Le mont Royal au sommet du ski de fond

Le fondeur québécois Alex Harvey sera de la partie sur le mont Royal, mercredi
Photo: Christof Stache Agence France-Presse Le fondeur québécois Alex Harvey sera de la partie sur le mont Royal, mercredi

Les meilleurs fondeurs du monde se trouvent à Montréal aujourd’hui et au Québec toute la semaine. Ce mercredi, en pleine tempête de neige, ils fendront la neige fraîche, s’élançant en double poussée sur une boucle de 3,5 km tracée au flanc du mont Royal.

C’est une première pour la Fédération internationale de ski (FIS) de clore sa Coupe du monde en Amérique du Nord. Patrice Drouin, président Gestev, responsable de l’organisation de l’événement, explique en entrevue qu’il s’agit pour la fédération d’un « marché émergeant très intéressant ». En 2012, il avait déjà tenu une Coupe du monde à Québec, non loin du parlement. Mais cette fois, l’ensemble des épreuves prend des proportions inattendues. « C’est sur le Nouveau Continent, cette fois, qu’on va remettre les Globes de cristal », les grands prix du sport. Une première.

 

Très populaire dans les pays scandinaves, le ski de fond quitte rarement le sol européen. « Ça fait six ans qu’on travaille pour obtenir cet événement en Amérique », explique Patrice Drouin. Pour des raisons techniques liées aux olympiques et aux championnats du monde, un tel événement ne pourrait d’ailleurs pas revenir chaque année.

Pour les femmes, le départ à Montréal en style classique départagera les meilleures après 13 km. Pour les hommes, l’effort sera maintenu pendant 20 km. Les départs ont lieu respectivement à 12 h et 14 h 30.

« En milieu urbain, c’est la première fois à ma connaissance qu’on organise une épreuve de distance de ce genre. Les parcours sont prêts. On a engagé des spécialistes pour tracer un parcours original qui met à profit chaque aspect de la montagne. » Les femmes parcourront trois fois la boucle de 3,5 km, les hommes cinq fois, avec 111 mètres de dénivelés à chaque tour. Le grand défi ? « Ce sera la météo ! »

Le clou de la saison

Mardi, à Gatineau, dans la très rapide épreuve de sprint style libre, l’épreuve a été remportée par le Russe Sergey Ustiugov, suivi par le Français Richard Jouve et l’Américain Simeon Hamilton. Chez les femmes, la Norvégienne Maiken Caspersen Falla, déjà en tête du classement de la discipline, a devancé la Suédoise Stina Nilsson et l’Américaine Jessica Diggins. Aucun Canadien ne s’est retrouvé parmi les premiers.

Qu’est-ce qui départagera les gagnants du peloton de fondeurs réuni à Montréal ? Une technique parfaite, un matériel adapté aux conditions de la neige, une condition physique optimale. Et un peu de chance, bien sûr.

Après l’épreuve de Montréal, deux journées de compétitions seront tenues à Québec, vendredi et samedi. Les fondeurs se rendront ensuite à Canmore, en Alberta, pour quatre autres journées de compétition, au terme desquelles la saison de compétitions 2015-2016 sera terminée.

Un sport en expansion

La FIS permet au pays hôte, en l’occurrence le Canada, une participation plus importante de ses athlètes. Ce sont quatorze hommes et douze femmes qui composent l’équipe canadienne pour l’occasion.

L’enfant chéri du public d’ici demeure le Québécois Alex Harvey, 27 ans, fils du fondeur et cycliste Pierre Harvey, l’un des grands athlètes de l’histoire du pays.

À Gatineau, Alex Harvey n’a pas réussi à se faufiler au-delà de la demi-finale, ce qui lui a donné une 11e place. Au terme de cette première journée d’épreuves, Harvey annonçait tout de même se sentir très bien physiquement,ce qui laisse présager des jours meilleurs dans la suite des choses. Harvey, jamais avare de détails très précis sur sa condition physique, se situe cette année au quinzième rang du classement mondial. En 2014, il avait terminé troisième.

