Renault de retour en F1 «pour gagner»

Renault a dévoilé mercredi près de Paris la monoplace et les pilotes qui lui permettront de faire un retour en Formule 1 avec une écurie à part entière en 2016, d’y « gagner » et de « doper [ses] ventes ».

« Depuis 1977, Renault a remporté 12 titres mondiaux en F1 », a rappelé Carlos Ghosn, le p.-d.g. de Renault et Nissan, au Technocentre de Renault à Guyancourt. Un événement suivi sur place par 300 journalistes venus du monde entier et retransmis en direct sur Internet, notamment à Enstone, l’usine historique de l’écurie en Angleterre.

Les deux titulaires seront le Danois Kevin Magnussen, 23 ans, qui a déjà disputé une saison complète de F1 chez McLaren en 2014, et le débutant britannique Jolyon Palmer, 25 ans, champion 2014 de GP2. Ils seront à Barcelone le 22 février pour les premiers essais des monoplaces intégralement noires. Cette livrée provisoire sera probablement modifiée pour l’ouverture de la saison, le 20 mars en Australie.

Alain Prost, quadruple champion du monde de F1, était à Guyancourt mercredi, ainsi qu’une de ses anciennes monoplaces, la RS30 de 1981, exposée à côté de la nouvelle RS16. Il s’est longuement exprimé, après la conférence de presse, sur le rôle qu’il a joué dans la mise en place de la nouvelle équipe et le rôle qu’il ne souhaite pas jouer dans l’avenir.

« J’ai beaucoup participé, depuis deux ans, à la préparation de ce projet qui a failli échouer deux jours avant le Grand Prix d’Abou Dhabi [fin novembre], et je suis fier de voir ce qui se passe aujourd’hui. Mais on ne peut pas tout faire à moitié, et je préfère n’avoir aucun rôle opérationnel, être totalement en dehors. Je sais ce que c’est d’être engagé dans une écurie de F1 », a confié la figure emblématique de la F1 française.

« La situation est très claire : mon rôle est celui d’ambassadeur de la marque et je reste actionnaire de l’écurie e.dams de Formule E, qui vient de prolonger son contrat avec Renault, avec la volonté de développer des technologies différentes. C’est une vraie option stratégique pour Renault », a ajouté « Le Professeur », son surnom en F1.

Marketring et technologie

Renault était redevenu simple motoriste, cédant progressivement les parts de son écurie à Lotus après le « Crashgate » de Singapour en 2008 : Nelson Piquet fils s’était volontairement jeté dans le rail pour provoquer une neutralisation de la course favorable à Fernando Alonso, sacré deux fois dans une Renault, en 2005 et 2006.

Cette stratégie a été couronnée, sportivement, par huit titres mondiaux d’affilée (pilotes et constructeurs) de 2010 à 2013 raflés par Red Bull Racing et l’Allemand Sebastian Vettel, avec des moteurs français. Mais sans les résultats, en matière de visibilité et de notoriété, qu’espérait Renault : « Si on ne fait que des moteurs, on investit beaucoup et on obtient peu de retombées », a résumé Carlos Ghosn.

« La raison pour laquelle nous avons décidé de revenir, c’est d’abord le marketing : dans les prochaines années, la croissance de notre groupe se fera dans des pays émergents, comme la Chine, l’Inde et même le Brésil, où la F1 est l’un des sports les plus populaires. Nous devons utiliser notre présence en F1 pour doper nos ventes » de voitures de série, a ajouté le p.-d.g. de Renault.

Quant au partenariat avec Infiniti, « partenaire fondateur » de la nouvelle écurie, il permettra de « développer la nouvelle génération de systèmes de récupération d’énergie », pour favoriser « les transferts de technologie vers les voitures de nos clients », a précisé Cyril Abiteboul, le directeur général de Renault Sport F1.

« Nous avons le budget, le talent et les gens. Renault est de retour pour gagner », a affirmé Jérôme Stoll, président de Renault Sport Racing, qui chapeautera toutes les activités sportives de la marque au losange. Dans les gens, il y a le nouveau directeur de la compétition, Frédéric Vasseur : ingénieur de formation, il arrive du GP2 et du GP3 où son écurie, ART GP, a tout gagné en 2015.

La bonne surprise, française, de cette grand-messe médiatique est venue d’Esteban Ocon, 19 ans, champion d’Europe de F3 en 2014 puis champion de GP3 en 201, chez ART. Il sera le pilote de réserve de Renault F1, prêté par Mercedes. La même marque allemande que Renault souhaite détrôner un jour…