Yusra Mardini, dans l’eau de Damas à Rio

La nageuse syrienne Yusra Mardini
Photo: Yasuyoshi Chiba Agence France-Presse La nageuse syrienne Yusra Mardini

La nageuse syrienne, arrivée à Berlin depuis près d’un an, participe aux Jeux dans l’équipe des réfugiés.

Ce samedi à 19h28, heure de Damas, Yusra Mardini, 18 ans, plongera à Rio pour l’épreuve du 100 mètres papillon femmes. Ses proches penseront à l’autre grand plongeon qui a mené la nageuse syrienne jusqu’aux JO. C’était il y a moins d’un an. Elle et sa sœur se jetaient en mer Égée pour sauver de la noyade les 18 autres passagers du pneumatique surchargé qui les transportait d’Izmir, en Turquie, à l’île grecque de Lesbos. «Cette équipe de réfugiés est une chance formidable pour les athlètes qui ont fui leur pays parce qu’ils ont tout perdu», s’extasie la star de ce groupe créé par le comité olympique. Une dizaine de sportifs ayant fui le Soudan du Sud, la Syrie, l’Éthiopie et la République du Congo qui s’alignera en natation, athlétisme et judo.

 

Dans la vidéo tournée en juin par la chaîne officielle des JO, au bord du bassin de Berlin où Yusra Mardini s’entraîne pour Rio, la brunette, au visage de bébé joufflu, peut sourire à la vie avec ses dents du bonheur. Le conte de fée qu’elle vit depuis un an ressemble plutôt à une résurrection. L’ado était en train de dépérir après quatre ans de guerre à Damas. Elle était alors installée dans un petit appartement, où sa famille avait déménagé après que leur maison a été à moitié détruite par un obus. Le moment le plus dur pour cette fille de maître nageur qui a grandi dans l’eau comme ses deux sœurs : quand le toit de la piscine qu’elle fréquentait tous les jours après l’école s’est effondré à cause d’un bombardement.

 

Éclaireurs

 

L’été dernier, comme des dizaines de milliers de Syriens ayant perdu tout espoir pour leur pays, Yusra et Sarah, sa sœur aînée, tentent la traversée clandestine vers l’Europe. Leurs parents les laissent partir en éclaireurs avec un couple de cousins. Le groupe part de Damas le 12 août 2015, d’abord pour Beyrouth, puis Istanbul et Izmir sur la côte turque.

 

Commence alors pour eux l’aventure de tous les candidats réfugiés, et surtout ses mésaventures. Ils négocient une traversée vers la Grèce, sont embarqués à 20 dans un bateau pneumatique prévu pour sept. Une fois en mer, le moteur s’arrête et l’embarcation commence à couler sous le poids des passagers. Pendant que la plupart crient et prient le ciel, les deux sœurs sautent à l’eau. Elles nagent d’un bras chacune, tenant de l’autre main les cordes du pneumatique, pendant deux heures et ramènent tout le monde à terre sains et saufs. Le voyage se poursuit pendant vingt et un jours sur la route des réfugiés : Grèce, Macédoine, Hongrie, Autriche, et enfin l’Allemagne.

 

Les deux championnes de natation font parler d’elles dès leur arrivée à Berlin, où des journaux arabes et allemands rapportent leur exploit en mer. Accueillies dans une ancienne caserne de l’armée transformée en camp de réfugiés provisoire, elles se renseignent auprès d’un interprète égyptien sur la piscine la plus proche.

 

Après quelques tests, le Wasserfreunde Spandau, club de natation voisin, les admet quand il découvre leur niveau. L’entraîneur Sven Spannekrebs décèle très vite chez Yusra Mardini un potentiel pour une qualification aux JO de 2020 à Tokyo. «Elle est très concentrée, sait se fixer des objectifs et organiser sa vie autour. Son niveau d’organisation est presque allemand!» déclare le coach dans une interview à l’agence AP. «Nous sommes comme ça en Syrie», lui réplique la nageuse, qui avait déjà, aux championnats du monde juniors de 2012 en Turquie et sous les couleurs de la Syrie, réussit au bout de quelques semaines à atteindre le chrono nécessaire pour Rio.

 

En mars, la nageuse syrienne fait partie des premiers sportifs sélectionnés dans l’équipe de réfugiés, comme son compatriote, le nageur Rami Anis, 25 ans, réfugié en Belgique. «Je veux que les réfugiés soient fiers de moi, dit Yusra Mardini. Je veux les inciter à vivre leur rêve.»