Du ski de fond relevé au pied du mont Royal

Therese Johaug, une athlète exceptionnelle, a obtenu une 16e victoire cette saison. Son avance sur ses poursuivantes était considérable.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Therese Johaug, une athlète exceptionnelle, a obtenu une 16e victoire cette saison. Son avance sur ses poursuivantes était considérable.

Alex Harvey, le favori des Montréalais, a pris le neuvième rang de la deuxième étape du Tour de ski du Canada couru sur un parcours urbain façonné spécialement pour l’occasion dans les neiges fraîches du mont Royal. C’est le Norvégien Emil Iversen qui a remporté l’étape, devant son compatriote Petter Northug fils et du Russe Sergey Ustiugov. Ce dernier avait déjà remporté mardi l’épreuve du sprint à Gatineau. Sa performance lui permet de conserver le statut de meneur au classement général de l’épreuve.

En apparence très détendu, salué tout au long du parcours comme le héros du jour, Harvey a connu un excellent début de course. Il a tenu un moment avec le groupe de tête, avant de glisser à 45 secondes des meneurs qui imposaient au peloton un rythme infernal.

Pour cette épreuve de 17,5 km, « chaque athlète essaye d’ordinaire quatre ou cinq paires de skis avant de choisir celle qui convient le mieux aux conditions de course », explique Lisa Patterson de l’équipe canadienne. Mme Patterson compte au nombre de la douzaine de personnes qui préparent chaque jour l’équipement des skieurs de l’équipe canadienne. « Chaque athlète transporte en moyenne une vingtaine de paires de skis pour ce tour. » Les cambrures, les bases, la rigidité des skis varient selon les disciplines et les conditions. « Pour Alex Harvey, nous transportons, je dirais, environ 40 paires de skis. » Pourquoi plus de skis pour lui ? « Il a de bons commanditaires ! »

À l’arrivée, plusieurs fondeurs se sont laissés tomber sur le sol, vidés, exténués, l’écume de leurs efforts gelée au visage. Les muscles et le coeur auraient-ils pu aller plus loin et plus vite ? Le rictus de douleur disparaît vite. Les athlètes ne traînent pas pour se couvrir. Puis ils disparaissent dans leurs quartiers, installés dans une suite de roulottes. Alex Harvey était soutenu à l’arrivée par son père, Pierre Harvey, légende vivante du cyclisme et du ski de fond au Canada.

Podium norvégien

Chez les femmes, les Norvégiennes se sont imposées en avant-midi sur un parcours de 10,5 km. Therese Johaug, une athlète exceptionnelle, a obtenu une 16e victoire cette saison. Son avance sur ses poursuivantes était considérable. Elle a devancé ses compatriotes Heidi Weng et Astrid Uhrenholdt Jacobsen par plus d’une minute. Sa performance est d’autant plus impressionnante qu’elle était plutôt mal placée lors du départ collectif, cette immense poussée groupée qui donne l’impression, pour un bref instant, d’une vague de couleurs qui roule sur la neige. Therese Johaug mène désormais ce tour.

À l’arrivée, plusieurs compétitrices se sont effondrées. Certaines pleuraient à chaudes larmes, le visage giflé par des bises glaciales. L’effort investi dans la course avait été, à l’évidence, absolument total. Therese Johaug, elle, accordait déjà des entrevues en souriant.

Chez les Québécoises, c’est Cendrine Brown qui a obtenu la meilleure place, avec un 48e rang.

À 18 ans, Marie Corriveau, de Saint-Ferréol-les-Neiges, a obtenu la 72e place. Elle ne cachait pas sa joie, malgré une performance relative. La semaine dernière, Marie Corriveau était au Championnat du monde junior, en Roumanie. Ses résultats lui ont donné le droit de participer aujourd’hui à cette compétition internationale du plus haut niveau. « Je savais que j’étais du niveau des meilleures juniors, mais là je suis avec les meilleures au monde ! Tout a mal été ! Je suis tombée deux fois, toute seule, en pleine face ! Je ne sentais plus mes jambes. Rien n’allait bien ! Ce n’était vraiment pas une bonne journée pour moi. Mais c’était formidable ! Je pense que cet événement va beaucoup aider le ski chez nous. »

Marie Corriveau avait son lot de partisans massés près des clôtures qui bordaient le parcours. Venu de Saint-Ferréol-les-Neiges avec ses trois enfants, Patrick Bédard s’arrachait les poumons pour l’encourager. « Elle a enseigné le ski à mes enfants », expliquait-il.

La jeune fondeuse a commencé à skier à l’âge de quatre ans. À sept ans, explique-t-elle, les compétitions débutaient. Elle a fait de la compétition de vélo, mais le ski est devenu sa vie. « Je fais des cours par correspondance pour le cégep », dit-elle, en attendant de pouvoir revenir aux études.

La foule était peu nombreuse en avant-midi près de l’avenue du Parc, mais on comptait passablement de monde en après-midi, malgré une température peu clémente. Beaucoup de visiteurs étrangers avaient été attirés par l’événement. Des gens venus spécialement de l’État de New York ou du Vermont, par exemple. En visite à Montréal pour y voir ses petits-enfants, la Finlandaise Maiga Heinoken se félicitait de voir un tel événement au beau milieu de la ville.

Après une journée de récupération, les fondeurs poursuivront ce Tour de ski vendredi et samedi à Québec. La compétition qui conclut la Coupe du monde 2015-2016 se transportera pour la grande finale à Canmore, en Alberta, du 8 au 12 mars.