Le Portugal tient enfin un premier titre

L’attaquant Éder (no 9) a marqué à la 109e minute, provoquant l’euphorie de ses coéquipiers sur le terrain du Stade de France.
Photo: Michael Sohn Associated Press L’attaquant Éder (no 9) a marqué à la 109e minute, provoquant l’euphorie de ses coéquipiers sur le terrain du Stade de France.

Alors que l’équipe du Portugal et lui-même connaissaient un début d’Euro 2016 plutôt ordinaire, Cristiano Ronaldo a souligné que l’important dans un tournoi de ce type consiste à monter en puissance et à se trouver à son apogée quand ça compte le plus. On peut tout perdre en phase préliminaire, mais on ne peut pas tout y gagner.

Le capitaine de la Selecçao a vu juste et, même si privés de ses propres services pour l’essentiel du match, ses coéquipiers ont trouvé le moyen de serrer les coudes et de conquérir le titre de champions d’Europe des nations avec une victoire de 1-0 contre la France après prolongation en grande finale dimanche au Stade de France.

Photo: Francisco Leong Agence France-Presse Cristiano Ronaldo

C’est un but de l’attaquant Éder — qui joue en club à Lille — à la 109e minute, en période supplémentaire, qui a dénoué l’impasse dans une rencontre partagée où les quelques bonnes chances de marquer s’étaient jusque-là butées soit à des gardiens vigilants, soit à un poteau ou à une barre transversale. Ou alors, les tirs manquaient de précision.

D’une vigoureuse frappe du pied droit d’une vingtaine de mètres, le joueur originaire de la Guinée-Bissau, qui inscrivait ainsi son tout premier filet en compétition, a atteint le fond de la cage alors que le gardien français Hugo Lloris plongeait en vain sur sa droite. Lui qui était entré dans l’action à la 79e minute comme remplaçant a aussitôt été assailli par ses coéquipiers alors même qu’on devinait que le Portugal au complet explosait de joie.

Il s’agit d’un premier titre en tournoi majeur (Euro ou Coupe du monde) pour le pays. Et les Portugais doivent certainement comprendre l’immense sentiment de déception qui a envahi la France puisque eux-mêmes avaient perdu 1-0 contre la Grèce à la finale de l’Euro 2004 à la maison, à l’Estadio da Luz de Lisbonne.

Des larmes

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les Montréalais d’origine portugaise ont célébré avec exaltation dans les rues de la métropole la victoire historique de la Selecção.

Et contre toute attente, la Selecção a accompli l’exploit après avoir dû encaisser le choc du retrait du match de son as et leader Ronaldo, contraint à la 25e minute de jeu de déclarer forfait en raison d’une blessure au genou gauche. Touché à la 8e minute lors d’un contact avec Dimitri Payet, il a quitté provisoirement le terrain, mais est revenu au bout de quelques instants. De nouveau au sol à la 17e, il est sorti en larmes puis est revenu à la 20e. Mais de toute évidence, ça n’allait pas du tout et cinq minutes plus tard, assis sur la pelouse, il remettait le brassard de capitaine à Nani alors même qu’une civière était demandée pour l’évacuer, encore en larmes. L’attaquant Ricardo Quaresma a pris sa place.

Étrangement, le Portugal, dominé en début de match alors que la France contrôlait le ballon et jouait haut, neutralisant les efforts de relance, s’est raplombé après le départ de Ronaldo et s’est mis à faire jeu beaucoup plus égal avec ses rivaux alors que le principal intéressé, bandage au genou, revenait au banc des siens pour la prolongation, encourageant énergiquement ses collègues aux côtés de l’entraîneur Fernando Santos.

Et si « CR7 » pleurait encore à la fin du match et lors de la présentation du trophée Henri-Delaunay, c’était cette fois de bonheur. À 31 ans, lui qui a connu tant de succès en club à Manchester United et au Real Madrid, mais avait encore tout jeune connu la désillusion de 2004, tenait enfin le sacre international qui allait couronner son illustre carrière.

Brio devant le filet

Chose certaine, l’équipe portugaise doit une fière chandelle à Rui Patrício pour ce gain en match ultime : le gardien s’est dressé avec aplomb lorsque l’adversaire a frappé à la porte. Il a dit non deux fois à la 10e minute, à une tête d’Antoine Griezmann et à une redirection de corner de Dimitri Payet, il a encore frustré Griezmann à la 58e, il a bloqué un tir à bout portant d’Olivier Giroud à la 75e et s’est imposé devant Moussa Sissoko, le milieu de terrain qui fut en ce dimanche le meilleur joueur des Bleus avec plusieurs charges menaçantes en territoire ennemi. Et comme un bon gardien fait sa chance, il a vu une frappe d’André-Pierre Gignac aboutir sur son poteau droit dans les arrêts de jeu de la deuxième demie.

À l’autre bout, Lloris a été moins occupé, mais il a tout de même été appelé à se signaler deux fois à la 80e minute quand Nani et Quaresma ont coup sur coup réussi de dangereux tirs cadrés. Il a également bloqué une tentative d’Éder à la 104e et bénéficié de sa propre veine à la 108e alors qu’un coup franc du défenseur Raphaël Guerreiro est allé percuter la barre transversale de son filet. C’était tout juste avant qu’Éder ne prenne une revanche décisive.

« C’est un trophée pour tous les Portugais, tous les immigrés, tous les gens qui ont cru en nous, a déclaré Ronaldo après le match. Ce n’était pas la finale que je souhaitais, je n’y arrivais pas, j’avais trop de douleur. Mais je suis très heureux. Dès le début de la compétition, j’ai essayé d’aider l’équipe à ma manière, avec mon leadership. J’ai toujours été présent. »

Nouveau format

De son côté, le sélectionneur des Bleus, Didier Deschamps, a évoqué « une immense déception. On a laissé passer une grande chance d’être champion. Il n’y a pas de mots pour décrire ce sentiment. Il faudra du temps pour digérer ça. On a souffert ensemble, on a gagné ensemble, et finalement on perd ensemble. C’est difficile, mais c’est comme ça. »

Limité à trois verdicts nuls dans le groupe F, le Portugal ne doit qu’au nouveau format de l’Euro (vingt-quatre équipes, et quatre clubs de 3e position qualifiés) d’avoir atteint la phase des matchs à élimination directe, où il s’est imposé en prolongation contre la Croatie et aux tirs à but face à la Pologne. Sa seule victoire en temps réglementaire du tournoi est survenue en demi-finales aux dépens du pays de Galles.

Pour leur part, les Bleus ont échoué dans leur tentative de remporter un tournoi majeur présenté en France pour une troisième fois consécutive après l’Euro 1984 et la Coupe du monde 1998. Il s’agissait par ailleurs de la première victoire du Portugal contre la France depuis 1975 après dix revers d’affilée.