Nouveaux incidents à Lille

Charges de CRS et nuage de gaz lacrymogène : des heurts ont eu lieu tard mercredi soir à Lille en marge de l’Euro de football, au terme d’une journée marquée par de nouvelles arrestations liées aux violences des derniers jours à Marseille et par des tensions diplomatiques entre la France et la Russie.

Vers 23 h 30, les forces de l’ordre ont tiré des gaz lacrymogènes en direction de quelque 200 supporters anglais, alcoolisés et chantant, près de la gare de Lille Flandres, ont constaté des journalistes de l’Agence France-Presse.

Une charge les a dispersés alors que de nombreux supporters, en majorité des Français, quittaient la zone de partisans située à proximité après la fin du match France–Albanie disputé à Marseille et retransmis sur écrans géants.

Quelques affrontements entre Anglais et Français sont également survenus.

La présence policière était impressionnante : quelque 3900 agents étaient mobilisés mercredi dans le département du Nord, dont plus de 1900 policiers de la sécurité publique, des CRS et des gendarmes. De premiers heurts avaient eu lieu en fin d’après-midi entre forces de l’ordre et supporters britanniques.

Car deux matchs à risque se succèdent en deux jours dans la région : Russie–Slovaquie, mercredi après-midi à Lille, puis Angleterre–Pays de Galles jeudi à Lens, à 35 kilomètres de là.

Objectif des autorités : éviter les scènes de guérilla urbaine qui ont assombri le début de l’Euro, avec de violents affrontements entre hooligans russes et anglais samedi à Marseille.

Six Russes impliqués dans ces violences ont été interpellés dans le Nord, ont annoncé les autorités mercredi. Ces interpellations ont été menées grâce à une « coopération entre les services de la police de Marseille et ceux de Lille », ont-elles indiqué.

Mardi, 43 autres supporters russes qui allaient se rendre à Lille avaient été arrêtés à Mandelieu-la-Napoule (sud de la France), toujours dans le cadre de l’enquête sur les violences de Marseille.

Tensions internationales

L’interpellation de ces 43 Russes, dont 11 ont depuis été remis en liberté, a provoqué mercredi des tensions entre Moscou et Paris.

Il s’agit d’« un incident absolument inacceptable », a tonné le ministre des Affaires étrangères de Russie, Sergei Lavrov, devant la Douma (chambre basse du Parlement).

En déplacement en Allemagne, son homologue français, Jean-Marc Ayrault, a assuré en fin de journée que les supporters russes sont soumis aux mêmes règles que les autres et que « la justice française les traite de la même façon. Il s’agit de ne montrer personne du doigt, aucun pays en particulier. »

Moscou a également convoqué l’ambassadeur de France, Jean-Maurice Ripert, pour protester. « L’attisement des sentiments antirusses durant l’Euro) est susceptible d’aggraver considérablement l’atmosphère des relations franco-russes », a menacé le ministère des Affaires étrangères après cette convocation.

Garde à vue

Les 43 Russes interpellés ont été placés en garde à vue puis transférés à Marseille mardi. Onze ont été remis en liberté et les trente-deux autres étaient toujours en garde à vue mercredi après-midi, pour un maximum de 48 heures.

Alexandre Chpryguine, président de l’Association des supporters russes et collaborateur du député Igor Lebedev, membre du parti d’extrême droite LDPR, a affirmé sur Twitter être parmi eux, mais sa présence n’a pas été confirmée par les autorités françaises.

Les hooligans russes, « extrêmement entraînés » selon les autorités, étaient en première ligne lors des rixes à Marseille samedi, mais aucun n’avait été arrêté, ce qui a valu des critiques aux forces de l’ordre. La France, elle, a reproché à la Russie de les avoir laissés quitter le pays pour aller à l’Euro.

À Lille, de premiers heurts avaient eu lieu dès mardi en fin d’après-midi. Parmi les personnes interpellées, trois Russes et un Ukrainien font l’objet d’un arrêté de reconduite à la frontière, selon les autorités. Deux ont été interpellés à cause des heurts, les deux autres pour détention d’arme.

En revanche, le match Russie–Slovaquie s’est achevé sans violences dans le stade, malgré un fumigène allumé puis rapidement éteint après le but de la Russie, qui s’est inclinée 2-1. La Russie, pays hôte de la Coupe du monde 2018, est menacée de disqualification par l’Union des associations européennes de football au moindre nouvel incident dans un stade impliquant ses supporters.