L’improbable destin de John Scott

Il restait encore environ neuf minutes à jouer à la troisième période lorsque la foule enthousiaste de jeunes a commencé à se masser devant la porte du vestiaire des IceCaps de St. John’s, le club-école du Canadien de Montréal dans la Ligue américaine de hockey.

John Scott venait de quitter la patinoire après avoir écopé d’une inconduite de 10 minutes pour un rôle de soutien dans une bagarre. Impatients, les jeunes se bousculaient dans l’espoir d’entrevoir le plus improbable joueur par excellence du dernier match des étoiles de la Ligue nationale.

« Je pense que je l’ai vu ! » a lancé l’un d’entre eux, scrutant sous les tribunes poussiéreuses et mal éclairées du War Memorial Arena de Syracuse, domicile du Crunch, avant qu’un membre du personnel de sécurité les chasse. La scène ressemblait à celle de la veille, lorsqu’on avait fait appel à des gardiens de sécurité pour contrôler la foule.

C’est ce qu’est devenue la vie de Scott depuis la controverse suscitée par sa sélection au match des étoiles de la LNH, lui qui a été le choix des amateurs au scrutin. Le gentil géant de 6 pieds 8 pouces s’est retrouvé sous les projecteurs du jour au lendemain, gagnant l’admiration des amateurs et d’autres joueurs pour s’être tenu debout devant les critiques et les sceptiques.

« C’est presque comme dans un film », reconnaît en souriant Scott en songeant aux événements des deux derniers mois. « Honnêtement, personne n’aurait pu imaginer un tel scénario. »

Et pourtant, il y a bel et bien un film en préparation, un autre dénouement que Scott n’aurait jamais pu concevoir auparavant. « Je suis un gars super chanceux avec tout ce qui est arrivé », ajoute-t-il.

Coeurs gagnés

Si cela semble bien étrange, c’est que c’est bien le cas. À un certain moment en janvier, Scott a essayé ses gants personnalisés en vue du match des étoiles en Arizona. Puis, les Coyotes l’ont échangé au Canadien, qui l’a immédiatement cédé à St. John’s, à Terre-Neuve-et-Labrador. C’est à 1600 kilomètres de Montréal et à plus de 4800 km de Phoenix.

Quelques semaines plus tard, le vétéran de 33 ans était porté en triomphe sur les épaules de ses coéquipiers sous les cris des amateurs après avoir mené dans le rôle de capitaine l’équipe de la section Pacifique à la victoire finale à Nashville.

Tout cela avait pourtant commencé avec le moment que Scott a qualifié du plus difficile de sa carrière. Il a en effet révélé qu’un membre de la LNH a tenté de le dissuader de prendre part à la classique en lui demandant : « Croyez-vous que c’est quelque chose dont vos filles seraient fières ? » Mais Scott a finalement gagné tous les coeurs car, après tout, qui n’aime pas se rallier à la cause d’un négligé ?

« Je reçois des lettres de gens, et ça me touche vraiment, déclare Scott. Ils écrivent par exemple : “Je t’ai regardé au match des étoiles et tu as été une source d’inspiration. Je souhaite seulement te remercier d’avoir transformé ma vie.”»

Scott est aussi apprécié à St. John’s, une communauté de pêcheurs qui est aussi proche géographiquement de l’Irlande que du Minnesota, où Scott a fait ses débuts dans la LNH avec le Wild lors de la saison 2008-2009.

« Dès que je suis arrivé, tout le monde a été super amical, a-t-il mentionné. Je marche dans la rue et on me dit, " Hé, John, félicitations ! Nous allons te rencontrer plus tard pour prendre une bière. " C’est tellement plaisant. J’adore cette ville. »

Il s’est également adapté rapidement à sa nouvelle équipe.

Le gros attaquant, qui totalise deux buts et deux passes en 21 matchs après la rencontre du dernier week-end, joue régulièrement et il est même utilisé en supériorité numérique. Il peut également jouer à la défense, comme c’est arrivé dimanche dernier lorsque son coéquipier Brett Lernout a reçu une inconduite de match en première période.

« Ce n’est pas une situation facile pour lui, mais il en tire le maximum, a déclaré l’entraîneur-chef des IceCaps, Sylvain Lefebvre. Il est un grand frère dans le vestiaire, et les gars aiment être en sa compagnie. C’est un bel hommage pour lui. »