Citius, altius, fortius

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Photo: Leon Neal Agence France-Presse

Ce texte fait partie du cahier spécial ACFAS 2016

Plus vite, plus haut, plus fort, telle est la devise des Jeux olympiques. Et c’est aussi celle de tous les adeptes de performance sportive de haut niveau, qu’ils soient athlètes amateurs ou professionnels. Et en cette année olympique, l’on croirait que la performance sportive de haut niveau ferait l’objet de nombreuses études scientifiques de la part de chercheurs du domaine des sciences de l’activité physique.

Mais, en réalité, il n’en est rien. « Ce n’est pas que les chercheurs en sciences de l’activité physique ne s’intéressent pas à la performance sportive de haut niveau, c’est plutôt qu’ils ont de la difficulté à trouver du financement auprès des organismes subventionneurs, explique Alain Steve Comtois, professeur au Département des sciences de l’activité physique de l’UQAM. C’est que les organismes subventionneurs sont plus enclins à soutenir les recherches qui portent sur le lien entre la santé et les pathologies. La pertinence de la recherche sur la performance sportive de haut niveau est plus difficile à démontrer. »

C’est un peu pour corriger le tir, et mettre en lumière la recherche actuelle, qu’Alain Steve Comtois et son collègue François Lalonde, stagiaire postdoctoral au même département, ont décidé d’organiser un colloque sur le sujet le mardi 10 mai dans le cadre du prochain congrès de l’Acfas.

Une approche multidisciplinaire

« Ce n’est pas parce qu’il y a moins de recherches universitaires en performance sportive de haut niveau que les scientifiques sont absents du domaine, poursuit M. Comtois. Un programme comme À nous le podium a permis à nos athlètes d’élite de s’entourer non seulement de bons entraîneurs, mais aussi d’experts de plusieurs disciplines qui les aident à élever leur performance. D’où l’aspect multidisciplinaire du colloque. »

Ainsi, en plus des scientifiques en activité physique, comme les kinésiologues, le colloque peut compter sur la présence de spécialistes de la psychologie sportive, de la médecine sportive, de la physiothérapie sportive et même de l’ingénierie sportive. « Aujourd’hui, un athlète d’élite ne peut plus réussir seul, il doit être entouré d’un solide groupe de collaborateurs, rappelle François Lalonde. Par exemple, un athlète qui se blesse a besoin de la médecine sportive pour se guérir, mais il a aussi besoin de physiothérapie pour retrouver la forme, sans compter qu’il doit apprendre à gérer ses émotions pendant la convalescence, d’où la présence d’un psychologue sportif. » Et M. Comtois d’ajouter : « Un plan d’entraînement tout comme un plan de préparation psychologique sont des plans complexes à mettre en place lorsqu’on travaille avec un athlète de haut niveau. »

De plus, le colloque a fait le choix d’inviter des professionnels du monde sportif, comme Caroline Brunet, triple médaillée olympique en canoë-kayak, et Scott Livingston, un thérapeute sportif qui a travaillé comme préparateur physique pour plusieurs équipes de hockey professionnel, dont le Canadien de Montréal, et qui est aujourd’hui membre de l’équipe de Première Performance. « On a voulu que les participants à ce colloque aient l’occasion de rencontrer des professionnels du monde sportif et pas seulement d’autres chercheurs universitaires comme eux », souligne Alain Steve Comtois.

Et, bien que la performance sportive de haut niveau d’athlètes d’élite soit bien présente, elle n’est pas la seule au menu du colloque. « Il y a de plus en plus d’athlètes amateurs, donc de personnes ordinaires, qui cherchent à augmenter leur performance sportive, souligne François Lalonde, et qui participent à des événements sportifs de haut niveau comme le marathon, le triathlon ou des compétitions de style Ironman. » Il en sait quelque chose puisqu’il est aussi le président et l’entraîneur-chef du club de triathlon Trifort de Chambly et que, à ce titre, il mène un projet de recherche avec un groupe de membres de son club qu’il entraîne pour un triathlon de distance demi-Ironman. D’ailleurs, il présentera les résultats de sa recherche lors du colloque. « Cette recherche me permet de suivre pendant vingt semaines, soit de février à juin, ce groupe d’athlètes et de recueillir des données psychologiques, physiologiques et cardiologiques lors de l’entraînement. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est qu’il s’agit d’un groupe varié sur le plan de l’âge. »

La pleine conscience

Il existe dans le sport d’élite le concept de la zone, soit cette bulle dans laquelle tout athlète de haut niveau espère se retrouver quelques instants avant une compétition. La psychologie sportive aide à atteindre cet état de concentration et, depuis peu, un nouveau concept vient de faire son apparition en psychologie sportive : celui de la pleine conscience. Jean Fournier, de l’Institut national du sport du Québec, en fera une présentation.

« Un ancien joueur professionnel de hockey m’a déjà confié la chose suivante : “C’est quand je pense trop que plus rien ne marche”, raconte Alain Steve Comtois. Et c’est à ce problème que répond le concept de la pleine conscience. Lorsqu’un athlète se met à penser à plusieurs aspects de sa performance sportive, il n’arrive plus à se concentrer sur les aspects pertinents pour sa discipline. » Cet outil utilisé en psychologie sportive permettrait donc à l’athlète de se « focaliser » sur ce qui contribue vraiment à sa réussite.

En conclusion, en plus de mettre en avant la science de la performance sportive de haut niveau, le colloque a aussi d’autres objectifs. « Évidemment, le colloque est l’occasion de faire le point et de présenter un résumé des plus récentes recherches dans le domaine, explique Alain Steve Comtois. Mais on souhaite aussi que ce soit l’occasion d’un transfert des connaissances vers les étudiants. »