Rio ville sûre ? Demandez aux habitants de la favela

Autour des enceintes olympiques, le long des plages des quartiers chics et touristiques de Copacabana et d’Ipanema, militaires et policiers sont omniprésents. Malgré cet impressionnant dispositif de 85 000 militaires et policiers mobilisés, Rio reste Rio.
Photo: Yasuyoshi Chiba Agence France-Presse Autour des enceintes olympiques, le long des plages des quartiers chics et touristiques de Copacabana et d’Ipanema, militaires et policiers sont omniprésents. Malgré cet impressionnant dispositif de 85 000 militaires et policiers mobilisés, Rio reste Rio.

Rio de Janeiro avait promis une sécurité maximale pendant les JO. Mauricio Lima da Silva, vendeur de rue de 19 ans, n’est nullement rassuré. Dans sa favela, les rafales d’armes automatiques continuent de crépiter et le sang de couler, si loin si près des hymnes et des médailles.

Autour des enceintes olympiques, le long des plages des quartiers chics et touristiques de Copacabana et d’Ipanema, militaires et policiers sont omniprésents. Malgré cet impressionnant dispositif de 85 000 militaires et policiers mobilisés, Rio reste Rio.

Dans cette bulle olympique, quelques vols à la tire, l’agression d’un ministre portugais à Ipanema en pleine rue, le caillassage d’un bus de journalistes et leur médiatisation immédiate, suffisent à sonner l’alarme et répandre l’angoisse parmi les visiteurs étrangers.

À une quinzaine de kilomètres de là, dans les favelas du Complexe de Maré, près de l’aéroport international, des dizaines de milliers d’habitants vivent, comme Mauricio Lima da Silva, un tout autre cauchemar quotidien, sous la domination des gangs de narco-trafiquants. Les forces de sécurité y sont devenues presque invisibles.

Mauricio a quitté la misère de son nord-est natal il y a deux ans pour s’installer à Rio, en quête d’un avenir meilleur. Les Jeux olympiques ne l’intéressent pas. Il a d’autres préoccupations, comme éviter d’être fauché par une balle perdue. « Ici, quand tu sors de chez toi, tu ne sais pas si tu rentreras le soir. Tu as toujours peur. C’est presque une prison », explique-t-il à un journaliste de l’AFP en poussant son chariot. Il observe une règle simple : « Quand la police débarque, je ne sors pas. Je ne travaille pas. Quand la police est là, il y a risque de fusillade. »

Mercredi, trois policiers de la Force nationale, envoyés à Rio pour renforcer la sécurité des JO, sont entrés par erreur en voiture dans une favela de Maré. Ils ont été accueillis par des tirs d’armes automatiques. L’un d’eux est mort, d’une balle en pleine tête, comme une soixantaine de policiers depuis le début de l’année.

Et les habitants semblent plus en colère que compréhensifs envers la police. « La police n’a pas de règles. Elle vient pour nous agresser », tranche Jansen, 56 ans, propriétaire d’un petit café proche du lieu de la fusillade. « Ils nous regardent tous comme des suspects, juste parce que nous sommes de la favela. Mais je suis juste un travailleur », poursuit Jansen, qui préfère garder pour lui son nom de famille. À tout prendre, comme beaucoup d’habitants, il préfère les trafiquants : « Eux, au moins, ils ont des règles. Il faut connaître ceux qui sont corrects, il faut les respecter, et alors, la vie n’est pas un problème. »

Malgré l’attaque meurtrière suivie le lendemain d’une opération policière, avec de nouveaux coups de feu nourris, le quartier semble depuis abandonné par les autorités. Aucun policier en vue à l’une des entrées de la favela. À une seconde, trois policiers somnolent à bord de leur voiture. À la troisième entrée, une demi-douzaine de militaires se protègent du soleil à l’ombre d’un arbre, sans chercher à contrôler les véhicules qui entrent et qui sortent, et encore moins à patrouiller dans les rues.

Évoquant la spectaculaire occupation de Maré par l’armée, en 2014-2015, dans le cadre d’un programme de « pacification » des favelas, l’un des soldats hoche la tête, désabusé : « Les trafiquants sont de retour. »

Les « règles » des narcos impliquent, entre autres, justice sommaire et impunité. Mais pour beaucoup ici, c’est un moindre mal.

Pas très loin, au Complexo do Alemao, un autre ensemble de favelas, les autorités ont implanté des Unités de police pacificatrices (UPP), sortes de commissariats de proximité, dans le cadre d’une politique de reprise de contrôle des favelas lancée en 2008.

Mais de vastes portions de cet énorme entrelacs de baraques misérables en parpaings, de ruelles en terre battue jonchées d’ordures et de ruisseaux d’égouts à ciel ouvert, échappent totalement au contrôle des autorités. Les uniques policiers visibles sont postés au bord d’un petit marché, armes automatiques à la main, doigt sur la détente.

« Il n’y a aucune sécurité. Ce n’est que de la façade », commente Marcos Enrique Nascimento, 35 ans. « Les policiers sont envoyés ici au casse-pipe pour mourir pour rien », ajoute, désabusé, ce chauffeur de moto-taxi. « Personne ne vient ici nous demander si quelqu’un de la favela veut aller voir les Jeux olympiques. J’ai un neveu qui aime le foot. Mais il n’a jamais eu la chance d’aller voir un match. Les JO, c’est pour les riches. »