jeux de Rio. La jeune femme, déjà peu diserte, se ferme comme une huître dès qu’on aborde les raisons de son départ.

Son père a répondu à sa place lors d’une réception en l’honneur de la championne olympique à l’aéroport de Nairobi au lendemain de son sacre. « Je la remercie infiniment : elle a pu m’acheter une maison et du bétail », a-t-il dit.

La frêle coureuse sera encore fêtée la semaine prochaine, cette fois dans le palais du roi Hamad ben Issa Al-Khalifa à Manama.

« Si Jebet a été bien accueillie au Kenya, où elle s’entraîne d’ailleurs, c’est parce qu’elle est perçue comme une émigrante qui a réussi. On ne lui porte pas rigueur de ce qu’elle a privé le pays d’une médaille d’or olympique. D’ailleurs, la plupart des athlètes rentrent une fois leur carrière terminée. Et si le Kenya donne facilement les quitus, c’est que la corruption et les pots-de-vin y sont monnaie courante », ajoute Odile Baudrier.

« À l’avenir, il faudra que l’IAAF puisse sanctionner les athlètes et les pays. Légalement, il est difficile d’interdire ces méthodes en se référant seulement à la morale. Il faut qu’on trouve des règles pour éviter que ça se passe ainsi », insiste Amsalem.

De fait, ces athlètes reçoivent un passeport mais pas toujours la citoyenneté de leur nouveau pays. « Ils signent pour un contrat de travail qui leur offre l’occasion de bien gagner leur vie. C’est toujours mieux qu’être manoeuvre dans le bâtiment », lâche un entraîneur.

1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 27 août 2016 06 h 39

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