Affrontements entre hooligans: la France se défend

Une bagarre de supporteurs anglais et russes a fait 35 blessés samedi à Marseille.

« Polémique injuste », « absence de coopération regrettable » de la part de la Russie : accusée d’avoir mal géré les violences entre supporteurs à Marseille samedi en marge de l’Euro 2016 de football, la France a dû se défendre lundi et les premiers fauteurs de trouble ont été condamnés à des peines de prison ferme.

« Il y avait plus de 1000 policiers dans les rues qui sont intervenus pour faire cesser les troubles à l’ordre public et cela s’est fait en une heure », a déclaré le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, à Bordeaux, l’une des 10 villes hôtes du tournoi, réfutant l’hypothèse d’un « sous-dimensionnement du dispositif de sécurité ».

En Angleterre et en Allemagne, des voix se sont élevées pour critiquer l’action de la police française samedi.

Autre point polémique, le fait qu’aucun hooligan russe n’ait été interpellé, alors qu’ils semblent avoir été en première ligne dans les graves affrontements de samedi à l’occasion du match Angleterre–Russie. Ils ont fait 35 blessés, presque tous des Anglais, dont le plus grave est toujours dans un état « critique » mais stable, selon le procureur de Marseille, Brice Robin.

Les forces de l’ordre françaises « n’ont pas su gérer le mouvement d’ultras russes », a déclaré à l’Agence France-Presse Geoff Pearson, spécialiste des supporteurs radicaux à l’Université de Manchester et qui était à Marseille samedi. Elles « n’avaient pas la situation en main », a renchéri le journal allemand Der Spiegel.

En France, l’opposition s’est emparée de l’affaire. Guillaume Larrivé, porte-parole du parti Les Républicains, a dénoncé des « dysfonctionnements » et des « failles ». Le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin (LR), a pour sa part estimé que les autorités locales ont été « complètement débordées par les hooligans et ces gens venus de Russie ».

La Russie pointée du doigt

« Il n’y a pas eu de faille », a toutefois rétorqué à distance le procureur de Marseille. « Préparés pour des opérations hyper-rapides et hyper-violentes », les 150 hooligans russes « extrêmement entraînés » ont visiblement déjoué la surveillance policière en évitant d’arriver à Marseille par avion, selon lui.

La Russie n’aurait « jamais dû laisser passer » les hooligans en question, a affirmé à l’AFP le ministre des Sports de France, Patrick Kanner, dénonçant une « absence de coopération regrettable ».

Pour éviter de nouveaux incidents lors du match Ukraine–Pologne, programmé à Marseille le 21 juin, la ville a pris une décision rarissime : repousser la Fête de la musique, événement populaire qui amène des milliers de gens dans les rues jusque tard dans la nuit. Elle aura plutôt lieu le 23 juin, journée sans match à l’Euro, tout comme le 24.

Au tribunal de Marseille, plusieurs peines de prison ferme ont été prononcées dans l’après-midi contre des supporteurs qui ont participé aux violences du week-end.

La plus lourde, un an ferme, vise un Français de 29 ans, condamné pour avoir notamment frappé trois personnes, à coups de pied, de poing et de ceinture dans la nuit de jeudi à vendredi.

Cinq Britanniques ont été condamnés à des peines allant de un à trois mois de prison ferme, principalement pour des jets de cannettes de bière qui n’ont pas fait de blessés.

 

Alcool

Les violences du week-end ont également entraîné un débat sur la consommation excessive d’alcool par les supporteurs.

Lundi, suivant les instructions du ministre de l’Intérieur, les autorités locales ont interdit la vente d’alcool à emporter les jours de match dans l’agglomération de Lyon (où a eu lieu le match Belgique–Italie lundi soir) et les veilles et jours de match à Toulouse (où Espagne–République tchèque s’est déroulé sans accroc). Une décision similaire doit être prise à Marseille.

Autorités françaises et instances du foot veulent afficher leur fermeté. L’Union des associations européennes de football a menacé dimanche l’Angleterre et la Russie de disqualification de l’Euro si des violences telles que celles de Marseille se reproduisent.

Si la Fédération russe a condamné ces incidents, un de ses responsables, le député ultranationaliste Igor Lebedev, a écrit sur Twitter : « Je ne vois pas ce qu’il y a de mal à ce que des supporteurs se battent. Bravo les gars. Continuez ! »

L’UEFA a parallèlement ouvert une procédure disciplinaire contre la Fédération russe pour les débordements de ses supporteurs au Vélodrome samedi. Le verdict est attendu mardi : la Russie risque un retrait de points pour les qualifications de l’Euro 2020.

Quelles sont maintenant les rencontres à surveiller ? Le prochain match des Russes aura lieu mercredi à Lille et celui des Anglais le lendemain à Lens, à 40 kilomètres de là, ce qui pourrait favoriser de nouveaux heurts. Allemagne–Pologne jeudi au Stade de France est également classé à risque.


L’Angleterre accuse

Les conditions de sécurité étaient « inacceptables » lors du match Angleterre-Russie samedi au stade de Marseille, où des spectateurs ont pu « entrer avec des fumigènes et des feux de Bengale », a dénoncé lundi la Fédération anglaise dans un courrier à l’UEFA dont l’AFP a obtenu copie.

Par ailleurs, la Fédération anglaise a de « sérieuses inquiétudes » concernant la journée de mercredi à Lille. Les supporteurs anglais sans billet pour Angleterre–Pays de Galles, programmé jeudi à Lens, doivent selon elle se rassembler dès la veille à Lille, où la Russie affrontera la Slovaquie.

Le président de la FA, Greg Dyke, demande que « les autorités se réunissent le plus vite possible à Lille et à Lens pour assurer un plan de sécurité coordonné et efficace sur place ».

Le dirigeant anglais déplore encore dans ce courrier « une séparation insuffisante » des supporteurs au Vélodrome, constat déjà dressé par l’UEFA.


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