Les joueuses de beach-volley peuvent-elles s’habiller comme elles le veulent?

L'Égyptienne Doaa Elghobashy et l’Allemande Kira Walkenhorst lors de leur match de beach-volley à Rio.
Photo: Yasuyoshi Chiba Agence France-Presse L'Égyptienne Doaa Elghobashy et l’Allemande Kira Walkenhorst lors de leur match de beach-volley à Rio.

Le cliché, réalisé par la photographe de Reuters Lucy Nicholson aux Jeux olympiques de Rio et qui a été pris lors du même match que celui sur notre photo, a été relayé des milliers de fois sur les réseaux sociaux. On y voit deux joueuses de beach-volley, séparées par un filet, les bras tendus vers le ballon. À gauche, l’athlète égyptienne Doaa Elghobashy, manches longues et legging noir, le visage entouré d’un hidjab. À droite, l’Allemande Kira Walkenhorst, vêtue d’un bikini, habituellement porté par les beach-volleyeuses.

La photo, prise dimanche 7 août, a été interprétée par certains comme le symbole de l’esprit olympique du vivre-ensemble et par d’autres, notamment par la presse conservatrice britannique, comme le signe d’un supposé « choc des cultures ». « Quelle vision de la femme voulez-vous ? » interroge ainsi un internaute, opposant la femme occidentale émancipée (l’Allemande) à la femme opprimée (l’Égyptienne). Pourtant, Doaa Elghobashy ne s’est pas vu imposer le voile islamique par sa fédération. Sa coéquipière, Nada Moawad, jouait d’ailleurs tête nue, le port du voile n’étant pas obligatoire en Égypte (même s’il est majoritaire). Finalement éliminées par l’Allemagne, les deux athlètes étaient les premières Égyptiennes à participer aux JO dans cette discipline. Doaa Elghobashy, qui s’est exprimée à plusieurs reprises dans les médias sur le sujet, a d’ailleurs expliqué qu’elle avait « doublement vérifié que la liberté de tenue était d’application dans ce sport » avant de s’y consacrer.

Afin de promouvoir la discipline dans l’ensemble des pays, y compris les plus conservateurs, la Fédération internationale de beach-volley (FIVB), sport olympique depuis 1996, a en effet assoupli ses règles en 2012, avant les Jeux de Londres. Les joueuses peuvent depuis cette date porter un legging long ou un bermuda descendant jusqu’à 3 centimètres au-dessous du genou, et revêtir un tee-shirt, à manches courtes ou longues. Le règlement imposait auparavant aux sportives de porter un maillot de bain une pièce ou un ensemble deux pièces, dont le bas ne devait pas dépasser 7 cm au niveau de la taille. « Nous avons ajouté une possibilité afin de répondre à des motifs religieux ou culturels », expliquait à l’époque le directeur de la communication de la FIVB. En pratique, ce fut surtout en raison de la météo londonienne pas vraiment clémente que les beach-volleyeuses durent se couvrir lors des Jeux d’été de 2012.

Le règlement sportif de 2016 édicté par la fédération internationale précise, en plus des habituelles brassières dévoilant le nombril, le type de tenues autorisées en raison de « croyances religieuses ou culturelles ». Les athlètes peuvent ainsi jouer les jambes entièrement couvertes et porter des manches allant jusqu’aux poignets.

Des joueuses hypersexualisées

Ce changement de code vestimentaire a été vu par certains comme une entorse à un des principes fondamentaux des Jeux, la neutralité. L’article 50-2 de la charte olympique interdit en effet toute « sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale […] dans un lieu, site ou autre emplacement olympique ». Laisser les joueuses concourir vêtues de tenues couvrantes ou voilées favorise la participation des athlètes femmes, mais ne fait d’ailleurs pas consensus au sein des mouvements féministes, qui y voient une légitimation d’un instrument de domination de la femme, explique Slate. Pour Annie Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes, « découvrir les femmes pour des raisons commerciales ou les couvrir pour des raisons religieuses, c’est les considérer comme des objets sexuels, pouvait-on lire en 2012 dans Libération. Le sport, censé être le langage universel par excellence, devient l’outil de transmission de stéréotypes et de relativisme culturel ».

