L’appel des athlètes russes a été rejeté

Le secrétaire général du Tribunal arbitral du sport, Mattieu Reeb
Photo: Fabrice Coffrini Agence France-Presse Le secrétaire général du Tribunal arbitral du sport, Mattieu Reeb

Le Tribunal arbitral du sport a annoncé jeudi le rejet de l’appel de la Russie visant à faire annuler la suspension des membres de son équipe olympique d’athlétisme par l’Association internationale des fédérations d’athlétisme, une décision qui pourrait avoir de graves conséquences sur la participation des athlètes russes aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro le mois prochain.

Le TAS a rejeté l’appel de 68 athlètes russes qui tentaient de faire renverser la suspension imposée par l’IAAF à la suite de révélations entourant le dopage érigé en système en Russie et les tentatives pour le dissimuler.

« Le jugement rendu aujourd’hui permettra aux athlètes d’être tous sur un pied d’égalité », a déclaré l’organisme qui chapeaute l’athlétisme sur la planète dans un communiqué.

La décision du TAS ne signifie cependant pas que l’enjeu est réglé pour autant. Le tribunal a rappelé que le Comité international olympique n’est pas obligé de respecter sa décision et qu’il a le dernier mot en sa qualité d’organisateur des Jeux.

« La porte est ouverte pour que le CIO tranche, et même qu’il détermine au cas par cas si les athlètes sont admissibles ou non », a mentionné le secrétaire général du TAS, Mattieu Reeb, aux journalistes présents à l’extérieur du tribunal à Lausanne.

Le CIO a indiqué qu’il « étudiera et analysera chaque élément du jugement » et rendra une décision finale sur la participation des athlètes russes « au cours des prochains jours ». Les Jeux olympiques de Rio se mettront en branle le 5 août.

Le TAS a déclaré valide la suspension imposée par l’IAAF, estimant qu’un pays dont la fédération d’athlétisme est suspendue est inadmissible aux compétitions internationales, dont les Jeux olympiques.

Des « funérailles »

Le comité de trois personnes a déterminé que le Comité olympique russe « n’est pas en droit de nommer des athlètes qui participeront aux Jeux olympiques de Rio en 2016 puisqu’ils n’ont pas l’autorisation de prendre part à des compétitions de l’IAAF ».

La Russie s’est opposée à une suspension totale de ses athlètes puisqu’elle considère que la décision punit ceux qui n’ont pas été accusés de dopage.

Le président de l’IAAF, Sebastian Coe, a déclaré que « ce n’est pas une journée pour émettre des déclarations triomphales. Je n’ai pas accepté ce poste afin d’empêcher des athlètes de concourir. Notre philosophie est d’inclure, non d’exclure ».

Des athlètes d’élite de la Russie ont réagi avec colère après l’annonce du maintien de la suspension.

Yelena Isinbayeva, double championne olympique au saut à la perche, a affirmé sur Instagram que sans la Russie, des « pseudo-médailles d’or » seront décernées lors de Jeux de Rio « dévalués ».

En entrevue avec l’agence de presse TASS, Isinbayeva a ajouté que la décision du TAS déquivaut aux « funérailles » de sa discipline.

Lors d’une compétition tenue près de Moscou, qui devait servir de rencontre préparatoire finale en vue des Jeux, la plupart des athlètes interrogés ont dit considérer que la décision est injuste et basée sur des allégations injustifiées de dopage de masse et de camouflages gouvernementaux.

« C’est un coup dur pour moi et pour les athlètes », a mentionné Maria Kuchina, championne du monde de saut en hauteur, qui aurait participé à ses premiers Jeux. « Malgré toutes les difficultés et tous les problèmes, nous avons continué de nous entraîner. Aujourd’hui, j’ai prouvé que j’aurais été dans la lutte pour une place sur le podium, peu importe ce qui a été annoncé aujourd’hui. »

Timofey Chaly, un spécialiste des haies, ne s’oppose pas à l’imposition de sanctions individuelles. Mais il est contre des pénalités à toute l’équipe. « C’est malhonnête. Des gens ont décidé d’eux-mêmes de se doper en croyant peut-être qu’ils ne se feraient pas prendre. Ce n’est pas ce qui est arrivé, ils ont été punis et ça, c’est juste. »

Autre appel ?

Le ministre des Sports de Russie, Vitaly Mutko, a aussi vertement critiqué la décision du TAS. « Selon moi, c’est une décision subjective, à connotation politique et qui n’a aucun fondement juridique », l’a cité l’agence de presse russe TASS.

Mutko s’est à cet égard dit d’avis que les athlètes russes devraient soumettre leur dossier à un tribunal civil.

Le TAS a indiqué qu’il n’a aucun contrôle sur la décision du CIO d’accepter ou de refuser les athlètes russes, qu’ils représentent leur pays ou qu’ils soient « indépendants ».

Reeb a indiqué que les Russes ont le droit de déposer un appel devant un tribunal fédéral suisse d’ici 30 jours. Cependant, un appel ne peut être déposé que pour des « raisons de procédure », et non pour contester le bien-fondé de la décision, a-t-il précisé.

Le mois dernier, le CIO a accepté la décision de l’IAAF de prolonger la suspension en vigueur depuis novembre de la Fédération russe d’athlétisme. Et lors d’un entretien téléphonique avec l’Associated Press et deux autres agences de presse la semaine dernière, son président, Thomas Bach, s’est fait demander si le CIO accepterait une décision du TAS de maintenir la suspension imposée par l’IAAF. La réponse de Bach fut « oui ».

La commission exécutive du CIO a mentionné mardi qu’elle « explorera toutes les options juridiques » relatives à une exclusion totale de la Russie, tout en ajoutant qu’elle attendrait la décision du TAS avant de rendre une décision finale. La commission a prévu une autre rencontre dimanche afin de discuter du dossier.