La Cité de Dieu de nouveau révélée au monde

Le bidonville d’environ 50 000 habitants est devenu célèbre quand le livre «La Cité de Dieu», de Paulo Lins, a été porté au grand écran en 2002.
Photo: Christophe Simon Agence France-Presse Le bidonville d’environ 50 000 habitants est devenu célèbre quand le livre «La Cité de Dieu», de Paulo Lins, a été porté au grand écran en 2002.

La Cité de Dieu, un bidonville de Rio de Janeiro révélé au monde entier par le film du même nom, est revenue à l’avant-scène quand le Brésil a remporté sa première médaille d’or aux présents Jeux olympiques.

La championne de judo, Rafaela Silva, a grandi dans la Cité de Dieu. Sans le sport, l’athlète ne serait peut-être jamais sortie de ce milieu, a-t-elle lancé dans une phrase entrecoupée de pleurs en recevant sa médaille lundi.

Le bidonville d’environ 50 000 habitants est devenu célèbre quand le livre La Cité de Dieu, de Paulo Lins, a été porté au grand écran en 2002 dans un film acclamé par la critique. Le réalisateur, Fernando Meirelles, a d’ailleurs contribué à la conception d’une portion de la cérémonie d’ouverture des Jeux qui portait sur le quartier défavorisé.

Tant le film que le livre dépeignent le portrait d’un quartier où la violence, la pauvreté et le trafic de drogue sont omniprésents. Mais la réalité est beaucoup plus complexe, note d’emblée la chercheuse Mariana Dias Simpson, de l’Institut brésilien d’analyse sociale et économique.

Sur l’emplacement actuel de la Cité de Dieu s’est auparavant déployé, dans les années 1960, un projet immobilier. En plein régime dictatorial, les bidonvilles d’Ipanema, de Leblon et de Lagoa ont été vidés de leurs résidants. Le gouvernement a détruit les habitations précaires pour libérer l’espace en vue d’accueillir d’éventuels visiteurs.

« À cette époque, le gouvernement tentait, un peu comme aujourd’hui, d’embellir Rio de Janeiro en éliminant les bidonvilles des quartiers prisés de la ville et en confinant les pauvres dans des endroits isolés », expliqué Mme Dias Simpson.

À l’extérieur des Jeux

Les familles évincées ont été relocalisées à l’extrémité ouest de la ville, loin des plages et des touristes, dans l’emplacement qui deviendrait la Cité de Dieu. Les dirigeants locaux qualifient encore aujourd’hui l’endroit de « double bidonville ».

Si la médaillée olympique Silva a mentionné l’endroit d’où elle vient en recevant les honneurs, les habitants de la Cité de Dieu, au contraire, se sentent peu concernés par les Jeux olympiques.

« Ici, on perçoit les jeux comme des chansons populaires de hip-hop », lance Sergio Leal, un habitant du bidonville mieux connu de ses voisins sous son pseudonyme de DJ TR. « Nous sommes comme cet enfant noir qui observe [le hip-hop] de l’extérieur. Nous regardons les Jeux comme si nous étions ailleurs, à l’extérieur. »

L’événement sportif aura entraîné une mise à niveau des infrastructures de nombreuses portions de la ville. Mais la seule chose qui semble avoir changé dans la Cité de Dieu est la surface repeinte de la voie routière permettant aux véhicules autorisés de traverser le bidonville. La plupart du temps, les voitures y défilent à toute vitesse.

Néanmoins, lors de sa visite de 2011 au Brésil, le président américain Barack Obama s’est rendu dans le tristement célèbre bidonville avec sa femme et ses deux filles. Il a alors disputé un match de soccer avec des enfants du quartier.

Leo Sagat, un ancien résidant du bidonville, a aussi recours au sport pour interagir avec les jeunes de la Cité de Dieu. Trois fois par semaine, il s’y rend pour enseigner bénévolement les rudiments de la boxe à 270 personnes, en majorité des enfants. « La trace que je veux laisser, c’est d’empêcher que des enfants comme eux deviennent des criminels », dit-il.

Les habitants de la Cité de Dieu ne se consacrent pas tous à des activités illicites, précise par ailleurs Mme Dias Simpson. La grande majorité d’entre eux sortent pour travailler en ville, occupant un emploi ou un autre.