Cristiano Ronaldo, le fil rouge de l’Euro 2016

Oubliée, la première semaine ternie par les hooligans russes. L’Euro 2016 qui s’est achevé dimanche laisse derrière lui des images de football fortes et positives : la rafraîchissante équipe d’Islande et ses formidables partisans ou Cristiano Ronaldo devenu copie de l’entraîneur pour guider le Portugal vers la victoire.

Ronaldo aura été le fil rouge de cet Euro. La mégavedette, arrivée fatiguée après la Ligue des Champions remportée avec le Real Madrid le 28 mai, est critiquée après ses deux premiers matchs où elle ne marque pas.

Au troisième match de la phase de groupes, « CR7 » se réveille cependant face à la Hongrie et signe un doublé, dont une talonnade stratosphérique. Il envoie ainsi la Selecçao en huitièmes de finale même si l’équipe a dû se contenter de trois verdicts nuls. Dans la matinée avant ce match, excédé par un média avec lequel il a un contentieux, il jette à l’étang le micro d’un journaliste. Dix jours plus tard, des reporters portugais, aidés par deux plongeurs, récupèrent cet objet devenu culte.

Telle est la vie de Ronaldo, hors norme, un spectacle perpétuel. On ne compte plus les spectateurs qui tentent de l’approcher dans les stades, avant, pendant et après les matchs, pour le toucher ou faire un egoportrait. En prolongation en quarts de finale, un fan courant vers lui est ainsi ceinturé sur la pelouse par une dizaine de policiers.

En demi-finales contre le pays de Galles, un jeune ramasseur de balles s’incruste sur la photo officielle de la Selecçao avant la rencontre, à la gauche d’un Cristiano Ronaldo hilare quand il l’aperçoit. Dans ce match, le numéro 7 marque un but insensé de la tête, en plaçant son crâne à 2,61 m du sol, catapultant le ballon à 70 km/h. Au passage, il égale record de Michel Platini de 9 buts dans l’histoire de l’Euro. Platini les avaient inscrits en un seul tournoi en 1984. Pour le rejoindre, Ronaldo est le premier à marquer dans quatre Euros différents.

La finale tant attendue tourne court. Touché dans un choc avec Dimitri Payet, il quitte le terrain en pleurs sur une civière au bout de 25 minutes. Mais il revient, le genou gauche bandé, serrant les dents, et harangue ses équipiers façon entraîneur adjoint survolté. Il est logiquement le premier de son équipe à soulever le trophée. Et favori pour le prochain Ballon d’or.

Le conte gallois

Pas de bon tournoi sans conte de fées. Le pays de Galles se hisse jusqu’en demi-finales alors que sa meilleure — et seule jusque-là — performance était un quart de finale à la Coupe du monde 1958. Les Dragons de Gareth Bale sont toutefois éteints par le Portugal de Ronaldo. Mais le Land of my Fathers, hymne gallois d’habitude entendu dans les compétitions de rugby, résonne encore longtemps dans les travées.

Les supporters gallois, comme les Irlandais (qu’ils viennent d’Eire ou d’Irlande du Nord), ont été les rois de l’ambiance dans les zones de partisans, les rues et les bars. Une scène a fait le tour du monde : on y voit dans un tunnel à Bordeaux des fans de l’Irlande entonner un « stand up for the French police » (« debout pour la police française ») sur un air des Pet Shop Boys. Bon esprit, les policiers répliquent au mégaphone sur le même air « go home for the French police » (« rentrez chez vous pour la police française »).

Ces images ont fait oublier celles, terribles, des violences à Marseille en marge d’Angleterre–Russie le 11 juin. Les hooligans russes ont déferlé sur les supporters anglais : 35 d’entre eux ont été blessés, dont deux sont dans un état grave et n’ont pu être rapatriés que le 1er juillet.

D’autres fans, venus d’une île de 330 000 habitants, ont fait beaucoup pour les belles images de ce tournoi : les Islandais. Leurs Vikings, sur le terrain, ont éliminé dans un huitième de finale historique l’Angleterre, pays qui a inventé le foot mais en a remis les clés à des étoiles étrangères dans sa richissime Premier League.

La célébration des joueurs islandais avec leurs partisans a été reprise par tout le monde. Il s’agit du clapping, soit frapper dans ses mains au-dessus de sa tête sur un rythme martial et intense. L’Islande n’a pas résisté ensuite aux Bleus en quarts de finale, mais qu’importe. Le monde du foot a envie de revoir cette équipe avec un coeur et des poumons énormes.

Pelouses décriées

Cet Euro a récompensé une équipe campée sur son socle défensif : le Portugal n’a gagné qu’un seul match en temps réglementaire, sa demi-finale contre les Gallois (2-0). Tous les autres se sont décidés en prolongation ou aux tirs au but.

Les équipes joueuses comme l’Espagne et la Suisse (meilleur taux de passes réussies, 91 %), ont d’ailleurs quitté le tournoi assez tôt, toutes deux en huitièmes de finale.

Sur un plan purement statistique, l’Euro 2016 n’a pas été un grand cru : 108 buts ont été inscrits en 51 rencontres, soit une moyenne de 2,12 filets par match. C’est moins qu’en 2012 (2,45) ou qu’à la Coupe du monde 2014 (2,7).

Mais les joueurs ont eu le mérite de marquer sur des pelouses décriées pour leur mauvais état. La finale n’a pas échappé à ce triste constat, disputée sur une surface de jeu indigne au Stade de France.

N’empêche, le talent a souvent parlé sur le terrain. Ronaldo n’a pas été le seul à régaler. Le Suisse Xherdan Shaqiri a réalisé un retourné acrobatique de toute beauté en huitièmes de finale contre la Pologne.

L’équipe de France, enfin réconciliée avec son public après l’épisode traumatisant de la grève des joueurs lors du Mondial 2010 en Afrique du Sud, a aussi beaucoup fait dans cet Euro. Antoine Griezmann termine meilleur buteur du tournoi (6 réalisations).

Il y a eu aussi la superbe frappe dans la lucarne de Dimitri Payet pour donner la victoire aux Bleus dans les dernières minutes du match d’ouverture contre la Roumanie. Et Paul Pogba s’est élevé plus haut que tout le monde pour une tête magnifique contre l’Islande.

Le scénario de certains matchs restera dans les mémoires. Le quart de finale entre l’Allemagne et l’Italie s’est conclu par une séance de tirs au but complètement folle (1-1 a.p.). La Mannschaft s’est imposée 6-5 dans cet exercice avec 18 tentatives au total. Rendez-vous en Russie pour le prochain grand tournoi, la Coupe du monde 2018.