118 athlètes russes sont exclus des Jeux

Pendant que le CIO tranchait sur le sort des athlètes russes jeudi, les pratiques débutaient pour certains comme la gymnaste russe Seda Tutkhalyan.
Photo: Ben Stansall Agence France-Presse Pendant que le CIO tranchait sur le sort des athlètes russes jeudi, les pratiques débutaient pour certains comme la gymnaste russe Seda Tutkhalyan.

Ils seront finalement 271. 271 athlètes à compétitionner aux Jeux olympiques en portant les couleurs de la Russie, mise à mal par un scandale de dopage qui a révélé l’implication de l’État et de ses services secrets dans un système de tricherie qui a duré quatre ans. Cela laisse en plan 118 athlètes qui devront remiser leurs rêves olympiques.

Le président du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach, a d’abord été prudent jeudi après-midi. Dans une conférence de presse très attendue, à 24 heures de l’ouverture des Jeux de Rio, il s’est contenté de dire que le nombre d’athlètes russes autorisés à concourir allait être révélé « plus tard dans la journée ».

Mais le président du Comité olympique russe l’a devancé : devant les journalistes, il a déclaré en après-midi que 271 sportifs russes avaient été admis. Le CIO a confirmé la nouvelle en soirée, dans un communiqué publié en anglais seulement. « Des 389 athlètes qui avaient été soumis par le Comité national olympique russe, 271 formeront l’équipe », pouvait-on y lire.

 
Photo: Fabrice Coffrini Agence France-Presse Le président du Comité international olympique, Thomas Bach s’est contenté de dire que le nombre d’athlètes russes autorisés à concourir allait être révélé « plus tard dans la journée ».

En clair, la décision du CIO marque (presque) la fin du processus lancé le 18 juillet par le rapport McLaren, du nom de l’avocat canadien qui a prouvé dans un rapport indépendant commandé par l’Agence mondiale antidopage que la Russie avait mis sur pied un système de dopage qui a eu cours entre 2011 et 2015.

Au lendemain de la publication du rapport, le CIO avait demandé aux diverses fédérations internationales de mettre sur pied des listes d’athlètes russes indésirables. Ces listes ont ensuite été soumises à un panel formé de trois membres du CIO, chargés d’éliminer les sportifs russes qui restaient encore inadmissibles, à la lumière du rapport McLaren.

Mais l’annonce du CIO ne clôt pas totalement la saga russe, puisque certains cas épineux sont encore devant le Tribunal arbitral du sport. Cette instance suisse a encore rendu des décisions jeudi soir, pour ensuite renvoyer les cas d’athlètes à leurs fédérations respectives, qui auront le dernier mot. Le tout, à moins de 24 heures de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques dans le stade de Maracana.

McLaren réagit

Photo: Kerstin Joensson Associated Press Le professeur canadien de droit Richard McLaren

Dans une entrevue accordée au quotidien britannique The Guardian qui doit paraître ce vendredi, Richard McLaren a reproché au CIO d’avoir « mal interprété » son rapport, qui ne visait pas à lancer une chasse aux sportifs, mais bien à exposer une stratégie d’État. « Je n’ai pas fait ce travail pour creuser précisément et trouver quels athlètes ont pu se doper et ce qu’ils ont pu prendre. Ce n’est pas quelque chose que j’ai eu le temps de faire et c’était très clair dans le rapport, a déclaré l’avocat canadien. Ce rapport parle d’un dopage d’État, de manipulation des résultats, de permutations d’échantillons avant [les Jeux de] Londres 2012. C’est ça le rapport, et les gens semblent avoir complètement raté ça. »

À Rio, les représentants du Comité olympique canadien (COC) n’ont pas pu éviter les questions sur la position de leur organisation au sujet du scandale. Prudente, la présidente Tricia Smith a indiqué que la décision du CIO de ne pas suspendre toute la délégation russe se voulait «un premier pas», mais que d’autres mesures devront être prises afin d’assurer que les Jeux et le sport en général soient propres.

Paul Ohl, commentateur, analyste et auteur d’un ouvrage sur les Jeux olympiques, a aussi eu des mots durs à l’endroit du CIO, qui a manqué de leadership dans le dossier, à son avis. « Mais c’est le triomphe de la Russie. Ces gens-là, a priori, étaient convaincus qu’ils allaient passer à la moulinette ! » s’est-il exclamé, dans un entretien avec Le Devoir.

À son avis, le CIO aurait dû bannir tous les Russes, d’autant qu’il bénéficiait sur cette question d’un appui quasi unanime. « Je tenais beaucoup à ce que le CIO se serve de cette occasion pour bannir des Jeux de Rio l’ensemble de la délégation russe. Parce que la tricherie était organisée, commandée, partagée par l’ensemble du système », a-t-il martelé.

Aux athlètes « propres » qui auraient pu payer pour les malversations des autres, il aurait suggéré de compétitionner comme indépendants, un peu comme le font ces réfugiés qui se sont regroupés dans une délégation olympique.

 

1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 5 août 2016 07 h 14

    Et les autres?

    Et pour les autres pays qui trichent, que fait-on?
    Hier, un article du journal américain New York Times expliquait en profondeur la façon dont fonctionnait le dopage dans l'équipe olympique américaine. Quelles sont les raisons pour lesquelles les USA ne sont jamais sanctionnés?