Le beach-volley souffre en effet d’une image hypersexualisée, véhiculée notamment par sa couverture médiatique. Une étude réalisée durant les Jeux d’Athènes en 2004 montrait ainsi que respectivement 20 et 17 % des images diffusées lors des épreuves de beach-volley féminin étaient des plans serrés sur la poitrine ou sur le fessier desjoueuses. Pourtant, plusieurs beach-volleyeuses défendent le port du bikini. En 2008, l’Américaine (désormais retraitée) Holly McPeak jugeait cette tenue plus pratique qu’un maillot une pièce, dans lequel le sable viendrait plus facilement se loger. Sa compatriote Jen Kessy affirmait de son côté en 2012 qu’on ne la verrait jamais en short sur un terrain, également en raison du sable qui aurait une fâcheuse tendance à finir dans les poches. Les joueurs masculins de beach-volley concourent pourtant dans cette tenue, et en débardeur.

Chaque équipe prévoit ainsi les tenues de ses joueuses, en accord avec la réglementation de la FIVB. Les volleyeuses françaises (pas sélectionnées pour les JO 2016) ont par exemple toujours joué en deux pièces, à leur demande, précise la fédération hexagonale à Libération. C’est également le cas en Allemagne. Un impératif cependant : les deux joueuses doivent porter la même tenue sur le terrain. Ces derniers jours à Rio, le duo australien a été aperçu successivement en brassière, ou avec un maillot à manches courtes dessous. Les beach-volleyeuses des équipes du Costa Rica, du Venezuela, de l’Espagne ou encore de l’Argentine ont également joué les épaules (ou les jambes) couvertes. Sans que personne s’en émeuve.

3 commentaires
  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 12 août 2016 06 h 38

    Le choix aux joueuses

    Il faut le dire les filles elles sont sportives, jolies, bien faites et intelligentes.
    Laissons-leur le choix d'utiliser l'uniforme de plage qu'elles désirent.
    Et si ceux qui ont le désir fragile ne peuvent se contrôler alors qu'ils s'abstiennent de regarder.

    Nous sommes au XXIe siècle, et sur les plages du Brésil des milliers de personnes ont le libre choix. Un peu d'ouverture d'esprit, bon dieu.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 12 août 2016 12 h 55

      En fait, c'est que ce n'est pas tout à fait un «choix». Je suis parfaitement d'accord avec Anne Sugier qui affirme que «Le sport, censé être le langage universel par excellence, devient l’outil de transmission de stéréotypes et de relativisme culturel ». On se sert des femmes d'une façon ou d'une autre.

      Céline Pina, ex-adjointe au maire de Jouy-le-Moutier dans le Val d'Oise jusqu'en 2012 et conseillère régionale Ile-de France jusqu'en décembre 2015, soulignait dans Le Point.fr concernant la journée burkini» : «C'est une provocation politique. Le but: tester la résistance de la société française en s'attaquant aux droits des femmes. Le burkini, c'est la burqa balnéaire. Les islamistes utilisent l'alibi du culturel pour imposer le cultuel, l'argument de la pudeur pour imposer l'invisibilisation des femmes».

      Je crois que les femmes qui affichent des signes religieux, tout en soulignant leurs aspects culturels pour ne pas aller à l'encontre des règlements de la CIO, font aussi de la provocation politique!

  • Solange De Billy Tremblay - Abonnée 12 août 2016 21 h 17

    Qui a tort qui a raison

    Certains ne comprennent pas la femme avec son hijab moi je ne comprends pas plus ce qu'une fille fait en compétition olympique en bikini. Déplacé et rédicule. Accessorisastion de la femme. Qui sommes nous pour juger?