L’intersexualité divise toujours autant

La coureuse Caster Semenya a connu la célébrité en 2009.
Photo: Tiziana Fabi Agence France-Presse La coureuse Caster Semenya a connu la célébrité en 2009.

Il semble que le monde du sport ne sait pas encore comment composer avec une athlète comme Caster Semenya.

La coureuse sud-africaine, et d’autres comme elle, présente l’un des plus grands dilemmes pour ce qui est de la question de l’équité dans le sport.

Des athlètes comme Semenya avec des particularités d’intersexualité — des personnes qui ne répondent pas aux critères habituels de sexe masculin ou féminin — déboulonnent la certitude que tout le monde s’inscrit parfaitement dans ces catégories définitives dans le sport.

Selon le scientifique sportif Ross Tucker, « la biologie n’est pas tout à fait aussi simple que cela ».

Le cas de Semenya est bien connu. Nouvelle venue sur la scène internationale à 18 ans aux championnats du monde 2009, elle a dominé les meilleures concurrentes au 800 mètres. L’écart entre elle et la championne du monde en titre, qui a terminé deuxième, était étonnant. Semenya a célébré en montrant ses biceps, attisant une polémique déclenchée quelques heures plus tôt par les révélations qu’elle avait subi des examens pour vérifier son genre.

La Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) l’a ensuite suspendue pendant 11 mois et elle n’a pu reprendre la compétition qu’en 2010. Elle est revenue et a remporté une médaille d’argent au 800 mètres aux Jeux olympiques de 2012.

Catégoriser

Semenya est une femme parce qu’elle se dit une femme, a été légalement reconnue à la naissance comme une femme, traitée comme une femme, et identifiée comme femelle. Personne ne peut dicter à Semenya son genre.

Mais depuis les années 1950, l’athlétisme a mené des tests de genre pour protéger les compétitions féminines, utilisant d’abord des tests d’anatomie sexuelle de base, et plus tard recourant à l’analyse des chromosomes. Ces tests ne fonctionnent pas.

Les tests de genre dans le sport devraient prévenir un avantage inéquitable et, par conséquent, cela n’a rien à voir avec les organes génitaux ou les chromosomes, qui ne permettent pas aux athlètes de courir plus vite, de sauter plus haut ou de lancer plus loin.

Des hormones

L’IAAF affirme que la testostérone est le facteur le plus important dans la performance athlétique. Les hommes, en général, ont plus de testostérone que les femmes. En 2011, l’IAAF a officiellement tracé une ligne entre les hommes et les femmes pour ce qui est du niveau de testostérone.

On cherchait alors à résoudre la question de l’hyperandrogénisme — des niveaux élevés de testostérone présents naturellement chez certaines femmes qui, apparemment, leur procureraient un avantage.

Tucker a souligné que la recherche menée par l’IAAF a démontré que six femmes avec des particularités d’intersexualité ont participé aux championnats du monde en 2011. Joanna Harper, une experte sur le sexe dans le sport et consultante à l’IAAF, croit que deux médaillées aux championnats du monde en salle cette année sont probablement des athlètes souffrant d’hyperandrogénisme, et elle a estimé que de 5 à 10 de ces athlètes seront en compétition en athlétisme aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro.

À voir en vidéo