Yusra, la nageuse héroïque

Yusra Mardini a été présélectionnée par le CIO pour faire partie de l’équipe des réfugiés qui sera aux Jeux de Rio.
Photo: Odd Andersen Agence France-Presse Yusra Mardini a été présélectionnée par le CIO pour faire partie de l’équipe des réfugiés qui sera aux Jeux de Rio.

Avant de grossir les rangs des migrants en Allemagne, la nageuse Yusra Mardini rêvait d’or sous les couleurs de la Syrie. Mais si la guerre a freiné ses espoirs, la petite sirène de Damas espère encore représenter une équipe de réfugiés aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro en août prochain.

La jeune sportive de 18 ans, demandeuse d’asile à Berlin, fait partie des 43 athlètes présélectionnés par le Comité international olympique pour constituer une délégation de réfugiés qui défilera derrière le drapeau aux cinq anneaux à Rio.

Au final, ils ne seront qu’entre cinq et dix à s’envoler pour le Brésil. Malgré cela, dans un agenda cadenassé par l’école et les entraînements, Yusra rêve de se qualifier pour la compétition.

« C’est au 200 mètres nage libre que j’ai le plus de chances », explique la jeune Syrienne, en jeans et espadrilles griffées, lors d’une rencontre avec une centaine de journalistes du monde entier.

En réalité, Yusra a déjà remporté une médaille d’or à la fin de l’été 2015. Dans la catégorie héroïsme et endurance.

À l’époque, sur la côte turque en face de la Grèce, Yusra et sa soeur aînée, Sarah, 20 ans, font partie des centaines de milliers de Syriens qui trépignent d’impatience aux portes d’une Europe qu’ils rêvent terre d’exil.

Elles ont quitté Damas à la mi-août, le coeur meurtri à l’idée d’abandonner leurs parents et leur petite soeur. « Notre maison avait été détruite, je ne pouvais plus m’entraîner depuis deux ans », raconte-t-elle dans un excellent anglais.

Des heures à l’eau

Elle embarque donc à bord d’un canot pneumatique avec pour seule orientation les lueurs de l’île grecque de Lesbos. L’embarcation est conçue pour sept personnes, elles sont vingt à s’y entasser, « dont trois seulement qui savent nager », raconte-t-elle.

Quand le canot de fortune menace de couler corps et biens, Yusra et Sarah, également nageuse, plongent et remorquent le canot. « Au début, c’était horrible, mais ma soeur et moi pensions que nous aurions vraiment honte si nous n’aidions pas les gens partis avec nous », se souvient-elle.

À l’aube, après des heures de nage, Yusra, Sarah et leurs compagnons d’expédition touchent enfin terre. « Baba [«papa » en arabe], nous avons réussi ! Nous sommes en Grèce ! » hurlent-elles au téléphone à leur père, Ezzat, 45 ans, alors en Jordanie. « Ce fut l’attente la plus longue de ma vie », explique ce dernier, qui a depuis pu rejoindre ses filles à Berlin.

La suite de ce périple homérique ressemble à celui de centaines de milliers de Syriens croisés en Allemagne. La route des Balkans, les entourloupes des passeurs. Et la fraîcheur de la jeunesse, quand Yusra lance aux peu engageants policiers hongrois : « Nous avons failli mourir noyés, vous croyez que vous nous faites peur ? »

Rendre la fierté

Au terminus, Berlin lui offre un lit de camp dans une ancienne caserne de l’armée. L’interprète égyptien de ce foyer la met en contact avec le club de natation de Wasserfreunde Spandau 04 et celui qui deviendra son entraîneur, Sven Spannekrebs.

C’est celui-ci qui tient les chronos et tire la langue pour les égoportraits des soeurs Mardini postés sur Facebook. « Pour se qualifier pour les JO, elle doit faire un temps de 2 min 3 s, et son meilleur est de 2 min 11 s », note-t-il.

Les chances pour Rio sont donc minces, mais plus grandes pour Tokyo en 2020, selon Ezzat.

Yusra s’illumine comme une étoile quand elle songe aux Jeux, même si elle n’y défilerait pas avec la délégation syrienne. « Peu importe le drapeau, les émotions sont les mêmes. Si j’entre dans le stade, je crois que je ne penserai qu’à une seule chose, l’eau », lance-t-elle.

Belle comme le jour, elle a des rêves rose bonbon (« Je veux devenir pilote ») et de longs cheveux noirs. Mais elle est quand même un peu empêtrée dans toutes ces sollicitations médiatiques. « Pourquoi me posez-vous la question pour la quatrième fois ? » demande-t-elle à la télé britannique.

Yusra, entrée dans l’adolescence quand le régime de Bachar al-Assad entrait en guerre, veut rendre leur fierté aux réfugiés : « Je veux les inciter à vivre leur rêve. »

1 commentaire
  • Hélène Gervais - Abonnée 19 mars 2016 06 h 42

    C'est quand j'entends des ....

    histoires comme celle-là que je me dis que c'est important d'accueillir tous ces gens sans foyer, surtout les jeunes qui ont l'avenir devant eux, pour apprendre notre langue, et vivre avec nous et s'intégrer à notre société. Probablement que parmi eux il y aura des intégristes, mais si peu par rapport aux autres, que ça vaut la peine de faire notre possible pour les aider à s'intégrer.