À Rio, «ne mettez pas votre tête dans l’eau»

Les autorités locales, dont le maire de Rio, Eduardo Paes, reconnaissent que le nettoyage des cours d’eau a été un échec.
Photo: Felipe Dana Associated Press Les autorités locales, dont le maire de Rio, Eduardo Paes, reconnaissent que le nettoyage des cours d’eau a été un échec.

À quelques jours du début des Jeux olympiques de Rio de Janeiro, les cours d’eau de la ville sont toujours très sales, contaminés par des eaux usées non traitées grouillantes de virus et de bactéries, révèle une étude commandée par l’Associated Press qui a duré 16 mois.

Non seulement les quelque 1400 athlètes devant prendre part aux épreuves aquatiques risquent de tomber gravement malades, les touristes qui fréquentent les légendaires plages d’Ipanema et de Copacabana, qui ont aussi fait l’objet de tests pour le compte de l’AP, pourraient aussi éprouver de sérieux problèmes de santé.

L’étude fait part de taux élevés et dangereux de virus dans les eaux des installations aquatiques des Jeux olympiques et paralympiques en raison de pollution, un coup dur pour le projet olympique de Rio qui a sonné l’alarme chez les participants aux compétitions de voile, les rameurs et les nageurs en eau libre.

Les premiers résultats publiés il y a plus d’un an montraient des taux de virus jusqu’à 1,7 million de fois plus élevés que ce qui serait considéré inquiétant aux États-Unis et en Europe. Avec ces concentrations, les athlètes qui ingèrent aussi peu que trois cuillerées à thé d’eau sont presque certains de contracter des virus pouvant causer des maladies de l’estomac et du système respiratoire et, plus rarement, une inflammation du coeur ou du cerveau. Le risque de devenir malade dépend toutefois d’une série de facteurs, dont la force du système immunitaire des individus concernés.

Précautions

Depuis la publication de ces données préliminaires, plusieurs athlètes ont pris des précautions poussées pour prévenir toute maladie qui pourrait potentiellement les forcer à abandonner la compétition, y compris consommer des antibiotiques de manière préventive, javelliser leurs rames et porter des combinaisons et des gants en plastique afin de limiter les contacts avec l’eau.

Mais les antibiotiques combattent les infections causées par les bactéries, pas celles provoquées par les virus. Or, l’étude de l’AP a découvert la présence d’adénovirus, détectée grâce à la culture cellulaire et confirmée par des protocoles de biologie moléculaire, sur près de 90 % des sites testés.

« Il s’agit d’un pourcentage très, très, très élevé », a déclaré la Dre Valerie Harwood, directrice du département de biologie intégrative à l’Université South Florida. « De tels taux de virus pathogènes pour l’humain, c’est pas mal du jamais vu dans les eaux de surface aux États-Unis. Vous ne verriez jamais ce type de taux ici parce que nous traitons nos eaux usées. »

Si les athlètes ont décidé de prévoir le coup, qu’en est-il des 300 000 à 500 000 visiteurs étrangers qui se rendront à Rio pour assister aux Jeux ? Les tests effectués sur plusieurs des plages les plus célèbres de la ville ont révélé non seulement des taux de virus élevés, mais aussi la présence importante de marqueurs bactériologiques provenant des eaux usées qui susciteraient des inquiétudes dans d’autres pays et excèdent même les normes plutôt laxistes de Rio concernant la propreté des eaux.

Les autorités locales, dont le maire de Rio, Eduardo Paes, reconnaissent que le nettoyage des cours d’eau a été un échec, ce qui n’empêche pas les représentants du comité organisateur de continuer à répéter que les eaux de Rio seront sécuritaires pour les athlètes comme pour les visiteurs.

Malgré cela, à la lumière des découvertes de l’AP, la Dre Harwood a un seul conseil à donner aux athlètes et voyageurs : « Ne mettez pas votre tête dans l’eau. »

 

1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 2 août 2016 07 h 29

    Encourageons nos athlètes

    "Nos athlètes" seront-ils mis en quarantaine lors de leur retour au pays?