Le stade Maracanã vibre au rythme d’une cérémonie colorée

Des acrobates arrivent au stade à bord d'une immense roue.
Photo: Gabriel Bouys Agence France-Presse Des acrobates arrivent au stade à bord d'une immense roue.

Il est rarissime que l’on entende parler du stade Maracanã de Rio de Janeiro sans qu’on lui accole un quelconque qualificatif de derrière les fagots, genre « mythique », « légendaire » ou « grand en titi », lui qui a déjà contenu 199 854 spectateurs pour la finale de la Coupe du monde de foot de 1950, dont les Brésiliens ne se sont toujours pas remis parce qu’ils y ont perdu contre l’Uruguay. Vendredi soir, l’enceinte a ajouté à son panache et à sa riche histoire en accueillant la cérémonie d’ouverture des Jeux de la XXXIe olympiade d’été, les premiers à être présentés en Amérique du Sud.

On notera à ce sujet, car ce n’est pas rien, que le Maracanã, dont la capacité est actuellement d’environ 80 000 places, est officiellement nommé en l’honneur de Mário Filho, qui s’adonnait notamment à être un journaliste, ce qui nous fait nous demander quel scribe serait choisi si nous faisions la même chose ici.

Photo: Gabriel Bouys Agence France-Presse Des acrobates arrivent au stade à bord d'une immense roue.

Toujours est-il qu’on a d’abord eu droit à un survol historique à moyen déploiement, du moins comparativement à ce qu’on avait vu à Pékin et à Londres où, il faut le dire, on jouissait d’un budget pas mal plus considérable. À retenir : l’arrivée des Portugais à bord de leurs caravelles et les autochtones qui les regardent d’un drôle d’air en qualité de visite inattendue et l’avion 14 Bis d’Alberto Santos-Dumont (1906), qui est virtuellement sorti du stade et qui nous a fait songer qu’il fallait vraitttment avoir un sacré cran pour voler dans ces machines.

De la musique du terroir aussi, de la bossa-nova et l’impérissable A Garota de Ipanema, pièce sur laquelle a marché la tout aussi impérissable Gisele Bündchen. Et non, contrairement à ce qu’avait donné à entendre une certaine presse brésilienne, il n’y a pas eu de simulacre de vol de la part d’un gamin de la rue dans le spectacle. Elle a juste marché en robe longue en direction du gars qui jouait du piano — Daniel Jobim, petit-fils du compositeur — et c’est tout.

Photo: François-Xavier Marit Agence France-Presse Feux d'artifice au-dessus du stade

Il y a également eu des allusions à la biodiversité et au réchauffement climatique, qui met en danger la planète et nous achèvera si nous n’y voyons pas.

Puis, ce fut le défilé des athlètes, qui nous a rappelé que 207 délégations, c’est beaucoup, et que notre monde est résolument trop morcelé. Devant chaque équipe, on apercevait quelqu’un en tricycle avec des plantes pour souligner l’importance d’une saine végétation, et les participants étaient invités à planter une semence. Les Allemands ont été quelque peu sifflés, sans doute pour des raisons générales de demi-finale de Coupe du monde 2014 à Belo Horizonte, de même que les Argentins, sans doute pour des raisons de proximité géographique.

Photo: Leon Neal Agence France-Presse Arrivée de la délégation canadienne

Le passage du Canada, lui, n’a étonnamment pas suscité de réaction particulière.

On a vu la Russie parader. Celle-là revient de très loin.

Le Soudan du Sud. Première participation historique aux Jeux olympiques. Ils seront trois à concourir. Le Kosovo aussi fera ses débuts. Ils seront huit.

Un moment franchement émouvant s’est produit lorsque la délégation de dix réfugiés a fait son entrée à l’avant-dernier rang. Ces athlètes sans pays ont défilé et compétitionneront sous la bannière olympique. Dans les gradins, on a pu voir les visages de Thomas Bach et de Ban Ki-moon, assis côte à côte dans la section des personnalités importantes, s’illuminer de fierté. Il s’agit d’une première dans l’histoire du mouvement olympique (qu’une équipe de réfugiés prenne part, pas que les visages de Thomas Bach et Ban Ki-moon s’illuminent de fierté).

Seul le Brésil, arrivé par la suite, a reçu une plus belle ovation.

Dans son allocution d’ouverture, Bach a louangé les Cariocas pour avoir réussi à faire le boulot en un court laps de temps et dans des conditions difficiles. Et la famille olympique, a-t-il dit, « est unie et plus forte que ceux qui veulent nous diviser ». Il a ensuite rendu un vibrant hommage aux réfugiés avant de remettre les lauriers olympiques au Kenyan Kip Keino, bienfaiteur dans son pays.

Puis, le relais de la flamme est arrivé, la vasque a été allumée par le marathonien Vanderlei Cordeiro de Lima et on s’est embarqué pour 16 jours de compétitions.

 

Fernando Meirelles: un choix paradoxal

Fernando Meirelles étant l’un des réalisateurs les plus célèbres du Brésil, sa participation à titre de codirecteur artistique pour la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Rio tombait sous le sens. Du moins, en apparence. Car pour peu que l’on s’attarde à l’œuvre du cinéaste, ce choix s’avère en réalité fort paradoxal. On pense bien sûr au film qui fit sa renommée en 2002, La cité de Dieu. Campé dans ledit quartier conçu jadis pour déménager les favelas en périphérie de Rio, le film dénonce la violence et la pauvreté endémiques sous couvert de thriller. Une série télé plus légère, mais traitant encore des enjeux de la criminalité et de la pauvreté, La cité des hommes, suivit en 2003. Or, plusieurs observateurs ont justement dénoncé le fait que les coûteux JO se dérouleront sur fond d’indigence. Depuis ses premiers succès, Meirelles a connu la gloire hollywoodienne avec son excellente adaptation du roman de John le Carré La constance du jardinier, un film très critique des magouilles des puissants. François Lévesque
2 commentaires
  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 6 août 2016 04 h 21

    Les Olympiques !

    Les jeux des oligarchies financières.
    Après quelques jobs temporaires pour la masse, le chômage.

  • François Desgroseilliers - Abonné 6 août 2016 05 h 27

    Cérémonie colorée, diffusion incomplète

    La cérémonie était colorée, intéressante, simple et représentative des brésiliens.
    Mais le télédiffuseur Radio Canana était ICI mais pas là-bas. La cérémonie a été coupée par les éternelles publicités, j'aurais préférée une diffusion intégrale au direct qui nous en faisait manquer des bouts. De plus les commentaires insipides d'un journaliste avec des athlètes canadiennes en pleine cérémonie. Et il n'y avait pas de traduction des propos en portugais brésilien, pas compliqué d'avoir le support d'un interprète. C'est comme si la cérémonie ne valait pas la peine d'être diffusée intégralement pour le diffuseur et ses commenditaires. Je ne me souviens pas d'un tel traitement lors de la diffusion des dernières cérémonies d'ouverture. Radio-Canada a manqué de respect envers le déroulement de la cérémonie qui méritait un meilleur traitement et une diffusion intégrale en minimisant les interruptions.