Fondeurs du XIXe

Le public nord-américain pratique le ski de fond de façon récréative, sans pour autant concevoir qu’il s’agit là d’un des sports les plus complets et les plus exigeants. Le ski de fond se pratique au Québec depuis longtemps, mais moins tout de même que le patin, présent sur les rives du Saint-Laurent dès le XVIIe siècle. Son apparition remonte à la fin du XIXe siècle.

En 1870, un monsieur Birch, un Norvégien chaussé de longues planches, entreprend en solitaire une expédition entre Montréal et Québec. Les journalistes du temps s’intéressent à cet exploit d’un pionnier du ski de fond. L’événement confirme l’apparition de ce sport à Montréal. En 1876, l’année même où est inauguré le parc du Mont-Royal, on trouve des skis sur la montagne.

Le ski est alors pratiqué soit par des immigrants scandinaves, soit par des gens fortunés en quête d’aventures. C’est un groupe de professeurs de l’Université McGill qui fit la première sortie de groupe de ski au pays, selon les annales.

The Ski Runner in Canada, la première publication au pays consacrée au ski, a resitué la première randonnée de Sainte-Agathe-des-Monts à Shawbridge (aujourd’hui Prévost). C’était 1905, l’année où la Norvège obtient son indépendance de la Suède.

En cette saison 2015-2016, au classement de la Coupe du monde de ski de fond, on trouve en tête trois Norvégiens et trois Norvégiennes.

C’est d’ailleurs à un Norvégien, Herman Smith Johannsen dit « Jackrabbit », que l’on doit le développement du ski de fond au Québec. Né en 1875, immigré aux États-Unis après avoir travaillé à Cuba, Herman Smith Johannsen s’installe à Lake Placid, dans l’État de New York, à la fin des années 1920. Ce n’est pas si loin de Montréal, où il viendra souvent. Les Montréalais iront aussi à Lake Placid, entre autres pour les Jeux olympiques de 1932. Installé finalement à Montréal avant de trouver refuge pour de bon dans les Laurentides, Jack Rabbit arpente d’abord le mont Royal, propose de nouveaux tracés, des fartages de son cru aussi.

Reste que c’est le ski alpin qui attire à lui le plus de monde dès l’entre-deux-guerres. Le ski de fond ne reprendra son élan que dans des années 1970. En 1972, ce sport attire plus de 150 000 personnes, tandis que trois ans plus tard, le nombre de fondeurs se chiffre désormais à 450 000. L’attrait pour le ski de fond a fléchi par la suite, avant de connaître une nouvelle remontée. On estime aujourd’hui à environ 475 000 Québécois le nombre d’adeptes de ce sport. En Amérique du Nord, ils seraient plus de 3,2 millions.

L’intérêt du public pour des activités sportives plus complètes, plus en prise avec la nature, des exemples aussi de réussite personnelle, comme celle d’Alex Harvey, tout cela explique en bonne partie cette passion renouvelée pour le ski de fond chez nous. Une passion que prend visiblement très au sérieux la Fédération internationale de ski.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 2 mars 2016 00 h 22

    Le Mont-royal vendu aux plus offrants

    Bravo, a une époque j'ai utilisé cette piste, c'était a vingt minutes de chez moi, quel privilege ont les montréalais d'avoir une montagne dans leur court, d'en faire un concourt international
    quel action extraordinaire , depuis le temps que l'on se dit que les montrealais ne le savent pas assez , que le premier investisseur venu pourrait le leur retirer de sous le pied, surtout que les spéculateurs n'attendent que ca, qu'a réussi a soutirer l'Université McGill depuis un sciècle, qu'a reussi a soutirer certains grands hopitaux sous prétexte que l'air y était plus pur, que font-ils un sciècle plus tard, ils vendent aux plus offrants, quel effrontés et mal éduqués