Bahreïn, le Grand Prix de la revanche

Le Grand Prix de Bahreïn, sans Fernando Alonso privé de course par les médecins, sera placé dimanche sous le signe de la revanche : pour Ferrari, battue par Mercedes en Australie en ouverture de la saison de Formule 1, et pour Lewis Hamilton, vaincu quatre fois de suite par son coéquipier Nico Rosberg.

Scuderia contre Flèches d’argent : voilà le principal enjeu sportif de cette deuxième manche du calendrier 2016, d’autant plus excitante que l’Allemand Sebastian Vettel (Ferrari) a longtemps mené à Melbourne et que Rosberg, son compatriote mais adversaire, a bien l’intention de continuer à surfer sur sa vague de succès dans le désert près de Manama. Il reste sur quatre victoires d’affilée en comptant les trois derniers GP de 2015 face à un Hamilton déjà champion du monde et alors en roue libre.

Les autres enjeux sportifs concernent les écuries qui ont plutôt bien entamé cette nouvelle saison : les débutants américains de Haas, les jeunes loups aux dents longues de Toro Rosso, Max Verstappen et Carlos Sainz fils, très en vue à Albert Park, et même la « nouvelle » écurie Renault Sport F1 (anciennement Lotus), qui y a terminé à la porte des points.

Le départ sera donné sans Alonso : le double champion du monde (2005, 2006) est insuffisamment remis du violent accident qu’il a subi il y a deux semaines à Melbourne, ont estimé les médecins après de nouveaux examens passés jeudi par le pilote espagnol.

« Je comprends la position des médecins de la Fédération internationale de l’automobile », a réagi Alonso sur Instagram.

McLaren a annoncé que l’Espagnol sera remplacé par son troisième pilote, le Belge Stoffel Vandoorne.

Qualifications critiquées

Il y aura aussi des enjeux plus politiques, évoqués après Melbourne par l’Association des pilotes de Grand Prix. Dans une lettre ouverte, Vettel et consorts ont déclaré que leur sport est « en péril » et critiqué la gouvernance de la F1.

« Les pilotes sont arrivés à la conclusion que le processus de prise de décision dans ce sport est obsolète et mal structuré et empêche le progrès. Cela a un impact négatif sur notre sport, l’empêche d’être à la hauteur pour la prochaine génération d’amateurs et compromet sa croissance future », écrit la GPDA.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est la modification du format des qualifications, testé à Melbourne et qualifié de fiasco par la majorité des acteurs de la F1, qui l’avaient pourtant eux-mêmes décidée.

On pensait que le nouveau format serait abandonné à Bahreïn. Il sera pourtant encore en vigueur samedi.

Le président de la FIA, Jean Todt, a bien demandé à Pirelli de fournir un train de pneus tendres supplémentaires pour garantir une vraie chasse à la position de tête en fin de séance (Q3), question d’éviter des économies de pneus en prévision de la course. Mais il n’a pas obtenu satisfaction.

Vente et diversion

Toto Wolff, le patron de l’écurie Mercedes-AMG, s’attend pour sa part à ce que les qualifications à Bahreïn soient aussi décevantes que celles de Melbourne, qualifiées de « non-sens absolu » par son éminent adjoint Niki Lauda, triple champion du monde de F1.

« On va regarder tout cela tranquillement après Bahreïn », a promis Bernie Ecclestone, le promoteur de la F1. Sauf que le principal intéressé, âgé de 85 ans et absent à Melbourne, a actuellement d’autres préoccupations : la vente des actions de la F1, en chantier depuis plus d’un an, serait sur le point d’être conclue par le fonds d’investissement CVC Capital Partners, actionnaire majoritaire.

Cette vente pourrait changer un peu la donne. Et elle ferait surtout diversion relativement à la situation politique du royaume de Bahreïn, inchangée et toujours aussi tendue : quatre personnes ont été condamnées mardi à la prison à vie et six autres à des peines allant de trois à 15 ans de détention pour des attaques contre la police lors de manifestations chiites.

Bahreïn est secoué par des troubles sporadiques depuis un soulèvement en 2011 dans la foulée du Printemps arabe, animé par la majorité chiite qui réclame des réformes démocratiques et une véritable monarchie constitutionnelle.