Le Portugal acclame ses champions

Une marée humaine en rouge et vert, les couleurs nationales du Portugal, a acclamé les nouveaux champions d’Europe lors d’un défilé triomphal à travers les principales artères de Lisbonne.
Photo: Patricia de Melo Moreira Agence France-Presse Une marée humaine en rouge et vert, les couleurs nationales du Portugal, a acclamé les nouveaux champions d’Europe lors d’un défilé triomphal à travers les principales artères de Lisbonne.

Sous les vivats d’une foule gagnée par un sursaut patriotique, la supervedette a brandi sur le balcon présidentiel à Lisbonne le trophée emblématique, remporté in extremis par une Selecçao fragilisée par la sortie sur blessure de son capitaine à la 25e minute de la finale.

Ce premier sacre international tant attendu regonfle le moral des Portugais : il a plongé dans l’allégresse tout un pays où le football est roi, qui peine à remettre son économie à flot après des années de crise.

« Cette victoire ne règle pas nos problèmes mais au moins, on est heureux. C’est quelque chose qui arrive une fois dans la vie seulement », s’exclame Lucia Antunes, une chômeuse de 41 ans.

Une marée humaine en rouge et vert, les couleurs nationales, a acclamé les nouveaux champions d’Europe lors d’un défilé triomphal à travers les principales artères de Lisbonne, à bord de deux bus à impériale décapotable barrés du mot « Champions ».

« Vous êtes les meilleurs d’Europe ! » a lancé le président du Portugal, Marcelo Rebelo de Sousa, avant de décorer les idoles de toute une nation du titre de commandeur de l’ordre du Mérite.

Très détendu à son arrivée au palais présidentiel, Ronaldo, drapeau de son île natale de Madère autour du cou, s’est emparé d’un micro pour chanter à tue-tête le refrain d’un tube de l’emblématique groupe rock portugais Xutos e Pontapés. Avant de lancer son habituel cri de guerre : « Siiim !!»
 
Escorté par l’armée de l’air, l’avion « Eusebio » transportant la Selecçao s’était posé peu après midi sur le sol portugais, passant sous un arc formé par deux jets d’eau rouge et vert.

Au bout d’un périple de plusieurs heures, l’équipe est montée sur la scène d’une zone de partisans pleine à craquer dans le nord de Lisbonne. « C’est la victoire de tous les Portugais. Merci pour tout », a crié Ronaldo.

Longue nuit
Douze ans après l’immense déception provoquée par une défaite en finale de « son » Euro 2004 subie à Lisbonne face à la Grèce, le Portugal a enfin remporté son premier titre international majeur.

Les supporteurs ont bruyamment célébré ce triomphe jusque tard dans la nuit dans les rues de Lisbonne et à travers le pays.

« Cette victoire c’est une bouffée d’air pour le pays », se réjouit Luis Cascalheiro, 56 ans, les traits tirés, arrivé à son bureau en retard comme des milliers de Portugais.

« Épique », « Éternels » et « Fierté du Portugal », a titré la presse portugaise, célébrant ses héros : Ronaldo bien sûr, mais aussi Éder, l’unique buteur de la finale, et le sélectionneur de l’équipe, Fernando Santos.

Ironie du sort, le Portugal a conquis son premier titre en ruinant les espoirs du pays hôte, la France. C’est exactement ce qui lui était arrivé en finale de l’Euro 2004 lorsque la Grèce l’avait battu chez lui (1-0) à la surprise générale. Cette défaite fut un drame national. C’est maintenant oublié.

« CHAMPIONS ! » a twitté Luis Figo, pilier de la Selecçao en 2004. A ses côtés jouait alors un prodige de 19 ans qui avait terminé cette finale maudite en larmes. Cristiano Ronaldo en a 31 aujourd’hui, est devenu une icône planétaire et a à nouveau pleuré de rage et de douleur dimanche avant une issue finalement heureuse.

Blessé au genou gauche dès la 8e minute, il a dû quitter les siens sur une civière, en pleurs. Mais ce sont bien des larmes de joie qu’il a pu verser après le match grâce au but victorieux de son compatriote Éder en prolongation.

Ce but a permis à Ronaldo de soulever le trophée lors de la cérémonie finale et déclenché des scènes de liesse à travers tout le Portugal.

La France amère
Loin, très loin de cette joie, la France s’est réveillée amère lundi. Elle a raté un quatrième titre après les Euros de 1984 et 2000 et la Coupe du monde de 1998.

Le coeur lourd, les Bleus ont déjeuné à l’Elysée avec le président de la Républqiue, François Hollande, avant de se prêter à un mini-bain de foule avec plusieurs centaines de partisans.

« On avait envie de ramener ce moment de gloire au peuple français, c’est triste, mais il faut relativiser notre défaite », a dit le défenseur Adil Rami.

Mais les Bleus n’ont pas à rougir. Les hommes de Didier Deschamps ont été au delà de l’objectif assigné avant le tournoi, les demi-finales. Ils ont peut-être joué à ce stade de la compétition leur vraie finale en battant les Allemands champions du monde (2-0) jeudi.

Et leur nouvelle vedette a eu un lot de consolation : l’attaquant Antoine Griezmann, buteur le plus prolifique du tournoi (6 filets), a été désigné meilleur joueur du tournoi par l’UEFA lundi.