La baie de Guanabara continue de susciter la polémique

L’ancien chef de la direction de la Fédération internationale de voile prétend avoir été remercié de ses services parce qu’il souhaitait que la baie très polluée de Guanabara ne soit pas utilisée pour les compétitions de voile aux prochains Jeux olympiques de Rio de Janeiro en août prochain.

Peter Sowrey a tenté de faire changer le site des compétitions, ou à tout le moins de faire en sorte que le comité organisateur des JO se dote d’un plan B. En lieu et place, on lui aurait dit de « [se] la fermer ».

Andy Hunt l’a remplacé il y a deux semaines. La voile doit toujours être disputée dans la baie remplie de déchets.

Dans des entrevues accordées à l’Associated Press, Sowrey et Hunt ont déclaré que la baie — surplombée par le Christ Rédempteur et le Pain de Sucre — pourrait procurer à la voile le genre de couverture télévisuelle dont elle bénéficie rarement. Par contre, elle pourrait lui attirer une attention négative et non désirée si un navigateur devait être malade après être tombé à l’eau ou si les rebuts qui y flottent — de sacs de plastique à des portes en passant par des carcasses d’animaux — endommageaient une embarcation et coûtait une médaille d’or à un équipage.

Sowrey a proposé de déplacer les épreuves à Buzios, une ville côtière située à environ 160 kilomètres au nord de Rio qui a déjà accueilli d’importantes compétitions de voile. Il est toutefois trop tard pour apporter quelque changement que ce soit.

Selon lui, si les eaux de la baie avaient été examinées en fonction des faits et avec des modèles d’analyse de données, elle n’aurait jamais été considérée pour accueillir ces compétitions.

« Naviguer dans une toilette »

Sowrey a quitté la tête de la Fédération en décembre après seulement cinq mois en poste. Il venait du milieu des affaires et reconnaît qu’il ne connaissait que peu de chose des rouages politiques qui régissent les organisations sportives internationales. Selon lui, le conseil d’administration le trouvait trop combatif et a voté en faveur de son exclusion.

« Je n’ai pas démissionné, ils m’ont poussé dehors », assure-t-il.

Des tests indépendants des eaux de la baie de Guanabara commandés par l’Associated Press au cours de la dernière année ont démontré la présence de virus causant des maladies et provenant de déversements d’égouts à des degrés des milliers de fois plus élevés que ce qui serait considéré comme alarmant aux États-Unis et en Europe. Ces tests ont été menés dans les eaux qui serviront aux compétitions de voile, mais aussi dans celles qui accueilleront l’aviron, le canoë-kayak, la natation en eaux libres et le triathlon.

Environ 1600 athlètes devront utiliser ces sites lors des Jeux qui s’ouvriront le 5 août.

Des experts estiment que les athlètes disputeront leurs épreuves dans une « soupe virale » équivalant à des égouts à ciel ouvert et que l’exposition à de dangereux risques pour la santé est pratiquement certaine.

Plusieurs adeptes de la voile ont quant à eux comparé le fait de se produire dans ces conditions à « naviguer dans une toilette ».