Bartolo Colon, ou le plaisir de jouer au baseball

Regarder quelqu’un attendre n’a jamais été aussi amusant.

Bartolo Colon lance négligemment une balle de sa main droite vers son gant noir, ou la fait tourner au bout de ses doigts pendant que le prochain frappeur — parfois de plus de 20 ans son cadet — se dirige tranquillement vers le marbre avec des intentions dont on ne peut mettre en doute le sérieux.

Et cela se produit sur un monticule des ligues majeures de baseball, au beau milieu d’un stade réunissant 40 000 spectateurs.

Pourtant Colon, la nouvelle et grassouillette sensation sur YouTube qui porte un uniforme des Mets de New York, ressemble davantage au lanceur appelé à la dernière minute pour un match dominical d’une ligue récréative.

Aucun souci, semble-t-il.

Aucune crainte de devoir se mesurer à Bryce Harper et aux Nationals de Washington.

« J’aime vraiment affronter les bons frappeurs », a déclaré le Dominicain par l’entremise d’un interprète la semaine dernière. « Même s’ils frappent l’un de mes lancers avec aplomb, j’ai du plaisir à leur faire face. »

Increvable promoteur du plaisir de jouer au baseball, Colon a célébré son 43e anniversaire de naissance mardi, quelques heures après avoir aidé les Mets à vaincre les Nationals 7-1 dans la capitale des États-Unis.

Il a lancé 7 manches de qualité malgré un dos endolori qui l’a convaincu de prendre toutes les précautions nécessaires lors de ses présences au bâton.

Ainsi, comme il fallait sans doute s’y attendre, Colon a promis au receveur des Nationals, Wilson Ramos, qu’il n’effectuerait aucun élan de la soirée. Et il a tenu parole !

« Big Sexy »…

Ce 43e anniversaire de naissance représente une bonne occasion pour rappeler quelques-unes des réalisations les plus spectaculaires d’un lanceur de la vieille école, dont la carrière de 19 saisons occupe sept pages dans le guide média des Mets.

Entre autres, il a remporté un trophée Cy Young, été élu trois fois au match des étoiles et compte 222 victoires, plus que tout lanceur actif ; un intervalle de 14 ans a séparé deux victoires en matchs éliminatoires, et l’an dernier, il est devenu le lanceur le plus âgé à perdre une rencontre de la Série mondiale ; lors d’un match, il a déjà lancé 38 prises d’affilée ; à l’âge de 40 ans, il a affiché une moyenne de points mérités de 2,65, la meilleure de sa carrière, et établi un record personnel de 31 manches consécutives sans donner de point à l’âge de 42 ans ; et il est le dernier joueur actif dans les majeures à avoir porté l’uniforme des Expos de Montréal.

Et que vous ayez aimé son incroyable circuit le 7 mai à San Diego, ce relais derrière son dos au premier coussin, ou le fait qu’il agrippe son imposant ventre avec ses deux mains dans l’abri, « Big Sexy » est devenu le joueur le plus susceptible de devenir viral.

« Il est un grand gamin, comme chacun d’entre nous », décrit le voltigeur Michael Conforto qui, à 23 ans, est le plus jeune des coéquipiers de Colon avec les Mets. « C’est toujours agréable de voir tout le plaisir qu’il a à jouer, et son éternel sourire. Il procure de l’énergie positive. »

Manchettes

Pour un cinquième lanceur partant, Colon a fait les manchettes plus souvent qu’à son tour ces dernières semaines — et certaines d’entre elles n’avaient rien de drôle. La semaine dernière, le New York Post a rapporté qu’il est poursuivi par une femme qui prétend qu’iln’a pas payé de pension alimentaire pour les deux enfants qu’il aurait conçus hors mariage.

Colon a refusé de parler de « choses de nature personnelle » et a assuré que cette controverse ne s’était pas avérée une distraction.

Mais qu’est-ce qui fait que cet athlète de 5 pieds 11 pouces et 283 livres, pourtant agile comme un chat et qui sait garder les frappeurs hors d’équilibre grâce à son intelligence et son talent, soit si populaire ?

« Je crois que c’est un ensemble d’éléments, estime Gary Cohen, descripteur des matchs des Mets à la radio et à la télévision. C’est la combinaison de son âge, de sa taille, de son flegme. Et c’est aussi lié au fait que ses coéquipiers l’aiment, et que les amateurs peuvent s’identifier à lui. »

« Il est différent. Il est unique, et c’est ce qui le rend spécial. Il n’y a jamais eu personne comme lui », ajoute Cohen, tout en s’arrêtant sur « l’incroyable nonchalance qu’il affiche sur le monticule, à l’occasion, lorsque l’enjeu est grand ».